En germe, économie sociale ET solidaire ou ….?L’innovation sociale , le nouvel Eldorado des start-uppers ?

Certains voient dans l’économie sociale et solidaire, la solution pour une sortie de crise par le haut.C’est faire beaucoup d’honneur à l’ESS de lui décerner ce brevet de panacée et il me paraît illusoire de croire que du jour aux lendemains (même si ceux-ci doivent « chanter ») les valeurs qu’elle porte puisse supplanter celles qui supportent le modèle économique actuel que par commodité j’appellerai « capitalisme mondialisé ».

Avant d’entamer un débat sur l’évolution possible de l’ESS, il est quand même bon de rappeler de quoi on parle. A cet égard, l’interview de cet universitaire peut se révéler utile à certains pour se remémorer les quelques bases fondamentales de ce secteur qui puise ses origines dans le mouvement social, politique et syndical, de la seconde moitié du XIX° siècle http://www.aqui.fr/economies/Que se cache t-il vraiment derrière le sigle ESS aujourd’hui ?
Il y rappelle notamment trois piliers fondamentaux qui font de l’ESS un projet politique à part entière :
1°la non-lucrativité, c’est à dire l’absence de rémunération du capital apporté. Ceci induit que ces entreprises ont la nécessité d’être rentable mais que le fruit de cette rentabilité, le profit, est intégralement conservé DANS l’entreprise
2°la gestion démocratique et participative c’est à dire l’application du principe « un homme=une voix » et la participation des intéressés aux décisions qui les concernent, ce qui influe sur le mode de gouvernance des entreprises de ce secteur
3°l’utilité sociale c’est à dire la contribution sociale et écologique au fonctionnement de la société en général. Cela induit que les entreprises de ce secteur aient défini la nature de leur impact social et environnemental et se soient dotées d’outils pour le mesurer.

L’innovation sociale , le nouvel Eldorado des start-uppers ?

Tout le monde cherche les pistes pour redémarrer l’économie sur de nouvelles bases. Le journal d’inspiration plutôt libérale, Les Echos en repèrent quelques unes en les cataloguant aussitôt de « l’ESS », https://www.lesechos.fr/Ils redémarrent l’économie autrement Le autrement ne porte que sur le créneau d’activité, la gestion, plutôt sociale, des déchets dans une optique de réduction des gaspillages. Il s’agit donc plus d’une branche de l’économie circulaire mais en aucun cas d’économie sociale et solidaire. En effet, ces entreprises sont des Sociétés par actions simplifiées très classiques, dirigées par leurs fondateurs et dont les bénéfices sont susceptibles d’être redistribués.

Mais ce genre de détail n’a jamais dérangé les économistes de l’école libérale pour qui, tout ce qui n’est pas l’économie capitaliste est forcément l’économie dirigée, ou à défaut l’ESS. Cela ne dérange pas plus le Haut Commissaire en charge de ce secteur qui, un an après, et faute de nouvelles propositions ressort, ou plutôt fait ressortir par un tiers, le miroir aux alouettes qu’il avait agité en janvier 2019 le « milliard d’Euros pour l’innovation sociale » https://www.carenews.com/21 propositions pour développer l’innovation sociale le24 juin 2020
Au détour, il définit ainsi cette fameuse innovation sociale comme le « processus visant à mettre en œuvre une réponse nouvelle par rapport à l’état du marché et à la satisfaction des besoins sociaux. L’innovation pourra résider autant dans la manière de répondre à ces besoins que dans le produit final ». La définition est un peu creuse et aurait aussi bien pu correspondre à la création du tourisme populaire façon Léo Lagrange (le ministre pas la fédération d’éducation populaire)en 1936 qu’à la création des réseaux sociaux façon Facebook ,75 ans plus tard. Dans sa façon d’envisager les choses, il y a un vice de raisonnement majeur puisqu’il ne considère la question du financement qu’à partir de critères purement financiers, avec notamment le retour sur investissement indispensable. Or, cela est incompatible avec le 1° pilier énonce plus haut, la non lucrativité et notamment cet aveu de taille :« Mais la réussite des trois autres, qui deviennent des licornes, compense les échecs. C’est cette part de risque dans l’innovation sociale qu’il faut arriver à financer. »L’innovation sociale, dans le champs de l’ESS ne peut pas être un objet de financement de fonds de placement ou alors sans espoir de plus-value, ce qui évidemment complique un peu les choses.

Du coup, il existe deux options, soit la joint-venture sociale, soit la philanthropie. En ce qui concerne les joint-ventures sociales, elles sont un peu les héritières de la pensée de Mohamed Yunus et à cet égard, je vous renvoie à la lecture de son best seller lecture de la rentrée « Vers un nouveau capitalisme » de Muhammad Yunus et pour illustrer ces aventures, on peut lire cet articlehttps://www.la-croix.com/Les joint-ventures sociales dynamisent l’insertion publié le 28juin 2020 mais ce schéma n’est pas totalement vertueux https://www.la-croix.com/Les joint-ventures sociales sont-elles une bonne idée ? publié le 29 juin 2020
Ainsi les alliances entre une association, même très grosse et un géant de l’agro-alimentaire comme Danone par exemple n’est peut-être pas totalement équilibré et qu’on le veuille ou non, quand le PDG d’une telle boîte « suggère » quelque chose, cela ressemble fort à un ordre péremptoire d’où ces deux critiques adressées à ce genre de montage
« Les alliances entre entreprises privées et économie sociale et solidaire sont plus intéressantes quand ce sont des entreprises locales qui s’impliquent pour améliorer le bien vivre sur un territoire, comme dans les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE). »
« Les JVS dépolitisent les initiatives citoyennes que sont au départ les structures de l’économie sociale et solidaire. Elles ne s’intéressent qu’à la dimension économique, alors que l’ESS cherche aussi à infléchir les pratiques sociales. Avec la chute des aides publiques, la diversification des ressources est indispensable à l’ESS, mais il faut que l’économie solidaire reste maîtresse de son projet politique. »

Reste donc l’option de la philanthropie
Or miracle, deux parlementaires viennent de remettre un rapport sur ce sujet au gouvernement La philanthropie à la Française : Remise de mon rapport au Gouvernement qui aussitôt provoqua une levée de bouclier d’un collectif d’associations.http://www.associations-citoyennes.net/Philanthropie à la Française, un rapport néolibéral : inacceptable
Il y a du vrai des deux côtés, mais il n’est pas faux que même s’ils ne sont pas trop exigeants sur le retour attendu de leur apports financiers, on est toujours enclin à faire en sorte de ne pas froisser leurs susceptibilités. Et n’oublions pas cet aphorisme de Monsieur Lafargue, par ailleurs gendre de Karl Marx : « Voler en grand et restituer en petit, c’est la philanthropie ». Les fondations américaines les plus fameuses étaient le modèle à l’époque. Et aujourd’hui ?

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