En germe, la mutation des élites ?

La crise sanitaire en cours n’y sera peut-être pour pas grand-chose mais les conséquences économiques et sociales qui en découlent seront peut-être le révélateur d’une mutation en cours dans la formation de nos élites.

Cela fait déjà quelques temps que les grandes écoles, spécialité française invendable à l’exportation, se sont ouvertes aux tendances sociologiques lourdes en introduisant des cursus en dehors des sentiers battus, en direction de l’ESS pour les écoles de commerce, en direction de l’entrepreneuriat et les start-up pour les écoles d’ingénieurs. Ainsi une petite poignée pouvait dans chaque promotion cultiver sa singularité et casser pour ce qui la concerne le moule très formatant du cursus, classe préparatoire-concours-grandes écoles.

Mais il semblerait que ces temps-ci, la tendance soit plus lourde et que les inévitables mutations de nos systèmes de production de richesses et de leur consommation soient prises en compte dans la formation de ces « élites », https://www.novethic.fr/ESSEC, sciences po, polytechnique : les grandes écoles prennent le tournant de la transition

Mais justement, peut-être est-ce parce que ces mutations sont inévitables qu’il devenait vital pour ces écoles de s’adapter. En tout cas, c’est un signe que progressivement, ceux qui pensent l’avenir de ce système, ont compris qu’il fallait changer de modèle, un peu par conviction, beaucoup par intérêt, rendant ainsi inéluctable cette mutation.

Donc on va parler changement climatique, gestion soutenable des ressources, RSE, échange équitable peut-être dans ces écoles. On peut donc penser qu’une fois aux manettes, ces jeunes filles et ces jeunes gens auront à cœur de mettre en pratique ces enseignements. En tout état de cause, ils ne pourront plus dire comme leurs prédécesseurs : « nous ne savions pas. »

C’est effectivement une révolution copernicienne et en cela elle ressemble un peu à la façon dont les élites montantes de l’Ancien Régime ont pu accompagner les premiers mouvements de la Révolution Française, nourries qu’elles étaient des enseignements du Siècle des Lumières, des Encyclopédistes et des Physiocrates.

Tiens, à propos de ces mutations des élites, je voudrais vous présenter un cas intéressant. Voici un jeune homme à qui tout a réussi: fils de polytechnicien, ingénieur des eaux et forêts, et sénateur, il est lui-même diplômé d’HEC et de Sciences-Po, ancien élève de l’ENA (promotion René Char 1993-1995), école de laquelle il sortit, en deuxième place je crois, ce qui lui permit de rejoindre tout de suite la prestigieuse Inscepction Générale des Finances. Manifestement, il n’a pas grande appétence pour la haute administration puisqu’assez rapidement il se retrouve banquier Lazard, Crédit Agricole Société Générale. C’est un parcours finalement assez classique jusqu’à son arrivée à la direction générale de la Banque Mondiale. Depuis, il semble consacrer tout ce savoir-faire accumulé au cours d’un quart de siècle pour essayer de concilier performance financière et développement durable, https://www.lemonde.fr/Bertrand Badré ou la nouvelle vie d’un chantre de la finance durable

Certes, il a participé aux côtés de Jacques Chirac, à la mise en place de la taxe sur les transports aériens ce qui pourrait laisser présager une sensibilité environnementale, mais il a aussi contribué au lessivage des économies de nombreux épargnants en contribuant au « succès » de l’opération de recapitalisation d’Eurotunnel, mais ceci constitue le job habituel d’un directeur financier d’une grande banque ou de « sherpa présidentiel ».

Alors que penser de cette nouvelle entreprise ? Le choix du nom, « blue like a orange », est déjà un indice, on aime la poésie dans cette entreprise avec cette référence explicite à Paul Eluard. Après tout quand on est issue d’une promotion qui a choisi un poète résistant comme parrain, ce n’est qu’une demi-surprise.

Il y aurait donc de la poésie dans la « finance verte » . Pourquoi pas après tout ? Mais quand on y réfléchit bien, cette notion de « finance verte » est une sorte d’aporie. En effet, quel est le but de toute entreprise financière ? De faire en sorte que l’argent investi produise plus d’argent qu’il n’y en avait au départ. Quel est le but de tout initiative « soutenable » (traduction du « verte » des journalistes) ? De faire en sorte que cette initiative puisse se reproduire indéfiniment ce qui est impossible si « la finance » prélève régulièrement sa part, car à un moment, il y aura bien extinction de la ressource. Laissons aux philosophes le soin de traiter cette « difficulté logique insoluble » pour nous intéresser aux motivations d’une telle initiative. Remord de banquier ? Mise en pratique de la maxime attribuée à Clémenceau «Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs. » ? Illustration de cette autre maxime mise dans la bouche du prince de Lampedusa « Il faut que tout change pour que rien ne change. » ? En fin de compte, peu importe, seul l’intéressé pourrait y répondre mais l’essentiel n’est-il pas de voir arriver aux manettes des quinquagénaires pour qui ces questions de développement durable et de préservation de la planète ne sont plus des notions inconnues.

Et comme la génération d’après aura été nourrie à cela, tout est possible même une vraie mutation

Mais pour autant il ne faudrait pas croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes dans ce petit monde des grandes écoles. D’anciens schémas de pensée continuent à exister et ont la vie dure, à commencer par la culture de la méfiance qui s’est exprimée de cette façon qui a choqué les étudiants concernés https://www.francetvinfo.fr/Télésurveillance des examens : HEC enregistre les mouvements des yeux de ses étudiants

Il s’agit bien là d’un autre monde que celui que j’évoquai juste au-dessus. On peut le regretter mais il perdure et peut aussi un modèle pour certaines élites, hélas !

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