En germe, pourrait-on faire sans la Chine ?

C’était une question qui se posait déjà dans un article que j’ai utilisé dans un précédent billet et dont je m’étais servi pour poser naïvement l’autre questionpourra-t-on faire sans les Etats-Unis ?

Bien entendu, dans les deux cas la réponse est non. Par contre, commence à se poser la question de « comment faire avec » et des inquiétudes commencent à poindre ici et là, notamment sur la capacité de la République Populaire de Chine à infiltrer les autres économies via ses investissements directs. Et en la matière, les Etats-Unis envisagent avec beaucoup de sérieux de reconfiner leur économie. Du coup, la Chine ne souhaite pas être en reste et envisage à son tour de reconquérir une forme d’autonomie par rapport aux marchés mondiaux pour se reconcentrer sur son marché national et les marchés régionaux. C’est du moins le sens de cet article https://www.lemonde.fr/Pour Pékin, le découplage économique a déjà commencé

En la matière, l’Union Européenne n’entend pas être en reste et prépare également des mesures conservatoires afin de colmater la trop grande porosité de son économie aux investissements chinois, notamment dans les domaines considérés comme stratégiquement sensibles https://www.lemonde.fr/L’Europe face à la Chine, le lent déniaisement

On en est là pour l’instant mais compte tenu de ce recentrage progressif de l’économie chinoise et sa volonté d’investir plus sur des modèles économiques régionaux, la question qu’il faudrait peut-être aussi se poser, maintenant que la Chine atteint des niveaux d’excellence dans certaines technologies de pointe et compte tenu de l’immensité de son territoire et des ressources naturelles qu’il contient est : « La Chine pourrait-elle faire sans nous ? »

Un découplage complet de l’économie chinoise pour paraphraser le titre de l’article du Monde serait sûrement aussi préjudiciable aux économies européennes et américaines qu’à l’économie chinoise. Et il semblerait que la Chine envisage cette nouvelle option sans angoisse particulière d’autant que grâce à sa diplomatie d’influence, elle s’est garanti de sérieux relais ailleurs dans le monde. Heureusement d’ailleurs car son talon d’Achille reste quand même son agriculture et son incapacité à nourrir les 1.200 millions de Chinois faute de terres arables suffisantes ; de ce point de vue avoir des points d’appui en Afrique n’est pas forcément une mauvaise chose, bien au contraire.

Entretemps, par petites touches, la République Populaire de Chine affirme ses ambitions impériales. Ainsi en imposant des règles léonines aux entreprises aériennes étrangèreshttps://www.lemonde.fr/La Chine veut imposer un bonus-malus sanitaire aux compagnies aérienneselle ne fait que reprendre à son compte les recettes qui ont pendant des decennies assis l’imperium américain.

Mais de manière plus subtile, elle contribue aussi à la réécriture de l’Histoire mondiale. Tenez, prenez cette mini-série historique diffusée sur Arte, chaîne de télévision germano-française
https://www.arte.tv/fr/videos/086936-001-A/comment-le-metal-blanc-a-faconne-le-monde-1-3/
https://www.arte.tv/fr/videos/086936-002-A/comment-le-metal-blanc-a-faconne-le-monde-2-3/
https://www.arte.tv/fr/videos/086936-003-A/comment-le-metal-blanc-a-faconne-le-monde-3-3/

A priori il n’est question que du rôle joué par l’argent métal dans la lente dégringolade de l’Empire du Milieu, mais en fait tout au long de ces trois épisodes, on rappelle que au XVI°, le leader mondial s’appelait la Chine.

C’est d’ailleurs exprimé de façon très explicite dans la présentation de la série sur le site d’Arte : « Comment, dès le XVIe siècle, l’argent a été le pivot d’une mondialisation économique dominée par la Chine. Une saga historique très complète qui embrasse quatre siècles et trois continents.
En 1571, la Chine des Ming décide de rationaliser la levée de l’impôt et impose à ses sujets un paiement en argent, déjà utilisé comme monnaie. Dix ans plus tard, à Potosí (actuelle Bolivie), dans l’Empire espagnol, on découvre d’immenses mines du précieux métal. En échange de denrées de luxe dont elle a le monopole, la Chine va en importer une partie. Manille, dans la colonie espagnole des Philippines, devient la plaque tournante de ce commerce d’emblée très lucratif et la population chinoise y afflue, non sans fortes tensions entre communautés. Mais trop dépendante de ses importations, ralenties par les aléas de la navigation et la faiblesse de sa production domestique, la dynastie Ming chute en 1644. Fondée par les guerriers mandchous du Nord, la nouvelle lignée des Qing continue de placer le commerce au premier plan, aidée par le succès mondial du thé, que la Chine est la seule à cultiver. Prisé notamment en Grande-Bretagne et en Russie, il garantit l’argent dont le royaume a besoin. Contrôlant strictement les marchands étrangers “barbares”, l’Empire du Milieu domine les échanges de son économie en plein essor.
Empires
Fourmillant de détails, de personnages, d’anecdotes et de documents, contée par des spécialistes passionnants, historiens en majorité, cette fresque déconstruit avec brio l’ethnocentrisme occidental pour retracer l’histoire économique du point de vue de l’Empire du Milieu, dont elle explicite au passage le nom. Filmée sur trois continents (Asie, Europe, Amérique), elle embrasse plus de quatre siècles pour montrer que l’argent a déterminé le destin de plusieurs empires et, surtout, constitué le pivot de la première mondialisation. »

Vous avez bien lu « pivot de la première mondialisation ». C’est à la façon dont se réécrit l’Histoire, qu’elle soit vraie ou fausse d’ailleurs, qu’on mesure qui est en train de gagner la guerre.

Par curiosité, j’ai été voir qui avait produit ces documentaires. Il faut avoir un œil exercé pour lire que c’est une boite inconnue « management production matchlight » pour le compte de EI China et EI Asia

Pour EI Asia, j’ai trouvé ce lien-ci qui renvoie à une société basée à Hong-Kong https://wap.ei-asia.ltd/eiasia.php . Quant à EI China, je n’ai trouvé qu’un compte twitter https://twitter.com/entirl_china qui me renvoie à une agence irlandaise de développement des entreprises irlandaise en Chine. Le soft power prend parfois des chemins surprenants.

Certes la Chine pourrait faire sans nous, mais bientôt nous ne pourrons plus faire sans la Chine, à notre corps défendant. A suivre donc.

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