LA TENTATION DU BONAPARTISME

En Juin 2017 quand le voile de la désillusion ne s’était pas encore levé, j’avais osé une comparaison avec une des figures marquantes de notre histoire nationale Necker, Bonaparte ou qui que soit d’autres ?

Depuis il apparaît de plus en plus qu’il devient « le petit caporal », celui qui instaura les préfets pour contrôler plus efficacement ces départements que la révolution lui avait laissé en héritage tumultueux. Mais il faut reconnaître qu’il n’est pas le premier et qu’il ne sera pas le dernier à vouloir mettre au pas les populations et les territoires.

Prenons par exemple ce projet de loi, très contesté car éminemment contestable, qui porte ce nom inquiétant de « sécurité globale ». L’histoire politique récente montre que chaque fois qu’une loi porte dans son nom le mot « sécurité » c’est qu’il est question de restriction des libertés. Ici le texte de loi veut imposer la surveillance partout (caméras, drones, etc…) sauf là où cela peut s’avérer utile (filmer des interventions policières par exemple). Napoléon et son ministre de la Sureté, Fouché en aurait rêver. Tiens à propos de Fouché, il me revient que celui-ci comme son collègue des Affaires Etrangères, passèrent sans difficulté de la Révolution à l’Empire, en trahissant leurs « idéaux », puis sans barguigner de l’Empire à la Restauration, trahissant de nouveau. Est-ce une tradition dans ces deux fonctions ministérielles ?

Laissons de côté ces deux cas qui, finalement ne sont pas si rares dans ce monde un peu spécial qui s’appelle « les cercles du pouvoir », que celui-ci soit politique ou économique.

Intéressons-nous plutôt à la dérive bonapartiste de ce président . Finalement, il a fini par lever l’ambiguïté : ce n’est pas Arcole, ce serait plutôt le 18 brumaire et j’irai même plus loin. Son évolution ressemble encore plus au petit neveu du précédent qui élu, premier président de la République Française mit à peine quatre ans à en renverser les institutions pour instaurer par un coup d’Etat (c’est une tradition dans la famille semble-t-il) un régime impérial, que Victor Hugo épingla avec ce calembour assassin « c’est la République en pire ». Cela se termina par un régime autoritaire et policier et une infâmante défaite à Sedan face à la Prusse.

Certes, il n’est pas ici question de coup d’Etat mais d’une succession de coups de canif qui sont autant de manifestation de l’autoritarisme croissant d’une équipe aux abois.

Toutes les occasions sont bonnes pour appliquer ce qui apparaît être le prinicpe dominant de la gouvernance macronnienne : « Vous ne savez pas faire, je vais faire à votre place et tant pis si cela met à mal votre légitimité. » . Hélas, cela ne serait acceptable, provisoirement, que si, dans la pratique, cela se révèlait plus efficace que de laisser chacun assumer, ou non, ses responsabilités.

Premier exemple, une autre loi controversée, parce que incompréhensible, ne serait-ce que par son intitulé https://www.acteurspublics.fr/Un article du projet de loi “Séparatisme” met les élus locaux en colère
De quoi s’agit-il ? Cette loi créerait un nouveau « …. dispositif de “carence républicaine”, qui pourra permettre au représentant de l’État d’exercer par lui-même les prérogatives des collectivités territoriales en cas de dysfonctionnement d’un service public local…. »C’est effectivement un sacré retour en arrière sur le principe de libre administration des collectivités. A ce rythme, on reviendrait bientôt au régime de tutelle sur les collectivités territoriales qui prévalait avant les premières lois de décentralisation dites « lois Deferre ».

Nouvel exemple qui cette fois-ci touche les ministres eux-mêmes. Le président se veut toujours « le Grand Réformateur » et entend que cette réforme se fasse. Du coup, on emploie les grands moyens, appris sur les bancs des grandes écoles qu’il fréquenta sans en remettre en cause les règles de fonctionnement : https://www.acteurspublics.fr/Reporting des réformes : Emmanuel Macron relance le grand oral en Conseil des ministres
Fichtre, tous les ministres sont « invités » (sommés?) à présenter en public, devant leurs collègues ce qu’ils ont fait pour que leur ministère marche mieux. Si le principe n’est pas mauvais en soi, la méthode est par contre détestable et comme la réforme est d’abord en art de l’exécution avant d’être un art de la conception, cela ne peut que mal se passer. Mais entre deux, le Président aura montré que son « autorité » était toujours aussi forte, du moins dans les salons de Élysée.

Il y a d’autres exemples dans l’actualité mais le but n’est pas d’en faire le recensement exhaustif, juste de mettre en évidence que cette évolution n’est jamais qu’une répétition de cycles connus. Il convient donc de se souvenir que, aussi bien pour le premier empereur que pour le second, cela s’est mal terminé et plutôt de façon honteuse. Et à chaque fois, ce fut la France qui paya la facture de ces errements.

Cette glissade peut-elle encore s’interrompre ?

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2 commentaires pour LA TENTATION DU BONAPARTISME

  1. Driss dit :

    Très bon article …
    Errements aboutissant souvent dans l’impasse du réel .Un réel mal ou pas assumé victime d’un cap électoraliste contestable et contesté à force de projets clivants et forts dangereux pour la cohésion nationale … Effectivement : quelle glissade depuis 2017 !!!!

  2. Ping : Napo..léon ou Camé..léon ? | Dominiqueguizien's Blog

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