LE DROIT EST-IL UN CONCEPT RELATIF ?

Blaise Pascal avait raison quand il écrivait : « vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà » pour signifier que les frontières, naturelles ou artificielles, ne sont jamais vaines dès lors qu’il s’agit des coutumes, des références culturelles mais aussi des règles juridiques. Les intellectuels, philosophes, juristes, sociologues, ethnologues et autres n’ont cependant eu de cesse de dégager au-delà de ces différences, quelques grands principes intangibles qui transcendent les us, coutumes et traditions, règles morales et politiques spécifiques. C’est en s’appuyant sur ces travaux qu’ont été élaboré des règles qui ambitionnaient à l’Universalité, comme par exemple la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et plus proche de nous la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Mais c’est oublier que la loi n’est jamais que l’expression d’un équilibre des forces au sein d’une société à un moment donné pour permettre à tous de vivre dans une certaine quiétude.

Du coup, se fondant sur ce constat, certains se souviennent que ces deux textes et singulièrement le dernier ont été rédigés par quelques personnes issues d’une civilisation particulière et que les principes qu’illustrait cette déclaration universelle ne reflétaient que l’état du droit dans cette civilisation que sa position quasi hégémonique autorisait à imposer au reste du monde au motif de « l’universalité » de sa pensée.

Il est alors clair que si on accepte cette version de la genèse des textes juridiques internationaux, il fallait s’attendre à ce que la modification des rapports de force géopolitiques se traduise à un moment ou un autre par la remise en cause, totale ou partielle, de cette universalité. C’est un peu ce que dénonce le Président des Français dans cette déclaration qu’autrement on aurait du mal à comprendre https://www.ouest-france.fr/Emmanuel Macron critique le « relativisme contemporain » sur les Droits de l’Homme à l’ONU

En dénonçant les critiques formulées ici ou là quant à l’universalité des principes qui régissent les relations internationales, il prête lui-même le flanc à une critique d’ethnocentrisme, pour peu qu’on admette que les droits universels ne le sont pas tant que cela. Mais on peut comprendre qu’il tienne à cette universalité de la règle de droit dans la mesure où elle valide son corpus de pensée.

Du coup, on comprend mieux ses deux autres déclarations
https://www.ouest-france.fr/Macron critique la couverture des attentats islamistes en France par les médias anglo-saxons
https://www.ouest-france.fr/Macron sur les caricatures. La France ne va pas « changer » son droit « parce qu’il choque ailleurs »
Ces deux affirmations renvoient explicitement à la conception française de la laïcité et la place de la religion dans la vie publique et les libertés qui sont liées à ces deux concepts philosophiques.

Manifestement, en s’en prenant aux médias américains et leur timidité dans leur soutien à la position de son gouvernement, il n’a pas forcément intégré que les États-Unis sont et restent une théocratie dans laquelle le Président élu prête serment sur la Bible et que sur ses billets de banque est imprimée cette devise « InGod we trust ». Même les militants d’extrême-gauche manifestaient dans les années 60 et 70 au chant de « With God on our side. » Un pays où Dieu, et au-delà, les croyances religieuses sont si prégnantes ne peut évidemment pas comprendre qu’un symbole religieux ne soit pas sacré et le sacrilège, voire le blasphème, sont alors condamnables quelle que puisse être par ailleurs les motivations de ces actes sacrilèges ou blasphématoires.

Mais d’un autre côté en réaffirmant que la France ne va pas changer son droit, il revendique que le monde reconnaisse que la France est une société dans laquelle la religion n’a de place que dans la sphère privée. Dès lors, il est inconcevable qu’on puisse interdire à quelqu’un de dire que les signes et symboles religieux que d’autres sacralisent peuvent être des sujets de controverses.

Si donc on admet le postulat que quelques soient les règles juridiques, elles ne sont jamais que l’expression d’un rapport de force à un moment donné, il faut bien admettre que les règles de droit international des organisations internationales ne sont pas intangibles et dénoncer le relativisme contemporain sur les Droits de l’Homme, serait reconnaître qu’on est en train de perdre une position idéologique dominante. Pour le reste, il faut avant de se prononcer se référer aux fondements historiques de ces principes érigés en règles de droit. La pensée américaine est l’héritière de celles des premiers envahisseurs du continent Nord-Américains. La mythologie américaine fait remonter cette invasion à un groupe connu sous le nom de « Pères pèlerins ». Le surnom qui fut donné à ces personnes est déjà en soi tout un programme. Il s’agissait en fait de gens qui fuyant une persécution religieuse voulaient fonder une société où l’exercice du culte ne serait plus persécuté. Une telle origine, ça marque.

Mais d’un autre côté, il ne faut pas oublié non plus que la pensée politique française est un peu fille de la Révolution Française, donc petite-fille des Philosophes des Lumières. Or la Révolution s’est quand faite contre plusieurs siècle de monarchie de droit divin pour laquelle donc la religion, ou une au moins, était symbole d’oppression. En outre les deux figures marquantes Voltaire et Rousseau étaient porteurs d’à peu près la même sensibilité, le premier parce qu’il fut l’auteur du traité « de la tolérance » en réaction au sort subi par le Sieur Callas du fait de sa religion, le second parce que dans la dénaturation de l’état de nature , la religion figure en bonne place. De telles références, cela marque aussi.

Alors que faire ? Considérer que la règle de droit est en fait quelque chose de mouvant et que la modification des rapports de force modifie ipso facto les références juridiques.

A bien mesurer les conséquences que cela emporte, c’est un peu désespérant.

Et puis il y a l’autre branche de l’alternative ; considérer que malgré les différences culturelles, malgré les histoires des peuples différentes, il existe des principes intangibles qu’on retrouve par exemple dans le triptyque républicain Liberté, Égalité, Solidarité (c’est mieux que d’écrire Fratern-Soror-ité pour être dans l’air inclusif du temps) , mais aussi dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ; considérer dès lors que toutes les tentatives de tordre un peu ces principes ne sont que des aveux que ces règles sont une gène au fonctionnement, non d’une population, mais d’un gouvernement ou d’un pouvoir intellectuel ou religieux.

Ça serait plutôt ma position, mais cela n’empêche pas de penser qu’à partir du moment où ces principes universels sont bien compris et respectés , il faut admettre que les règles de droit nationales peuvent varier dès qu’on passe les frontières. En quelque sorte Universalisme et Particularisme du Droit.

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