Néonicotinoïdes : qui ment ?

Au loup !

Pour justifier la loi ad hoc permettant l’utilisation pendant encore trois ans de néonicotinoïdes, les betteraviers n’ont pas lésiné sur les alertes. Et ce n’est pas récent

Déjà en 2015, la presse professionnelle s’alarmait
Le revenu betteravier en chute libre – CGB-france
Revenu betteravier en 2015 – Terre-netwww.terre-net.fr › Cultures › Stratégies culturales
7 déc. 2015 — « Le rendement 2015 sera inférieur à la moyenne cinq ans avec 87 tonnes par hectare (à 16°). Avec une diminution des surfaces de 5 %, le »


en 2018 cela reprit de plus belle
D’
abord le 28 février L’objectif premier : sécuriser le revenu des planteurs»
puis le 29 mai Revenus en baisse pour les betteraviers |
et enfin le 11 décembre La récolte de betteraves en forte baisse, un an après la fin des …


En 2019, c’est encore plus flagrant, toute la presse agricole se mobilise en fin d’année et sans grande imagination. Tout part d’un article sur le site du syndicat pofessionnel
2019 faits & chiffres – Confédération Générale des planteurs …www.cgb-france.fr › 2019/12 › RA2019-Complet-web-bdPDF 11 déc. 2019 — LE REVENU BETTERAVIER. 1.1. Surfaces, rendements et production de betteraves. CAMPAGNE 2018-2019. Surface betteravière. 2018-2019.
Après ça se déclenche en cascade
le 16 décembre dans le paysan breton Les betteraviers dans le rouge pour la deuxième année de suite
le 18 décembre dans l’action agricole picarde Les betteraviers encore dans le rouge en 2019
le 19 décembre dans Oise agricole Les betteraviers encore dans le rouge en 2019
dans l’agriculteur normandLes betteraviers encore dans le rouge en 2019
et même dans le réveil de Lozère Les betteraviers encore dans le rouge en 2019


et 2020 commence sur le même ton, le 8 janvier Le revenu des betteraviers en berne
mais on reste encore assez soft dans le message le 16 janvier Betteraviers : « les ingrédients pour sortir de la crise » Les solutions proposées restent classiques dans le cadre d’une économie agricole de marché.
Et puis brutalement au début de l’été, ça s’emballe Jaunisse: les betteraviers craignent un manque à gagner de … le 8 juillet dans le Figaro puis le 29 juillet dans l’Opinion
«Halte au sabordage de la filière betteravière»


Que retenir de ce petit retour en arrière médiatique ? Tout d’abord que régulièrement la profession crie « Au loup » et menace de déposer le bilan. C’est vrai en 2015, 2018,2019, mais quid des autres années ? Il n’y avait pas de raisons de se plaindre? Une partie de la réponse est dans la publication syndicale des betteraviers http://www.cgb-france.fr/wp-content/uploads/2019/12/RA2019-Complet-web-bd.pdf d’où j’extrais ce tableau élaboré à partir du graphique de la page 14 de ce rapport

annéePrix de vente/TCoût de production/TMarge /T
200629,322,66,7
200726,820,86
200826,221,64,6
200925,622,43,2
201030,724,26,5
201136,921,715,1
201241,525,715,8
201332,626,46,2
20142625,20,8
201526,825,90,9
201629,726,53,1
201725,623,41,3
20182326,9-3,9

Il n’y a dons pas eu que des années de vaches maigres dans la dernière décennie. C’est dommage de ne pas avoir profité de ces années plus fastueuses pour enclencher le mouvement de sortie des néonicotinoïdes d’autant que depuis déjà au moins 10 ans les apiculteurs avaient tiré la sonnette d’alarme concernant la nocivité probable de ces produits.
Et puis voilà que les mêmes apiculteurs viennent de lancer un nouveau pavé dans la mare https://www.pollinis.org/récit d’un mensonge gouvernemental sur les pertes de rendement de la filière betteravière Il n’est pas certain que l’argumentaire de l’ONG aurait fait mouche dans d’autres circonstances mais compte tenu de la communication catastrophiste habituelle de la profession et des conditions du débat parlementaire autour de la loi, on ne peut qu’accorder un certain crédit à cette présentation des faits. Ainsi, une loi d’exception a été votée alors que rien ne la justifiait. Comme dirait l’autre «  une bonne assurance « alea climatique » aurait dû suffire. Mais l’occasion était trop belle de mettre un coin entre l’arbre et l’écorce pour essayer de faire sauter cet interdit qui frappe ces substances dangereuses. Derrière, il y a d’autres enjeux.

Croix de bois, croix de fer, si je mens…

Très bel éditorial du patron des betteraviers dans la foulée du vote à l’Assemblée Nationale de la loi http://www.cgb-france.fr/Trois ans pour trouver des solutions !Voilà affichées de belles résolutions. Dans trois ans, promis-juré, les beteraviers auront appris à se passer des pesticides nocifs. Ou du moins auront tout mis en œuvre pour y parvenir. Mai que se passera-t-il s’ils n’y arrivent pas ? Aucun problème, les parlementaires ont trouvé la parade https://www.liberation.frVote sur les pesticides au Sénat : «Ce qui s’est passé la nuit dernière est grave» grâce à un petit amendement voté en pleine nuit «pas d’interdiction de mise sur le marché de produits phytopharmaceutiques sans alternative dans des conditions pragmatiques». En d’autres termes aucune obligation de résultat et si la recherche n’a pas abouti, tant pis, le provisoire durera et même d’autres filières agricoles pourront se prévaloir du même texte. Le but final semble atteint. Il faudrait peut-être en avertir le patron des betteraviers qui a l’air si sincère avec ses promesses de l’an III.

Mais pas aussi sincère qu’un de ses adhérents qui dans les mêmes colonnes professionnels lance une véritable déclaration d’amour aux apiculteurs http://www.cgb-france.fr/Alexis HACHE, membre du bureau de la CGB – L’apiculteur et le betteravier A lire les déclarations publiques de ces derniers, il n’est pas payé de retour. C’est à vous dégoûter d’être œcuménique pour deux

Dans le genre, la palme revient quand même à un autre contributeur de ce site http://www.cgb-france.fr/Oui à une écologie du mieux Ce n’est pas très subtil mais sûrement très efficace dans un système courtisan, de réutiliser les mots du Prince pour faire pression sur un de ces collaborateurs. Mais c’est vrai que dans un tel système, les mots comptent peu, surtout s’ils ne veulent rien dire.

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2 commentaires pour Néonicotinoïdes : qui ment ?

  1. gladys moinard dit :

    il y a quand même un problème de substitution, car l’impact neurotoxique des insecticides néonicotinoïdes, par ingestion ou inhalation, est très faible chez les mammifères, par rapport aux autres insecticides ; leur absence de sélectivité est certes nuisible aux insectes pollinisateurs, dont les abeilles mellifères, mais il n’y a pas d’abeilles sur les champs de betteraves avant récolte … : https://www.officiel-prevention.com/dossier/protections-collectives-organisation-ergonomie/risque-chimique-2/la-prevention-des-risques-professionnels-des-insecticides

    • Certes! Toutefois le site dont vous extrayez cette citation est géré par un organisme qui se présente ainsi dans la rubrique « qui sommes-nous? » : « Créée en 2006 par des spécialistes de la communication digitale BtoB et des bases de données, notre société Officiel Prévention est spécialisée dans la gestion des bases de données des Responsables HSE /QSE » Ce n’est quand même pas l’ANSES ni l’EFTA

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