France, mère des arts, des armes et des lois…

Dans ce premier vers de ce sonnet fameux de Joachim Du Bellay, la seule chose qui me gêne beaucoup, ce sont les armes, un peu comme « le sang impur » de la Marseillaise.

Pour le reste, cela me va plutôt bien « mères des arts et des lois ». C’est d’ailleurs un peu le génie que revendique ce peuple dont la modestie n’est pas la qualité majeure. Cela m’a tant marqué que je lui ai déjà consacré un article il y a 9 ans « France mère des arts, des armes et des lois » et j’arrivais à peu près aux mêmes conclusions qu’aujourd’hui sauf que ce mois de novembre propose une actualité plus riche qui permet d’illustrer les trois volets de la maternité patriotique.

Commençons par le sujet qui me fâchent , les armes. La France reste un marchand d’armes mais cette fois-ci cela pourrait être pour armer un pays neutre donc on ne va pas alimenter les fantasmes de va-t-en-guerre irresponsables https://www.lesechos.fr/Avions de chasse : Airbus fait tapis pour décrocher le marché suisse
Mais semble-t-il, la bataille va être rude au point que l’entreprise franco-allemande (tiens, la mère n’est plus seule, elles sont au moins deux co-porteuses, drôle d’époque!) va devoir faire des efforts. On est loin de la superbe des armes de François 1° (celui de Marignan pas celui de Pavie) ! Mais enfin passons ! Avec deux marchands d’armes français (Airbus et Dassault) sur le même marché, la tradition est hélas respectée.

Parce que par ailleurs, la tradition fout le camp.

Depuis avant même Montesquieu, la France EST la terre des Lois ou se veut telle. « Pays des Droits de l’Homme », oubliant qu’avant la déclaration de 1789, il y avait déjà eu l’Habeas Corpus britannique et la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique, elle n’en finit pas de rétrécir le champs des libertés individuelles avec des tas de bons prétextes, le pire ayant peut-être été la justification apportée par une gôche bien pensante «  la sécurité est la première liberté ».

Mon Dieu quelle dégringolade en à peine dix ans. Il y a douze ans, un mouvement de protestation eut raison d’un projet du ministère de l’Intérieur (déjà) portant le doux nom d’Edvige, un fichier visant à faire converger toutes les informations personnelles détenues par l’administration. Deux ans plus tard, un fichier plus light passa sans problème Vous avez aimé Edvige? pas sûr que vous adoriez…ça

En 2020, c’est un projet visant à « protéger la sécurité des forces de l’ordre » qui met en émoi les rédactions Il est vrai que l’article 24 de ce projet de loi aurait empêché les journalistes de faire leur travail lors d’interventions policières. Mais surtout cela aurait rendu impossible ce qui aux Etats-Unis a permis l’émergence un mouvement citoyen de fond « Black lives matter » sur la base d’une video prise par un citoyen lambda. Face aux réactions hostiles, un semblant de marche arrière a été enclenchée https://www.letelegramme.fr/Interdiction de diffuser les images de policiers : une reculade qui ne règle rien Mais cela en dit long sur le recul de notre résistance collective aux coups de canif dans nos libertés individuelles. Il est vrai que pour revenir à Edvige, cela fait longtemps que nous nous sommes faits aux intrusions de plus en plus indiscrètes des GAFA dans notre vie privée. L’accepter d’une firme privée quand on l’a refusé aux pouvoirs publics, où est la différence ?

Venons-en enfin aux Arts et à la Culture , avec les incohérences du « confinement à la Française »

https://www.lavoixdunord.fr/Confinement: cinéma, musée, théâtre… le rideau se referme sur la culture Bravo ! Il ne reste plus que la radio la télé et les chaines en streaming sur Internet ! Quel programme. C’est d’autant plus désolant que rien ne le justifie et qu’il est illogique d’autoriser, en même temps, les gens à aller à un match de foot (il paraît qu’on va assouplir les conditions d’accès) . Peut-être que le football est la nouvelle culture. Lorsque les jeux du cirque supplante le théâtre, la décadence est proche disait-on à Rome.

https://www.liberation.fr/Confinement : les libraires en guerre contre «l’aberration»
Aberration ! Le terme n’est pas de moi mais il résume bien le fond de ma pensée. Comme si acheter un livre était plus pathogène que d’acheter un kilo de pommes de terre (dès lors qu’on se conforme au port du asque et à la distanciation sociale), comme si feuilleter une BD favorisait plus la transmission des virus (dès lors qu’on a pris la précaution de se laver les mains au gel hydroalcoolique) que de palper une tomate pour en juger la maturité. Et oser prétendre que les livres ne sont pas un achat essentiel quand on sait par ailleurs que face à la médiocrité de ce qui nous est imposait sur la TNT ou sur Internet, la seule alternative est la lecture, quelle bêtise ! Et on a rajouté à cette bêtise l’idiotie de fermer les rayons « livres » des grandes surfaces qui ne font pourtant pas toujours la promotion de la littérature. C’est la double peine, alors qu’en plus on justifie cette ânerie de première grandeur par la volonté de ne pas rompre l’égalité de concurrence. Ouiche ! Mais pendant ce temps-là, une plate-forme de vente en ligne continue à proposer ce qui fut son premier fond de commerce, des livres à prix cassés. Aberrant, vous dis-je.

Bon enfin, pour se calmer les esprits, je ne résiste pas au plaisir de vous offrir en lecture un peu de poésie. Vous y verrez que Joachim est beaucoup plus serein que moi sur ces questions ; C’est normal, il vivait à la Renaissance, alors que nous, nous sommes peut-être au début d’un nouveau Moyen-Age si nous ne y prêtons pas garde.

France, mère des arts, des armes et des lois

France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

In Reflets -1558

Joachim DU BELLAY 1522 – 1560

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