La langue d’Esope

Les vaches pètent. Le méthane qu’elles dégagent alors a été mesuré dans le cadre de la lutte contre les émission de gaz à effet de serre et le bilan des flatulences bovines n’est pas flatteur. Mais s’il n’y avait que cela. Il y a tout le reste, ces déjections et déchets dont on ne sait que faire si ce n’est l’épandre, et les odeurs qui vont avec, dans les champs lorsque la terre a besoin d’être nourrie.

Mais heureusement il y a eu ça : https://www.ademe.fr/expertises/dechets/passer-a-laction/valorisation-organique/methanisation Sur le papier, c’est effectivement la solution miracle puisque, via cette technologie, finalement peu complexe, on peut, à la fois, se débarrasser d’une grande partie des déchets d’une exploitation agricole, voire de plusieurs, de fournir de la chaleur soit pour sécher des végétaux, soit pour chauffer des serres, de produire des matières suffisamment riches en azote et autres intrants pour remplacer les engrais chimiques. Et surtout, cela permet d’alimenter en électricité, l’exploitation et son environnement. En réduisant le cycle, on peut même produire directement du gaz qui peut être injecté directement dans le réseau d’approvisionnement en gaz. Bref, c’est la solution miracle pour transformer un gaz à effet de serre très nocif en véritable bénédiction écologique.

Hélas, il y a eu des dérives et des abus. Et ce qui devait arriver, arriva https://www.actu-environnement.com/Pollution de l’eau dans le Finistère : interrogations sur la méthanisation industrielle Cela ne pourrait être qu’un accident industriel comme il en existe fréquemment et qui pourrait être prévenu par une réglementation adéquate et une plus grande attention de la part des exploitants.

Mais en levant le voile sur les conditions d’exploitation d’un nombre croissant d’installations, des interrogations ont fini par émerger : https://www.ouest-france.fr/Agriculture. La méthanisation agricole à la française inquiète Cela tient essentiellement à ce que les principes, illustratifs de ce qu’est une économie circulaire bien comprise, ont été dévoyés dans une optique de pure rentabilité financière. Ce qui était au départ une valorisation de déchets à côté d’une ou de plusieurs productions principales est devenu une activité en soi, accaparant des ressources utiles par ailleurs et considérant comme sous-produits, ce qui au départ constituait la production principale (par exemple le lait). Il est évident qu’un tel système ne peut fonctionner de façon vertueuse. Nous aurions dû pourtant nous méfier puisque c’est sur ce modèle que la filière s’est développé dans les pays voisins qui ne peuvent que constater maintenant les dégâts que de telles pratiques ont provoqué.

Pour essayer de comprendre ce qui s’était passé, Reporterre, dont on connaît par ailleurs l’excellence des reportages dès que l’environnement est menacé, a même consacré une série de trois articles à ce sujet
https://reporterre.net/La méthanisation, l’usine à gaz qui séduit les gros agriculteurs
https://reporterre.net/Méthanisation : un digestat bien indigeste pour les sols et les eaux
https://reporterre.net/La méthanisation risque d’accélérer la concentration des fermes
C’est à lire pour bien comprendre la logique de fonctionnement de ces entrepreneurs qui n’ont plus grand chose de paysans et dont le rapport à l’agriculture devient parfois très distant. Mais comme parfois quand on fait du journalisme militant, ces articles pêchent par leur partialité. Il s’agit là d’un procès à charge qui oublie que par ailleurs la méthanisation à la ferme a du bon.

Pour preuve, cette expérience https://osez-agroecologie.org/charmoy-methanisation Méthanisation
Là aussi il faut aller sur le site et lire dans le détail l’explication de la démarche. C’est une action collective, menée dans le respect des exploitations existantes avec comme objectif essentiel de mieux valoriser TOUTES les ressources locales, sans en épuiser aucune. Grosso modo, ces gens mettent en œuvre le schéma idéal que décrivait au début l’ADEME avant que des impératifs industriels ne viennent brouiller son message.

Ceci illustre bien qu’une technologie n’est ni mauvaise, ni bonne en soi et que cela dépend surtout de l’esprit avec lequel on la met en œuvre.

On peut donc dire de la méthanisation qu’elle est, comme la langue d’Esope, la meilleur ou la pire des choses selon qui s’en sert.

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2 commentaires pour La langue d’Esope

  1. jmp dit :

    On se trouve aujourd’hui confronté au même problème avec la solution choisie pour remplacer les carburants fossiles :
    L’état débloque une somme considérable pour la « transition dihydrogène, sans priorisation, il mets même des bonnus pour les véhicules à dihydrogène alors que le dihydrogène est majoritairement produit à bas d’hydrocarbures et fortement émetteur de CO2, que le stockage haute pression a un rendement déplorable (ADEME Elec>stockage>Elec donne un rendement de 20% pour les transports pression 730bars)…
    Un plan de développement et de financement des développements conditionné par l’impact écologique devrait être la moindre des choses pour eviter le pire…

    • Tout à fait d’accord. Si nous avons retenu une leçon des erreurs commises dans les decennies passées, c’est bien celle-là. Aucun projet, aucune innovation ne devrait être mise en oeuvre sans une évaluation A PRIORI de ses différents impacts (évaluation à 360°) C’est certes un investissement supplémentaire mais comme tout investissement de prévention, il s’agit en fait d’un bon placement compte tenu des coûts que cela evite A POSTERIORI

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