A chacun son ESS

Juste avant que le mois de l’ESS ne commence, je pense qu’il serait temps de faire un état des lieux et de clarifier certaines conceptions.

En effet, l’Economie Sociale et Solidaire qu’on ne désigne plus que sous son petit nom d’ESS, fait partie de ces concepts à la mode dont il est de bon ton de ne dire que du bien. Elle est ici en compagnie de l’Economie Circulaire moins connue sous acronyme d’EC car EC ça veut dire tellement d’autres choses, de la croissance verte, du développement durable (quoique ce dernier soit devenu vieillot, remplacé par l’incontournable transition écologique). Vous mélangez tout ça et vous pouvez proposer un bon sujet de discussion pour ces dîners en ville qui continuent malgré le couvre-feu et le confinement.

Mais voilà, il y a un hic. De la même façon qu’il y a différentes manières de comprendre le développement durable, d’expliquer l’économie circulaire, de justifier l’oxymore « croissance verte », chacun a sa façon de s’approprier l’ESS.

Bienvenue dans la famille !

Une nouveauté qui n’en est toutefois pas tout à fait une : les communistes se sont convertis à l’ESS. Il n’y a guère que n’entendit-on pas sur les SCOP (rappelez-vous le sabotage du projet de reprise de Manufrance en SCOP). Pour les tenants de la pensée communiste, il n’y avait pas de place entre l’économie capitaliste et l’économie socialiste . Mais maintenant que le Parti Communiste a été décommunisé, de nouvelles perspectives s’ouvrent , https://www.pcf.fr/Le Manifeste pour une conception communiste de l’ESS

Depuis qu’ils ont compris qu’une révolution, c’est « faire une rotation de 360° », ils ont découvert les vertus de l’évolution, de la subversion progressive, de ce qu’Edgar Morin a appelé le grignotage du système (sous-entendu « capitaliste »). On peut compter sur eux pour défendre becs et ongles les principes de solidarité qui devraient sous-tendre l’action de toute entreprise de l’ESS mais que certains ont tendance à oublier dans leur recherche d’équilibre entre ces principes et ceux de l’efficacité économique ET financière. On peut également compter sur eux pour être intransigeants sur la démarche anti-capitaliste. Pour le reste, ils resteront quand même un parti politique avec les préoccupations d’un parti politique et aussi tout l’appareil idéologique qui les accompagne. Ce n’est qu’à l’usage qu’on jugera de la sincérité de la démarche. En attendant, bienvenue dans cette grande famille !

Dehors les intrus !

Dans son manifeste pour une ESS communiste ,le PCF fait ce constat que je partage « Inversement, le libéralisme s’emploie à faire prévaloir une conception de l’ESS la vidant de ses valeurs émancipatrices. » Je ne disais pas autre chose il y a deux ans quand la loi PACTE a été votée. Et il semblerait que cela se réalise. En tout cas, le mouvement démarre du côté des grandes entreprises

https://www.novethic.fr/un an après la loi PACTE, une vingtaine d’entreprises sont devenues des sociétés à mission

Fait-elle exprès de ne rien comprendre ?

Parfois les néophytes font preuve d’un zèle intempestif mais un peu brouillon https://www.challenges.fr/Croissance verte: il faut soutenir les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Ainsi quand on écrit « Les entreprises responsables, les entrepreneurs sociaux et solidaires, les associations. Au-delà de ce périmètre classique, ajoutons toutes les entreprises responsables, les sociétés à mission au sens de la loi Pacte de 2019, ou encore les entreprises ayant été retenues pour les tout récents Contrats à Impact. » on montre sa méconnaissance totale de l’ESS. Je passe sur les « machins » issus de la loi PACTE mais définir l’ESS comme l’agglomérat des entreprises responsables, des entrepreneurs sociaux, des associations, c’est d’une part oublier que les piliers économiques de l’ESS restent quand même les coopératives, les mutuelles et les fondations et d’autre part, en insulter les dirigeants et toutes les parties prenantes en les excluant du champs des entreprises dites responsables. A surfer sur les mots à la mode, on finit par écrire des bêtises. Et ce n’est pas fini : même si beaucoup d’entreprises de l’ESS et notamment les associations, petites en général, sont fortement engagées dans la transition écologique, l’idée d’une « croissance » même verte les ferait doucement rigoler car dans le même temps elle sont engagées dans une transition sociale et environnementale qui n’en a que faire de la croissance éternelle.

et finalement celle qui vend la mèche, c’est la sous-ministre en charge du secteur

C’est surprenant que le sous-ministère ait un nom qui s’allonge d’autant plus que son enveloppe budgétaire se réduit. J’ai connu l’Economie Sociale à l’époque ou le « Tiers Secteur » s’est découvert une vocation et une force économique. J’ai vu sa mutation en Economie Sociale ET solidaire quand le monde associatif a bouleversé les schémas de l’engagement citoyen. Et voilà maintenant que la sous-ministre est en charge d’une économie sociale solidaire et responsable ; diantre, nous aurions milité pendant des années pour des causes irresponsables ? Honte sur nous.

Mais il lui sera beaucoup pardonné à cette Secrétaire d’État (finalement c’est plus court sous-ministre) car elle vient de faire un aveu qui me ravit https://www.novethic.fr/Olivia Grégoire, secrétaire d’état à l’économie sociale, solidaire et responsable, veut réformer « un capitalisme à bout de souffle »

Madame, désolé de vous rappeler que les fondements du capitalisme sont d’une part le droit de propriété lié à un investissement en capital et d’autre part la maximisation du profit escompté de cet investissement (ce qui explique entre parenthèse cette obsession de la croissance). Or justement ce qui caractérise les entreprises de l’ESS, ce sont des principes, « un homme=une voix » quelle que soit l’apport en capital, la non-rémunération ou la rémunération modérée du capital, l’obligation de mettre en réserve les bénéfices et l’impartageabilité de ces réserves. Si c’est cela qu’elle entend par réformer le capitalisme, c’est que le capitalisme est mort.

Ça se saurait.

PS qui n’a pas grand’chose à voir : cette histoire de « à chacun son ESS » me rappelle l’époque où en bons transfrontaliers, nous jeunes dirigeants de l’Economie Sociale du Nord-Pas de Calais voulions nouer des liens avec nos partenaires belges. C’était compliqué : pour chaque secteur, il y avait l’interlocuteur social-démocrate et l’interlocuteur démocrate-chrétien (je schématise), puis dans ces familles, il y avait ensuite la branche flamande et la branche wallonne. Malgré ces différences philosophiques et linguistiques, jamais nous n’eûmes l’impression qu’il y avait « à chacun son économie sociale ».

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