PAC verte ? PAC pas verte ? On peut ne PAComprendre

Les béotiens, comme moi, ont de plus en plus de mal à comprendre les tenants et aboutissants de cette PAC. C’est quand même dommage alors qu’on nous annonce que cette politique va bouffer 386 milliards d’Euros d’argent public en 5 ans.

Le débat qui s’est engagé maintenant que les trois instances ont rendu leurs copies initiales n’est pour l’instant pas très clair mais tout semble tourner autour de l’enjeu écologique .

Il ya d’un côté les optimistes, de nature, de façade ou de commande https://www.novethic.fr/les états européens font un premier pas vers une PAC plus verte pour orienter l’agriculture de demain
Ceux-ci voient le verre à moitié plein puisqu’il se félicitent qu’une partie des subventions soit liée à la mise en œuvre de projets réellement écologique et ils avancent le chiffre de 20% (proposition des Etats) ou 30% (proposition du parlement) sans dire que ce pourcentage ne concerne qu’une partie du budget total.
En outre certains portent une ambition politique grande, qui n’est pas sans rappeler la dynamique des premies pas de la PAC dans les années 60 « ….L’enjeu, porté par le ministre de l’agriculture Julien Denormandie, est que tous les pays européens soient soumis aux mêmes normes environnementales ….» Certes mais alors pourquoi accepter, voire même revendiquer qu’une partie des politiques, le volet environnemental juste, soit modulée par Etat-Membre dans le cadre de sa stratégie nationale. Certes encore, mais qu’une telle ambition soit portée par un ministre qui soutient, dans le débat national, que réintroduire les néonicotinoïdes c’est de » l’écologie responsable » , laisse songeur sur sa capacité réelle à donner corps à une telle ambition.
Et puis, il y a les pragmatiques, ce qui savent que tout n’est pas possible tout de suite : « ……C’est le début d’une réforme profonde », a fait valoir l’ancien directeur général du WWF…. »  Toujours cette stratégie des petits pas qui d’une part laisse croire qu’on a le temps et d’autre part qui se transforme souvent par un petit pas en avant un grand pas en arrière.

De l’autre côté, il y a ceux qui tirent à boulets rouges sur les institutions communautaires en question avec des jugements plus ou moins nuancés
https://www.eelv.fr/Vote de la PAC au Parlement européen : mauvaise nouvelle pour l’écologie, pour l’agriculture et notre alimentation eux c’est normal, ils font de la politique politicienne.

Par contre cet article se veut plus documenté et plus didactique dans le décorticage des éléments du débat : https://www.mediapart.fr/La nouvelle politique agricole commune oublie le changement climatique
Mais hélas, on fait rarement du bon journalisme avec de gros a priori. ces journalistes parlent de greenwashing alors que dans le même temps, ils pratiquent allégrement l’agribashing « l’agriculture, ….celle-ci est responsable, selon le dernier rapport du GIEC, de près d’un quart des émissions dans le monde… » bataille d’anglicismes aussi stérile que néfaste à la manifestation de la réalité.
Comme leurs collègues précédents, ils sont victimes d’un prisme déformant mais de sens inverse et ne voient dans les mesures agro-environnementales que le verre à moitié vide : « ….un « 1er pilier » prédominant (aides directes aux exploitations) et d’un modeste « 2e pilier » (aides ciblées pour le développement rural)…. » Il eut été judicieux de préciser ce qu’ils entendaient par « prédominants » et « modeste »
Passons sur les attaques ad hominem et les procès en conflit d’intérêt dès qu’un eurodéputé est agriculteur. C’est un peu comme si on refusait aux parlementaires médecins français de participer au débat budgétaire sur les comptes de la Sécu, aux parlementaires fonctionnaires de participer aux débat sur le statut de la fonction publique ou les compressions budgétaires d’effectifs ou aux députés journalistes (il y en a) de contribuer aux débats sur les médias et Internet.

Par contre dès qu’on touche à du concret, le constat est tout de suite plus percutant « la Commission von der Leyen n’a pas revu la copie et n’a intégré aucun élément du Green Deal », ….« Ceux qui travaillent à base de pesticides et d’engrais de synthèse continueront à toucher autant d’aides directes, rien ne les incitera à diminuer leur usage d’entrants chimiques. » Là on a bien compris où la cohérence du projet de la Commission coince.

Toutefois, ils reconnaissent que tout n’est pas négatif, notamment dans les apports du Parlement. Celui-co propose de limiter les effets de cumul donc éviter les abus les plus flagrants et introduit une once de social . C’est déjà ça de pris.

Du coup, il n’est pas facile de trancher et ce n’est pas ce débat organisé par un journal régional qui permettra de mieux éclairer notre lanterne : https://www.letelegramme.fr/La future Politique agricole commune est-elle vraiment plus verte ?
L’un dit : « La future Pac n’est pas ultra-verte mais plus verte que la Pac actuelle. » ce qui n’est pas faux
L’autre lui rétorque : « Nous demandons que les plans stratégiques de chaque État soient conformes aux Accords de Paris, au Green Deal, aux stratégies de la biodiversité . » ce qui est aussi légitime

Alors que penser ?

Pour cela, il va falloir faire un Petit retour en arrière historique pour savoir d’où on vient afin de comprendre où on peut aller.

Commençons d’abord par les premiers intéressés, les chambres consulaires qui représentent à la fois les bénéficiaires tout en ayant à cœur de préserver l’intérêt commun. : https://chambres-agriculture.fr/Une politique historique de la construction européenne
Hélas, on reste un peu sur sa faim ; c’est regarder les politiques publiques par le petit bout de la lorgnette, les intérêts immédiats mais pas l’intérêt commun Notez quand même cette curieuse justification «  …les dépenses de la PAC ne représentent qu’à peine 0.5% du PIB de l’UE soit 1% des dépenses publiques des Etats membres… » comme si la profession semblait devoir se justifier de toucher autant de fric

De ce raccourci historique légèrement orienté on peut tirer un constat tout de même : on est passé d’une organisation commune administrée des marchés à un système d’assistance face aux dégâts d’une ouverture totale au marché mondial, sans garde-fou ni contrepoids. Ceci explique largement pourquoi cette politique est devenue à la fois injuste et inefficiente.

Pour comprendre cette évolution vaut mieux aller sur ce site qui décrit bien ce glissement progressif En prime un graphique qui , comme tous les graphiques, remplace bien des discours. : https://www.supagro.fr/Histoire de la PAC

En fin de compte, cette PAC n’est pas aussi verte que le voulaient les écologistes , n’est pas redistributrice que le souhaitait l’agriculture paysanne, ne permettra pas d’enrayer le déclin de nos campagnes comme y aspirent les ruraux, agriculteurs ou non, ni d’atteindre les objectifs de la politique « de la fourche à la fourchette » ou si vous préferez « de l’étable à la table » comme l’a proclamé la présidente de la Commission. Mais il fallait s’y attendre un peu : ces objectifs qui sont des horizons pour beaucoup ne sont pas forcément atteignables rapidement. Sauf que, comme il y a urgence à changer le modèle, il y a urgence à prendre un peu de temps pour que chacun améliore sa copie plutôt que de bâcler un trilogue. Après tout, ce ne serait pas la première fois que sur les questions agricoles, on « arrête les horloges » à Bruxelles.

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