La difficulté de gouverner ou « dans responsable, il y a répondre ».

Cette crise, comme la plupart de ses semblables, révèle assez crûment les failles de notre système social. Autant au printemps dernier, nous étions prêts à accepter sans barguigner des mesures qui en temps normal auraient été considérées attentatoires aux libertés le plus fondamentales, autant cette fois-ci, nous sommes de plus en plus nombreux à regimber contre un train de décisions beaucoup moins coercitives pourtant. Il est vraisemblable que l’effet de sidération est passé et que nous retrouvons nos vieux réflexes de contestation et du coup nous cherchons un responsable. Comment n’ont-ils pas prévu ce qui nous arrive ? Mais manifestement, le phénomène COVID est encore mal maîtrisé et les seuls qui semblent avoir des résultats « définitifs » comme les Chinois ont manifestement utilisé des moyens qu’en aucune façon nous n’aurions accepté.

Évidemment, il y a toujours des beaux esprits pour rappeler des vérités d’évidence comme celle-ci : https://www.atlantico.fr/decryptage/3593607/lecons-pour-l-avenir–il-est-moins-cher-de-prevenir-les-pandemies-que-de-les-guerir–et-voila-comment-anticiper-celles-qui-pourraient-nous-tomber-sur-le-nez-benjamin-roche
Comme je l’écrivais dans mon précédent billet Lettre ouverte à tous ceux que le confinement insupporte c’est la sagesse populaire qui nous enseigne ce qui aurait été bon de faire. Mais cela ne nous est pas d’une grande utilité quand le mal est fait. Toujours peut-on essayer d’en tirer quelques enseignements pour les prochaines crises.

On peut premièrement se demander pourquoi ces esprits subtils qui nous dirigent d’en haut font si souvent preuve de moins de sagesse que le peuple, qu’ils sont supposés «guider » 

On peut ensuite se demander pourquoi il est si facile d’aller battre sa coulpe sur la poitrine d’autrui et de trouver un bouc émissaire responsable au plus haut sommet quand il apparaît que si nous sommes arrivés là où nous sommes en cette mi-novembre, cela est dû aussi aux comportements irresponsables d’une partie d’entre nous.

On peut enfin se demander ce qu’on pourrait faire pour que l’action de gouverner soit moins difficile en période troublée.
Je commencerai par un petit emprunt à une publication qui s’est faite le chantre de la modernisation de l’action publique : https://www.acteurspublics.fr/Matthieu Caron : “Si le gouvernement ne rend pas suffisamment de comptes, c’est qu’on ne lui en demande pas assez” Je n’emprunte que le titre car le contenu est assez éloigné de ce que je veux tenter d’expliquer. Je rebondis en effet sur ce constat : un gouvernement, ça doit rendre des comptes mais si on ne les lui demande pas, il n’est pas dans sa nature de le faire spontanément, sauf exception évidemment car il existe toujours de fortes âmes pour mettre leurs principes en accords avec leurs actions. Mais c’est l’expression « rendre des comptes » qui m’interpelle. En effet, dans l’article susmentionné, il s’agit bien de mettre sur la table l’état des dépenses et d’en justifier l’usage. C’est en général le sens qu’on lui donne, mais ce n’est pas toujours le cas.

Partant de là, je ferai, pour commencer, un petit détour par la langue anglaise. Pour parler de responsabilité publique, les Anglo-Saxons n’emploient pas le terme de responsability qui est la responsabilité individuelle, la responsabilité civile si vous préférez mais le terme d’accountability qui induit la notion de rendre des comptes. Voilà qui devient intéressant : être responsable, c’est donc être capable de rendre des comptes ou si vous préférez si on en revient aux subtilité de la langue française , rendre compte de ce qu’on a fait, c’est à dire expliquer les décisions qu’on a prises, pourquoi on les a prises et ce qu’on en attendait.

Appliquons cela à la situation de crise actuelle et aux crises futures pour lesquelles on nous conseille benoîtement de faire de la prévention. Or, quel est le but de la prévention si ce n’est d’éviter un grave déboire en anticipant sur son éventuelle réalisation afin que la catastrophe n’arrive pas ? Dès lors, il sera difficile d’en rendre compte si le travail a été bien fait ; en effet comment peut-on montrer une chose qui ne s’est pas passée, justement parce qu’on aura tout fait pour qu’elle ne se passe pas . Et soyez sûr que dans ce cas-là, il y a toujours des esprits financièrement tatillons pour vous rendre responsable de la gabegie qu’auront entraînée tous vos efforts pour faire face à un danger qui finalement n’aura pas eu lieu. Difficile dans ce cas de rendre des comptes, jusqu’au dernier euro, des dépenses engagées pour rien finalement puisqu’il ne s’est rien passé.

Ceci m’amène à cette petite proposition, qui n’a rien de révolutionnaire mais qui, pour beaucoup de « responsables », sera peut-être une petite révolution intellectuelle. Mettons en accord toute la subtilité des esprits d’élite et la sagesse populaire et faisons de la prévention un des socles de l’action publique. Après tout, ce ne serait qu’un retour aux sources puisque, « gouverner, c’est prévoir » et donc en l’occurrence prévenir. Mais alors comment contourner l’écueil de pouvoir rendre compte d’une telle politique, puisqu’il n’y aurait rien à montrer si ce n’est le coût des moyens de prévention mis en œuvre ? La réponse se trouve il me semble dans une pratique systématique d’un exercice trop délaissé par nos politiques et par la haute administration , l’évaluation des politiques publiques. Il y a toutefois une condition à cela, que ça se fasse dans la plus grande rigueur et qu’on ne saute aucune étape :

  1. l’évaluation a priori, ou ex-ante, afin d’expliciter les motivations d’une action, les effets qu’on en attend et la définition a priori des moyens nécessaires
  2. l’évaluation en continu, c’est à dire la double vérification au fur et à mesure que les moyens prévus sont bien engagés d’une part et d’autre part que les résultats annoncés sont bien au rendez-vous
  3. l’évaluation a posteriori, ou ex-post, qui permet de vérifier de la pertinence de l’action entreprise et si celle-ci s’est révélée décevante par rapport aux attentes ou aux annonces faites, essayer de définir les causes de ce hiatus afin que lors du prochain cycle.

A cet égard, il n’est peut-être pas inutile de rappeler aux ministres et à leurs cabinets, aux directeurs d’administrations centrales et leurs équipes et aux parlementaires chargés de contrôler la mise en œuvre du budget qu’ils votent qu’il existe un outil qui s’appelle la Loi Organique relative aux Lois de Finances qui depuis près de 20 ans permet ce genre d’exercice et qu’ils ont à leur disposition des outils dont notamment « le contrôle de gestion appliqué à la gestion publique » https://www.performance-publique.budget.gouv.fr/controle-gestion#. avec notamment sont fameux triangle liant pertinence-efficence-efficacité  https://www.performance-publique.budget.gouv.fr/triangle-controle-gestion# qui sont en fait les modes de réponses à ceux qui sont à la fois electeurs-contribuables-usagers, c’est à dire vous et moi

Post-Scriptum : j’annonçais dans le corps de mon billet un développement en trois parties et je me rends compte que j’ai sauté allègrement au-dessus du point deux : notre capacité à battre sa coulpe sur la poitrine d’un bouc émissaire. Mais après tout, il s’agit ici d’un acte de contrition et si je me souviens bien des leçons de catéchisme de mon enfance catholique, le secret de la confession, c’est entre vous et votre conscience. A vous de voir si vous êtes responsables de quoi que ce soit…….

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