En germe, la relocalisation ?

Voilà un autre mot-valise du confinement, la relocalisation de l’activité industrielle.
C’est vrai, cela a été vécu comme une humiliation, cette incapacité des économies occidentales et particulièrement de l’industrie française, à fournir rapidement le matériel de protection sanitaire basique dont la pénurie provoqua en mars 2020, panique et polémique, comme souvent quand une société est au bord de la crise de nerf. Certes, on avait déjà oublié que dès le début de la pandémie, ce sont des avions européens qui envoyaient, discrètement, en Chine ces équipements sanitaires de base qui alors manquaient pour faire face à ce qu’on croyait alors une petite épidémie localisée. Nous n’avons retenu que les images, plus largement médiatisées, des avions cargos chinois livrant en Italie puis en France des centaines de milliers de masques, histoire de bien souligner que nous étions incapables de produire des « machins » aussi simples.

C’était peut-être oublier un peu vite l’histoire lamentable qui a été depuis largement narrée de cette usine briochine (de la région de Saint-Brieuc en Bretagne pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec les gentilés irréguliers), capable de produire 220 millions de masques par an et qu’un actionnaire américain laissa dépérir parce que la demande publique ne suivait plus.

Toujours est-il que cette mésaventure, et d’autres encore, ont peu à peu décillé les yeux des dirigeants économiques publics et privés. Du coup, le mot d’ordre « il faut relocaliser » sonne un peu comme le glas d’une mondialisation qui n’en finit pas de décevoir les espoirs que certains avaient mis en elle.

La tendance sera-t-elle lourde ou s’agira-t-il juste d’un ajustement à la marge ? Les paris sont ouvert Certains y croit assez fortement https://www.novethic.fr/avec le coronavirus, la relocalisation vers la France pourrait (vraiment) avoir lieu

Venant d’un site dont les principaux soutiens ont les deux pieds dans la mondialisation heureuse, c’est un aveu de taille. Mais notons toutefois que dans la fin de l’article, le propos est déjà plus nuancé : on ne pourra pas tout relocaliser et surtout il ne faudrait pas que le balancier aille trop loin dans un sens après avoir été très très loin dans l’autre et que cela se traduise par un repli protectionniste, car les rétorsions pourraient être sévères. Rétorsion ? Mais de qui donc ? Devinez.

C’est aussi ce que dit cet article https://www.capital.fr/Industrie : un retour massif au Made in France s’annonce difficile qui se veut réaliste. En deux mots, on aura beau faire, dès qu’il s’agit de production de masse il y aura toujours l’effet prix qui viendra perturber toute tentative de chauvinisme économique. Le « buy French » comme on dit en bon Franglais a ses limites dont la moindre n’est pas le pouvoir d’achat.

D’ailleurs, c’est une constante du discours économique de nos dirigeants dès que les choses vont mal et chaque fois, cela s’est révélé une gageure difficile à tenir : https://www.lemonde.fr/Relocalisation : l’éternel retour du « Made in France »

La seule chose qui pourrait changer la donne, c’est peut-être le pragmatisme des industriels eux-mêmes. En effet, dans leurs décisions économiques, il n’y a pas que le prix qui entrent en ligne de compte, il y a aussi d’autres facteurs comme la maîtrise du risque, le contrôle de la chaîne de création de la valeur, la solidité de cette chaîne. D’ailleurs, leur porte-parole quasi-officiel, le think tank, l’Institut de l’Entreprise, dont la lecture pendant ces semaines de confinement a été édifiante ne dit pas autre chose lorsqu’il arrive à cette conclusion : https://www.institut-entreprise.fr/Les 1er jours d’avec : les entreprises veulent une nouvelle mondialisation. Voilà les choses sont dites. Hors de question de revenir sur la mondialisation, il faut en modérer les excès et si relocalisation, il y a, elle se fait dans le champs européen, ce qui est somme toute logique dans le cadre du grand Marché Unique. Incidemment, cela amène à ouvrir une autre piste, identifier un autre germe d’avenir concernant les conditions de concurrence dans ce Grand Marché Unique : même législtation fiscale, même législation sociale, mêmes normes avec évidemment même niveau de contrôle de leur application, etc…

Je note enfin que dans cet article, l’Institut de l’Entreprise consacre autant de temps à parler de RSE et de développement durable que de démondialisation. Cette piste sera évoquée demain….si vous le voulez bien.

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