Néonicotinoïdes : l’influence à armes inégales.

Après le vote, par les députés, à une large majorité de la loi de circonstance permettant aux betteraviers de revenir à leurs pratiques apicides, des associations de défense de l’environnement avaient diffusé largement des listes de députés «félons » avec l’espoir que cela allait créer un mouvement d’intimidation citoyenne en vue de la seconde lecture à l’Assemblée Nationale. Accessoirement, cela aurait pu déstabiliser quelques sénateurs quoique ceux-ci sont moins sensibles à la pression citoyenne.

 C’est pourquoi quand j’ai lu le 27 octobre au petit matin ce titre, je n’en croyais pas mes yeux : https://www.lefigaro.fr/Filière betterave : vote surprise au Sénat contre un retour des néonicotinoïdes. Ainsi la politique du « bouton de veste » de sénateurs comme Joël Labbé avait payé et leurs efforts pour convaincre des sénateurs, un par un n’avaient pas été vains.

Hélas, je dus déchanter car dans l’heure qui suivait ma boite mail ne délivrait ce message : https://decouverte.challenges.fr/Filière betterave: feu vert du Sénat au retour controversé des néonicotinoïdes C’est bizarre tout de même que le sénat après avoir adopté un amendement de rejet préalable, ait finalement débattu du projet de loi et voté celui-ci avec une confortable majorité. Que s’est-il passé ? C’est, parait-il, un bug informatique. On a donc revoté comme les Français durent revoter lorsque par référendum, il refusèrent le nouveau traité d’Union. Drôle de conception du vote démocratique ! Et pour dissuader un peu plus certains dissidents de rompre la discipline de parti, on fit voter à main levé ; il faut avoir de solides convictions, dans ces conditions, pour aller contre l’avis du groupe sous l’oeil vigilant des serre-file de chaque parti. Sans tomber dans le complotisme, on sent qu’il y a eu là des conciliabules de couloir et des consignes passées. Bref, ce n’était qu’un petit scandale dû à l’effet « lobby ». On aura espéré un instant.

Du coup, je me suis dit que franchement Joël Labbé avait l’âme bien tendre pour s’émouvoir ainsi d’un coup bien monté qui aurait déjouer par plus influent. Il aurait dû s’y attendre et donc ne pas se mettre martel en tête avec une telle déclaration : https://www.liberation.fr/Vote sur les pesticides au Sénat : «Ce qui s’est passé la nuit dernière est grave» sauf qu’en l’occurrence, il avait raison. Il ne parlait pas de ce petit amendement de rejet préalable mais d’une torpille envoyée en pleine séance qui révélait les véritables raisons de tout ce battage autour de la betterave (voir à ce propos le billet que je publierai demain sur ce sujet).
Faire passer sans crier gare, en pleine nuit un amendement qui dit expressément que faute d’alternatives « pragmatiques » les agriculteurs ne pourront pas se voir interdire l’usage d’un produit phytosanitaire ; c’est foutre par terre d’un trait de plume toutes les décisions de retrait prises depuis quelques années. Et cela avec la bénédiction du ministre de l’agriculture au nom d’une « écologie responsable ». Le coup est d’autant mieux monté qu’il était imprévu, qu’il frappe large et que cela s’est fait sans remous, pour le moment.
Restera quand même à le faire passer maintenant à l’Assemblée en deuxième lecture. Nous voilà averti des véritables intentions des groupes de pression agro-alimentaires. Ce n’est pas le lobby des betteraviers qui vient pleurer misère, ce sont les grands groupes agro-alimentaires qui viennent remettre sur les rails leur modèle agro-industriel qui nous envoie doucement mais sûrement dans le mur. Vous avez dit « écologie responsable » ?Et dire qu’il y a dans le lot des entreprises dite « à mission » au sens de la loi PACTE et encore plus d’entreprises qui communiquent tous les ans autour de leur rapport obligatoire sur la Responsabilité Sociale et Environnementale de l’entreprise

Bon et maintenant que fait-on ?

Le réflexe immédiat est de tenter de frapper au porte-monnaie ces groupes industriels car c’est là qu’ils sont les plus sensibles et sur le coup de la colère se lancer dans l’action directe. C’est ce que suggère ce site plus lié aux grands groupes industriels qu’aux ONG environnementalistes : https://www.novethic.fr/le sabotage au cœur de l’action de la ronce, dernier-né des mouvements écolos Subtil de monter en épingle un groupuscule en l’affublant du vocable infâmant de saboteur. C’est se faire peur à peu de frais. L’ennui c’est que cela peut donner des idées à quelques esprits faibles et alors-là toutes sortes de dérapages sont possibles. C’est donc une impasse.

Et depuis le XIX° siècle, la réponse immédiate est le BOYCOTT. Aussitôt pensé, aussitôt écrit :https://www.liberation.fr/Faut-il boycotter le sucre pour avoir raison des néonicotinoïdes ? . Heureusement que les signataires de cette tribune sont restés dans l’interrogation car un tel boycott est quasiment impossible, tant le sucre est partout. Ce n’est pas en renonçant à mettre du sucre dans son café qu’on les effrayera, ni même en renonçant aux boissons gazeuses sucrées dont certain-e-s raffolent à s’en rendre malade. IL faudrait aussi renoncer à moult plats cuisinés et autres préparations aussi sophistiquées qu’inutiles dont ces industriels nous gavent jouant sur nos penchants infantiles pour le sucré. Et quand bien même nous y renoncerions, les industriels de la filière sucre-betteraves ont d’autres cordes à leur arc : les carburants dit « bio » comme l’éthanol et puis depuis l’arrivée de cette saleté de COVID, l’incontournable gel hydroalcoolique QUI NE PEUT SE FAIRE SANS ALCOOL.
Alors que faire ? Peut-être qu’en s’inspirant d’autres campagnes de communication qui ont mis la honte aux compagnies pétrolières, aux banques ou aux compagnies aériennes il sera possible de les faire bouger. Rajouter à la perte de chiffre d’affaires, une action de stigmatisation intelligente et lancer une campagne de dénonciation des effets délétères du sucre sur nos silhouettes, nos artères, le déficit de la sécu (les sujets ne manquent pas),en faisant le lien avec les effets désastreux sur la biodiversité, car malgré ce que j’ai écrit au début, les petites abeilles, ça marche. Regardez, les campagnes auprès des compagnies pétrolières commencent à les faire bouger, de même auprès des banques en ce qui concerne leurs investissements dans énergies fossiles et je ne parle même pas de la campagne scandinave  » sur la « honte aux vols aériens », Après tout, «  bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée ». Voilà un autre champ d’influence possible !

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