#lejourdaprès : Pendant la crise peut-on faire de l’idéologie ?

La France manque de masques chirurgicaux et de masques FFP2, c’est un fait acté depuis maintenant un bon mois . Mais compte tenu des procédures administratives dont la lourdeur a été démontrée dès le début de la crise que nous vivons, ce n’est que le 15 mars que Bercy a lancé cet appel à manifestation d’intérêt https://www.entreprises.gouv.fr/Appel à manifestations d’intérêt pour la réalisation d’unités de production de matériaux filtrants pour masques de protection

Manifestement, les chefs d’entreprises se sont montrés plus réactifs et la situation en Bretagne est, de ce point de vue, symptomatique de ce que pourrait être les lendemains économiques dans notre pays. En effet, si on en croit l’Usine Nouvelle en date du 29 avril 2020, il y aurait pléthore de projets https://www.usinenouvelle.com/Trois projets d’usines de fabrication de masques lancés dans la région Bretagne, dont l’un déjà confirmé et ces trois projets correspondent à trois logiques de développement économique différentes.
Le premier, le plus avancé est un projet de développement intégré production-distribution porté par une grande enseigne de la distribution qui a forgé sa position sur un réseau d’usines ne produisant que pour son enseigne et promouvant actuellement le développement local (mais il ne vous a pas échappé qu’ils disent tous cela même ceux qui actuellement sont sur le point d’inonder le marché de masques « made in China »).
Le second est porté par des syndicats des collectivités territoriales et semblent vouloir s’inscrire das la logique de l’Economie Sociale et Solidaire.
Le troisième est plus classiquement un projet d’investisseur qui, sentant que le marché est d’autant meilleur que l’Etat est prêt à mettre la main à la poche pour l’investissement, puis pour l’écoulement de la production s’est trouvé une âme d’industriels.

Là où l’idéologie commence à pointer son nez, c’est quand, à l’Assemblée, une sous-ministre qui ne cache pas ses préférences idéologiques, laisse entendre que le deuxième projet, celui de Société Coopérative d’Intérêt Collectif, dont le contexte industriel semble le plus expérimenté, n’est peut-être pas le meilleur choix https://www.ouest-france.fr/Côtes-d’Armor. L’État peu disposé à s’engager dans le projet d’usine de masques

C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’est apparu le troisième projet et il y a eu sur celui-ci, ce qu’on pourrait appeler des cafouillages médiatiques. En effet, l’Usine Nouvelle parle de la reprise du site Chaffoteaux et Maury à Ploufragan, site emblématique tellement sa fermeture a été un traumatisme pour toute l’agglomération briochine mais 5 jours plus tard, ô miracle, ce projet serait bien sur le même site que le projet de SCIC.Cela évidemment crée de la confusion dans les esprits. Du coup que doit-on penser de la déclaration du Président de la République lors de son récent déplacement en Bretagne, déjugeant ainsi sa sous-ministre, en affirmant que le projet de Saint-Brieuc serait soutenu par l’Etat ? Pensait-il au projet porté par les syndicats ou au contraire à celui porté par un investisseur dont le critère de décision reste quand même la rentabilité de ses euros investis ?

Pour bien comprendre la situation, voici trois liens qui expliquent un peu mieux le contexte des projets briochins :
sur la genèse du projet de reprise en SCIC https://www.franceinter.fr/Comment la France a sacrifié sa principale usine de masques
sur la démarche de l’investisseur suisse : https://www.ouest-france.fr/Qui est Abdallah Chatila, l’investisseur qui veut faire renaître l’usine de masques de Plaintel ?
Sur la position des syndicats https://mail.google.com/COMMUNIQUE DE PRESSERelance de la production de masques de protection sanitaire près de St Brieuc

Si vous avez lu ces deux articles et ce communiqué de presse, il ne vous a pas échappé que cette usine de masques qui nécessairement devra voir le jour dans cette partie de la Bretagne est emblématique des choix que nous pourrions faire pour nos secteurs économiques d’intérêt général puisqu’on y trouve tous les ingrédients du débat économique sous-jacent : l’utilité sociale de la production, le pouvoir du capital dans l’entreprise, l’indépendance économique dans un monde dominé ou non par les investissements ne connaissant ps les frontières, les structures de gouvernance des entreprises, le rôle de l’Etat en tant que financeur mais aussi en tant que consommateur via la commande publique. Alors si faire des choix entre ces deux modèles, c’est faire de l’idéologie, alors oui, on peut faire de l’idéologie pendant la crise. Ah évidemment, il reste la solution « non idéologique » du en même temps qui voudrait que le gouvernement aide simultanément ces deux projets. Mais ceci semble, en l’état actuel des choses, totalement absurde (puisque il s’agirait du même site) !

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