En germes, « Homme libre, toujours tu chériras la mer » ?

Ce beau vers de Baudelaire, que longtemps j’ai attribué à Victor Hugo, résume bien ce qui devrait être l’une de nos préoccupations majeures, la préservation du bon état des océans. En effet, quand ¾ de la surface de la Terre est concernée, ainsi que plus de 95% des réserves d’eau et la majeure partie de la faune sauvage, on ne peut s’en débarrasser d’un revers de main négligent au motif que nous vivons sur terre et non en mer. On a beaucoup parlé du 6° continent (7° ou 8° selon les sites consultés) composé essentiellement de plastique rejeté https://fr.wikipedia.org/wiki/Vortex_de_déchets_du_Pacifique_nord mais un peu moins de la détérioration apparemment inexorable des écosystèmes. Or celle-ci existe https://mediathequedelamer.com/thematique/une-biodiversite-marine-en-danger/12/

C’est sûrement pour cela qu’on a instauré une journée mondiale de l’océan, car en général lorsqu’il est devenu urgent d’agir mais qu’on ne veut rien faire, c’est ce qu’on fait, on crée une « journée mondiale de… ».

Mais cette année, les choses sont peut-être différentes. Le témoignage d’Isabelle Autissier, dont on connaît l’intimité avec les océans est à cet égard intéressant https://www.meretmarine.com/Isabelle Autissier : « Sans océans, nous ne serions pas là » car il ouvre des perspectives d’action. En cela, il rejoint d’autres constats scientifiques https://www.futura-sciences.com/On pourrait restaurer la vie marine d’ici 2050 . Mais s’il n’y avait que cela, nous pourrions vivre longtemps d’espoir, sans que rien ne se passe, si dans le même temps, on ne voyait pas éclore un peu partout des initiatives, en général portées par les plus jeunes générations, mais pas uniquement, soit pour réparer localement les dégâts les plus évidents (ramassage des déchets sur les côtes), soit agir plus en profondeur, si on peut dire, en améliorant nos connaissances ou en agissant à plus grande échelle.

A priori, cela n’a pas grand-chose à voir avec l’actuelle crise sanitaire. Toutefois, je ne peux m’empêcher de penser que le choc qu’elle a provoqué, notamment avec cet arrêt brutal de l’activité économique et de toute vie sociale, a déclenché chez beaucoup un réflexe psychologique nouveau, un prise de conscience, que rien de ce qui se passe sur cette planète n’est anodin, l’avènement en quelque sorte de l’effet papillon. Si cette prise de conscience se doublait d’une vigilance accrue, ce serait tout bénéfice et en fin de compte, cette crise aurait produit quelque chose de bien et de durable.

Oui ! vigilant, il faudra l’être et bien sûr le rester car d’autre part, il existe d’autres décisions apparemment anodines qui ont elles aussi en germes, des effets plutôt désastreux.

Tenez ! Voici une décision qui paraît bien innocente https://www.lemonde.fr/planete/La France va étendre son territoire sous-marin. Que la France étende sont plateau continental au large de petites îles perdues aux confins de l’Antarctique ne présente a priori pas un grand intérêt même si cela représente 3 fois la superficie de la Belgique. Pourquoi le faire alors ? On pourrait se dire qu’il s’agit là d’une façon de créer un sanctuaire pour des espèces marines menacées, mais comme cette extension ne concerne pas la colonne d’eau qui est leur lieu de vie habituel, il s’agit d’une fausse piste. Est-ce l’expression d’une volonté de puissance et l’affirmation que la France est (toujours?) une grande puissance maritime ? Peut-être mais ce serait bien puéril, n’est-ce pas ?

Alors ? Ben, alors, réapparaît le mythe des nodules polymétalliques qui agitaient déjà le microcosme onusien dans les années 70/80. Même s’ils s’en défendent les technocrates qui « pensent l’avenir de la France » n’excluraient donc pas qu’un jour, il faille aller chercher sous l’eau ce qu’on ne pourra plus aller chercher sous terre afin d’alimenter les filières industrielles sans lesquelles les équipements dont nous servons quotidiennement, dont l’ordinateur ou le téléphone grâce auquel vous me lisez, ne pourraient être produits. En filigrane, il y a là un modèle d’exploitation des ressources terrestres, cause des crises qui nous pendent au nez dans les prochaines années.

D’où la nécessité une certaine vigilance.

Il ne faudrait pas que le vers de Baudelaire soit l’expression de ce qu’on pourrait appeler « l’amour vache » et si la Mer est l’avenir de la Terre, ce sera pour le meilleur comme pour le pire, selon ce que nous en voudrons.

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