En germe : Etats-Entreprises mondiales, le passage de relais ?

Cela fait déjà quelques temps que dans ces colonnes je vous parle de l’influence croissante des entreprises mondiales sur le fonctionnement de nos sociétés. En 2019, je faisais ainsi au mépris affiché par les GAFAM face aux rodomontades de nos ministres : GAFAM : Ils se moquent bien des Etats (et de nous par la même occasion)

En 2018, a travers cette mini-série de trois articles, j’essayais de faire le point sur cette question :
Etats-Entreprises, le bras de fer ou le sourire de velours? chapitre 1 le choc frontal
Etats-Entreprises, le bras de fer ou le sourire de velours? chapitre 2 une contre-offensive efficace?Etats-Entreprises, le bras de fer ou le sourire de velours? chapitre 3 amadouer pour mieux tuer

Mais voilà, il y a depuis maintenant près d’un semestre, cette crise sanitaire, dont on ne comprend pas encore bien toute l’importance, ni en quoi elle peut être un virage décisif dans l’évolution des différentes sociétés qui composent notre humanité. Il n’y a que quelques signaux, plus ou moins forts pour indiquer ce que cette mutation pourrait être.
Il y a toutefois un fait acquis, hormis deux ou trois exceptions, la plupart des Etats, qu’ils soient démocratiques, pseudo-démocratiques, non-démocratiques ou carrément dictatoriaux, ont eu des réactions plutôt inappropriées à cette pandémie. La croyance en la toute-puissance de l’Etat, plus ou moins ancrée dans l’esprit des peuples selon que la tradition étatiste est plus ou moins ancienne, en a pris un sérieux coup. La confiance sera peut-être dure à rétablir. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Chacun y répondra selon ses convictions philosophiques, mais toujours est-il qu’il faudra bien, en cas de faillite constatée de l’Etat sous sa forme actuelle, trouver un succédané capable de faire un vivre-ensemble, rôle assumé jusque là par l’Etat.

En mettant en avant le rôle joué par les fondations d’entreprise, le journal Le Monde pose bien le problème existentiel que pose leur apparente réussite mais ne répond pas cette question, tout aussi essentielle : est-ce une alternative à l’Etat ? https://www.lemonde.fr/« La puissance de la Fondation Gates est, en creux, un révélateur des carences des Etats »

Bon pour l’instant, on reste dans le domaine du compassionnel et de l’action réparatrice et en cela Bill et Melinda Gates ne sont pas fondamentalement différents des dames patronnesses du XIX° siècle, si ce n’est par les moyens financiers dont ils disposent. Evidemment, les choses se compliqueraient si via leur puissance de feu financière, ces fondations se mettaient en tête de définir les politiques sanitaires et sociales des Nations, en lieu et place des Etats, voire des organisations internationales. Il y aurait une question de légitimité. Et je ne parle même pas de tentatives d’empiétement sur les domaines régaliens de la sécurité, de la monnaie ou de la collecte de l’impôt.

Même si une de ces multinationale a en projet la création de sa propre monnaie virtuelle, les grignotages de pans de pouvoirs restent pour l’instant discrets et l’action des entreprises mondiales ou de leurs fondations relève encore le plus souvent du pouvoir d’influence qu’on appelle en mauvais franglais « Soft power ».

Et puis, il y a les symboles de la puissance, ce que les Etats ont toujours brandi pour affirmer leur place sur l’échiquier mondial et chacun brandit les siens en fonction de ses talents. A ce propos rappelons-nous l’époque, pas si lointaine que cela de la guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union des Républiques Socialistes et Soviétiques de Russie. Un des symboles de leur puissance respective a été la conquête de l’espace dont l’apogée a été d’atterrir sur la Lune. Cela peut semblait loin et terriblement désuet, d’avoir ainsi engouffré une part conséquente de la substance de ces Nations pour finalement mettre son drapeau sur un bout de caillou stérile. C’est oublier un peu vite que derrière cette « conquête » symbolique, il y avait d’autres conquêtes bien plus concrètes qui sont la maîtrise des télécommunications mondiales, par exemple.

Même si une hirondelle n’a jamais fait le printemps, je ne peux pas m’empêcher de faire un rapprochement entre ces deux informations
https://www.lesechos.fr/Le vol habité vers l’espace, une étape cruciale pour SpaceX
https://www.lesechos.fr/Le retour des Etats-Unis sur la Lune en 2024 de plus en plus compromis
Les Etats-Unis de Trump jette l’éponge alors que l’entreprise d’un milliardaire californien vient de lui lancer un nouveau défi.

Il est trop tôt encore pour dire s’il s’agit là d’un passage de relais, mais cela est peut-être un des scénarios de demain que la mise en évidence des limites actuelles du modèle « tout-Etat » rendrait plus vraisemblable.

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