Il n’y a plus d’après pour le climat si….

Rappelez-vous, ce n’est pas si vieux que cela. Pendant que nous confinions, nous cogitions itou en pensant que le monde d’après (sous-entendu « après le confinement) ne pourrait plus être comme celui d’avant. Hélas, des signaux émis plus ou moins puissamment par ceux qui actuellement décident laissent penser que le rêve est peut-être en train de passer, naïfs que nous étions !

Rappelez- vous ! Alors que la plupart d’entre nous étions contraints, soit à l’inactivité, soit à la télé-activité, d’autres continuaient à travailler d’arrache-pied parce qu’ils avaient une mission sacrée : produire la feuille de route climatique de la France https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_citoyenne_pour_le_climat

Et pour produire, à 150, ils ont produit! 149 propositions pour être précis, qui semblent avoir eu l’heur de plaire à Jupiter https://www.elysee.fr/Emmanuel Macron dit oui à 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat ! puisque finalement, tel un monarque d’Ancien Régime, ou le Président des Etats-Unis, il n’a mis son veto qu’à trois d’entre elles. C’est peu me direz-vous et c’est donc donner à l’exercice de démocratie participative une grande importance, une expérience unique au monde comme se plaît à le dire notre monarque républicain.

C’est vite dit ! Et c’est faire la part belle à ce qui apparaît déjà comme un immense malentendu.En effet, quand on écrit que Mr Macron dit « oui à 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat », cela ne veut pas dire, contrairement à ce que vous pourriez peut-être croire, qu’il en approuve tous les termes ni même l’esprit. Cela veut dire simplement qu’il ne tue pas ces idées dans l’oeuf, et comme il le dit si bien dans le discours qu’il a tenu au CESE, le 29 juin 2020, pour marquer la fin des travaux de la CCC, que«  cette intelligence collective pouvait se marier avec la responsabilité qui est celle de l’exécutif et du pouvoir législatif ».

Et si vous ne comprenez pas le langage administrativo-politique, il précise un peu plus loin : « toutes les propositions qui seront abouties et précises seront transmises sans filtre soit au Gouvernement pour ce qui relève du domaine réglementaire soit pour ce qui relève de la loi, au Parlement, ou directement au peuple français. » C’est bel et bon mais qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire «  je transmets aux services ministériels, qui vont mettre en charpie une partie des propositions qui sont de l’ordre du règlement », le domaine d’excellence de l’Administration, avec une flopée d’arguments tous plus imparables les uns que les autres autour du thème « mais ce n’est pas possible, Monsieur le ministre » » et on sait qu’à ce jeu-là les technocrates, ingénieurs et administrateurs civils excellent à rendre inapplicable une mesure que le moindre bon sens aurait rendu souhaitable et possible.

Cela veut dire aussi « je transmets aux cabinets ministériels des propositions qui tiennent en quelques lignes et qui, avec l’appui actifs des services administratifs ou la complicité d’élus complaisants deviendront des projets ou propositions de loi de plusieurs dizaines d’articles » qui, après leurs passages devant le Parlement auront encore été enrichis de nombreux amendements de façon à rendre touffus et incompréhensibles un principe législatif qui au départ était limpide et intelligible à tous comme devrait toujours être la loi, si du moins on veut que nul ne l’ignore.

Cela veut dire enfin « Je me réserve le droit de lancer éventuellement un référendum avec le ferme espoir qu’une fois de plus les Français en profitent pour ne pas répondre à la question que je vais leur poser et transformer ainsi l’exercice en plébiscite ». Le risque est faible à deux ans des élections présidentielles. Si les OUI l’emportent, c’est dans la poche en 2022. Si c’est l’inverse, on peut la jouer gaullien et se retirer comme un incompris sans connaître l’opprobre que connût son prédécesseur, incapable même de se présenter à sa propre succession. A 44 ans, cela préserve l’avenir.

C’est donc sur cette série de quiproquos que commencera le débat sur les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat. Et les premières décisions du gouvernement laissent une impression mitigée. Ainsi le premier conseil de défense écologique (quel drôle de nom pour définir ce que naguère nous aurions appelé un conseil interministériel!) a finalement accouché de mesurettes montrant que même sur ces petites modifications de notre quotidien, les réticences, pour ne pas dire les résistances, étaient grandes, https://www.lepoint.fr/Conseil de défense écologique : du concret… à petits pas

Est-ce à dire que cette convention n’était pas si citoyenne que cela ? N’est-ce pas plutôt faire le constat amer que des groupes d’influence restent puissants pour faire en sorte que rien ne bouge. Ils sont même parfois tellement puissants qu’ils arrivent à inverser la vapeur et remettre en cause des décisions qui, du point de vue écologique, allaient dans le bon sens. De ce point de vue, il n’est pas tout à fait innocent que le premier projet de loi touchant à notre environnement concerne la réintroduction des néonicotinoïdes, https://www.lesechos.fr/Néonicotinoïdes : le projet de loi très contesté arrive à l’Assemblée Certes, ce point ne figurait pas dans les 149 propositions, et pour cause puisque l’interdiction de ces pesticides « tueurs d’abeilles » était considérée comme déjà acquise et surtout ne concerne pas DIRECTEMENT le climat. Mais cela va quand même à l’encontre de plusieurs objectifs majeurs affichés par la CCC dans le cadre de la rubrique « se nourrir ».

Les arguments avancés en défense de ce texte, pour l’instant très court (un seul article) montrent que l’opinion de 25.000 exploitants agricoles peut peser plus que celle de ce panel citoyen. Cela veut aussi dire que ce principe énoncé par Mr Macron le 29 juin, «  placer l’écologie au cœur du modèle économique en faisant le pari de l’investissement dans les transports, les énergies, les technologies de demain » ne s’appliquerait pas à l’agriculture. En effet, depuis le temps que les effets nocifs de ces pesticides sont avérés, la profession aurait eu le loisir de financer la recherche pour proposer des alternatives.

Mais comme le pire n’est pas toujours le plus probable, on peut espérer que le débat démocratique au sein du parlement pourra encore faire bouger les choses. C’est du moins ce qu’espèrent ces députés, pourtant considérés comme soutien de l’actuel majorité
https://www.actu-environnement.com/Je voterai contre le projet de loi néonicotinoïdes proposé par le Gouvernement
http://www.sandrine-lefeur.fr/2020/09/le-debat-sur-la-reintroduction-des-neonicotinoides-pourquoi-je-voterai-contre/
Leurs arguments sont raisonnables et prouvent qu’elles et ils ont mieux compris que ces soit-disant professionnels que le métier de paysan se faisait AVEC la nature et ses aléas (climatiques notamment). C’est pourquoi, même si la lutte contre les pesticides n’a pas de lien direct avec l’évolution climatique, ce qui pourrait expliquer que le gouvernement propose ce texte sans déjuger le soutien inconditionnel du Président aux propositions de la CCC, il n’en demeure pas moins que cela est lié aux conséquences de ces dérèglements du climat et que mettre en place des procédures de régulation financière du marché est une réponse à ces conséquences.

Mais comprendre cela suppose que les décideurs politiques aient intégré dans leur logiciel de décision que l’écologie c’est avant tout une analyse systémique et qu’on ne traite une question que si on on prend en compte les réactions en chaîne, les effets collatéraux qu’un tel traitement induira vraisemblablement.

A défaut, il serait alors à craindre que les politiques qu’ils mettront en œuvre ne laissent plus grande chance à la lutte contre les dérèglements climatiques.

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