En germe, se nourrir ou bien manger ?

Pendant le Grand Confinement, la principale préoccupation des confinés, à part sortir évidemment, était de se nourrir. Cela a mis en évidence deux points de tension majeurs qu’il faudra bien traiter. Le premier concerne notre approvisionnement et là on a constaté deux goulots d’étranglement. Pour certaines denrées de base, notre agriculture n’était plus en mesure de fournir des quantités suffisantes et comme nous dépendions des importations pour alimenter nos circuits de distribution, certains rayons restaient désespérément vides parfois pendant plusieurs jours. Pour d’autres part contre, il y avait pléthore mais c’est la main d’oeuvre qui allait manquer pour faire les récoltes au point qu’on a vu des chefs d’entreprises agricoles, paniqués à l’idée de tout perdre, proposer à des administratifs au chômage partiel de venir les aider, démontrant par là, à leur corps défendant, que leur métier n’avait rien de très technique, du moins à ce stade. Il est vrai que la main d’oeuvre en provenance des pays tiers, d’Europe de l’Est ou d’Afrique du Nord faisait défaut. C’est donc au nom du « toujours moins cher » qu’une partie de la filière agro-alimentaire s’est mise en danger. Or, nourrir le peuple est la première obligation de tout gouvernant car il n’y a pas plus terrible que les révolte « pour le pain » ; elles se sont souvent transformées en révolutions.

Certes, on en est pas là car, comme dit la FNSEA, « nous sommes là pour nourrir le monde » et dans l’ensemble, on n’est pas mort de faim en France. Il n’empêche, l’alerte a été chaude et donc le personnel politique s’est mobilisé https://www.ouest-france.frL’alimentation, secteur « stratégique » pour le Sénat De la part de la Chambre Haute, une telle réaction est somme toute normale puisque face à l’Assemblée Nationale, elle est plutôt la défense de la ruralité, mais de là à ériger l’agriculture au niveau des hautes technologies, il y avait quand même un grand pas à franchir. Aux grandes causes, les grands mots. Après tout, les masques en papier ont AUSSI été classés « stratégiques ».

Mais le grand confinement a révélé un autre phénomène inquiétant. De plus en plus de gens dépendent de l’aide alimentaire, sous toutes ses formes, depuis le repas à la cantine pour les enfants scolarisés jusqu’au Resto du Coeur en passant par les bons d’achat des CCAS. Et là aussi, ça a coincé. Plus d’école, plus de cantine, donc pour un grand nombre d’enfants, fini le repas équilibré au moins une fois par jour. D’un autre côté, plus de surplus alimentaire dans les grandes surfaces, donc moins de possibilité d’alimenter les banques alimentaires et à la fin des paniers de secours maigrelets.
Du coup est née une idée généreuse et finalement pas si utopique que cela https://www.novethic.fr/actualite/créer une sécurité sociale de l’alimentation alors qu’un français sur cinq souffre d’insécurité alimentaire . Certes, présentée comme cela, l’idée apparaît extrêmement technocratique et bureaucratique dans la grande lignée des mesures de collectivisation de la ressources, mais à y regarder de plus près, ça n’est pas plus compliqué que le fonctionnement actuel de la Sécurité Sociale ou du RSA.

Mais au-delà de l’approche quantitative de la question alimentaire, il y a eu aussi débat sur la qualité de ce qu’on mange. Et pour une fois, la Commission Européenne ne semble pas en reste en lançant sa campagne de la ferme à la fourchette https://www.actu-environnement.com/Stratégie « De la ferme à la fourchette » : la Commission européenne fixe le cap pour 2030Assurer la traçabilité de ce qu’on mange à tous les stades de la transformation et de la distribution, produire au plus près des lieux de consommation, voilà des objectifs qui rencontrent les attentes d’un nombre croissant de consommateurs, donc, ça devrait marcher. Mais les grands groupes qui ont bâti leurs empires sur le modèle dont on vient de voir les failles ne sont pas prêts de lâcher prise donc ça coince un peu par-ci par-là et ça triche aussi un peu, voire beaucoup de-ci, de-là.

Donc il convient de rester vigilant et l’article ci-après résume bien les points d’attention nécessaires https://resistanceinventerre.wordpress.comDes paroles aux actes : que mangera-t-on demain ?. Mais plus les consom’acteurs affirmeront fortement leurs souhaits et surtout leurs rejets, plus il y a de chance que ces barrières tomberont. Manger sain, voilà le maitre-mot ! Mais cela ne veut pas dire manger fade et on peut se faire plaisir sans pour autant se mettre à des régimes sans machin, sans truc et veg-chose. Le bon sens est souvent un bon guide en la matière, mais cela aura sûrement un prix car la qualité a forcément un coup et l’équilibre sera à trouver entre ces différents paramètres. Sans traiter toutes les questions que pose par exemple une nourriture carnée, cette interview croisée réalisée par de futurs paysans nous éclaire quand même sur bien des points http://www.eco-bretons.info/comment-manger-ethiquement-les-animaux/

Manifestement se nourrir et bien manger sera une des clés du monde de demain. Il serait grand temps que notre budget alimentation reprenne un peu d’importance dans nos dépenses globales. Se nourrir c’est vital alors que d’autres choses qui nous coûtent si cher ne le sont finalement pas tant que cela.

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