#lejourdaprès : sommes nous dans une logique d’extension du contrôle ?

Le 5 février 2009, le journal Le Monde publiait un dossier sur l’état des libertés publiques qui contenait cet interview

https://www.lemonde.fr/societe/« Nous sommes dans une logique d’extension du contrôle »

Ce titre était un extrait de l’interview mais dès la phrase suivante, l’interviewé poursuivait ainsi « Je ne crois pas en une montée en puissance d’un Big Brother. »

Dans ce même dossier, fidèle à ses pratiques d’information, le quotidien précisait que18 lois sur la sécurité avaient été votée entre 2001 et 2008, c’est à dire à la fin du gouvernement Jospin, pendant le deuxième quinquennat de Chirac et lors des premières années du quinquennat Sarkozy, alors que le monde entier vivait déjà une crise planétaire, purement économique et financière celle-là.

Toujours dans le même dossier, Le Monde faisait un autre rappel intéressant https://www.lemonde.fr/Quand la sécurité est devenue, à gauche comme à droite, « la première des libertés »

avec comme sous-titre « En 1997, le Parti Socialiste faisait son aggiornamento lors du colloque de Villepinte » c’est à dire au début du gouvernement de la gauche plurielle.

Pourquoi, me direz-vous, ces petits rappels historiques alors que les Français , depuis 7 semaines semblent privés d’une liberté fondamentale, celle d’aller et venir ?

Soyons clair, je n’ai nullement ici l’intention de remettre en cause les décisions de confinement, encore moins de me joindre aux fous furieux qui, comme aux Etats-Unis, sont capables d’occuper, les armes à la main, un bâtiment public au nom de la défense ABSOLUE de cette liberté fondamentale. Si dans la plupart des pays, le principe du confinement a été admis, accepté et toléré dans la durée, c’est que la plupart des gouvernements ont su trouver les mots pour en expliquer la nécessité et surtout offrir des perspectives de sortie à plus ou moins long terme. Ainsi un consensus s’est construit autour de la notion de risque et l’évitement collectif de ce risque.

MAIS

le consensus peut se rompre dès lors que les deux éléments qui ont fondé la confiance, la nécessité et la durée ne paraissent plus aussi établies.

En effet, l’acceptation du confinement est fondé sur un équilibre fragile entre d’un côté une aversion de plus en plus grande, non pas au risque, mais aux dangers, et de l’autre une aspiration naturelle à la liberté d’aller et venir. Dès lors, une majorité a estimé que le danger, individuel ET collectif, était tel qu’une entrave à cette liberté était acceptable, mais celle-ci n’était acceptable que si d’une part, il était certain que ce serait provisoire et que d’autre part, il y aurait toujours des raisons probables d’en prolonger la suspension, dans le temps et dans l’espace.

C’est sur la base de cet équilibre ou plutôt de la rupture apparente de cet équilibre qu’il faut comprendre, les réactions, non consensuelles, relatives au retour à l’école en France. En effet, le discours apparaît soudain moins cohérent et donc le doute s’est installé.

C’est également sur cette base qu’il faut comprendre la colère des habitants des zones littorales, concernant l’accès aux plages et plus généralement à l’estran. Cette revendication à un accès plus large à ces espaces naturels pourrait s’étendre d’ailleurs à tous les espaces naturels et notamment ceux où en général, on ne rencontre pas grand’ monde , espaces forestiers, chemins de grande randonnée, par exemple. En effet comment comprendre que dans les départements les moins touchés, on puisse accéder à des espaces verts balisés, comme les parcs et jardins où, par définition, vu leur implantation et compte tenu de leur taille moyenne, les risques liés à la promiscuité seront plus grands que sur une plage, surtout à marée basse ?

Il est parfaitement incompréhensible d’interdire toute activité nautique. En effet, si vous êtes négatif, que vous allez surfer ou faire une ballade en mer, ou faire de la plongée sous-marine, surtout si vous y allez seul, il est fort peu probable que vous reveniez de cette ballade en mer en ayant croisé un coronavirus. Vous serez négatif tout autant. Si vous êtes positif, le raisonnement est le même, mais surtout si vous n’êtes pas asymptomatique, pour votre sécurité, ET CELLE DES AUTRES, je vous déconseille fortement ce genre d’exercice.

De même sur une plage, quel est le danger de contamination ? La proximité, surtout si elle est prolongée, ce qui désigne essentiellement « la bronzette » avec les serviettes de bain et la parasols à touche-touche. Mais marcher les pieds dans l’eau jusqu’aux genoux est certainement moins dangereux que courir à la queue-leu-leu dans les allées d’un parc municipal. Je ne parle même pas des balades sur l’estran, à marée basse lorsque, comme sur le littoral atlantique ou de la Manche, la mer se retire sur plusieurs centaines de mètres, offrant ainsi un espace de plusieurs centaines d’hectares à des promeneurs, voire à des pêcheurs à pied.

Alors pourquoi ces interdits NON MOTIVES ? Si encore les pouvoirs publics avaient justifié ces décisions en parlant « d’effet négatif de ces images de vacances sur les pauvres citadins confinés », certains auraient pu comprendre qu’il y avait là une sorte de responsabilité sociale et une forme de solidarité avec celles et ceux qui n’ont pas la chance d’habiter près (à moins de 100 kilomètres) de la mer. Mais là, rien , aucune explication n’est venue étayer l’oukase. En fait, l’explication de ce discours dual sur les espaces de déconfinement tient en un mot : contrôle. En général, parcs et jardins, espaces urbains délimités, sont faciles à contrôler donc à surveiller. Mais essayer de contrôler les chemins de grande randonnée oules chemins des douaniers qui longent le littoral de Dunkerque à Hendaye ! Donc comme on ne peut contrôler et que ceux qui nous gouvernent n’ont pas confiance dans celles et ceux qu’ils gouvernent, il vaut mieux mettre en place des barrières en amont. Mais plus profondément, et c’est là le sens de mon petit rappel du départ, cette conviction est ancrée dans l’esprit de ceux qui nous gouvernent depuis en quart de siècle que nos sociétés ne supportent plus aucun risque et qu’il devient urgent de nous protéger, même contre notre gré.

Le risque zéro n’existe pas et vouloir le rechercher à tout prix est illusoire . C’est en se nourrissant de cette illusion que des gouvernants, pleins de bonnes intentions, sont en train de nourrir celles et ceux dont le discours politique est entièrement fondé sur l’exacerbation de toutes les peurs, aussi irraisonnées soient-elles. Et pour le coup, il faudra craindre « Big Brother ».

PS en forme de « journal des bonnes nouvelles » : l’interdiction des plages n’a pas que des effets négatifs https://www.letelegramme.fr/La grande plage de Quiberon se couvre d’herbes

Le journaliste rêve lui de moutons paissant, et pourquoi pas « d’agneau de pré salé de Quiberon ». J’y vois un autre avantage : cette végétation peut contribuer à fixer le sable et donc à ralentir le recul du trait de côte qui est aussi une menace bien réelle pour certains littoraux sableux ou dunaires.

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