Réforme des retraites : solidarité, démographie et durabilité chapitre 2 : les cas particuliers

Dans le chapitre 1, j’ai essayé l’analyse de ce que pourrait être l’amélioration d’un régime universel équitable et pérenne. Et puis, il y a l’analyse des situations particulières et les résistances que leur remise en cause suscitent. Les petites niches sont nombreuses et on a vu au cours du mois de janvier et encore en février, des groupes sociaux descendre dans la rue qu’on aurait jamais imaginer s’abaisser aux pratiques prolétaires de la « manif’ ».

Je ne prendrais qu’un exemple, car il est symptomatique, les avocats.

https://www.reforme.net/Pourquoi les avocats font-ils grève pour leur retraite ?

Voilà une profession qui en moyenne gagne bien sa vie , 75,000 euros de revenu moyen, mais dont les revenus sont très inégalement répartis puisque le revenu médian est de 45% inférieur à ce revenu moyen, ce qui en général laisse entendre que ceux qui gagnent bien leur vie la gagnent très très bien et que d’autre, grosso modo, leur dernier quartile sont réduit à un revenu de survie. On parle ainsi d’avocats au RSA au bareeau de Paris. Certes, ceux-là auront du mal à verser 28% de cotisation tous les mois. Mais ils se trouvent dans la situation de tous ces précaires pour qui obtenir une retraite décente est devenu une chimère, les auto-entrepreneurs, les petits paysans éleveurs ou vivant de la polyculture, intermittents du spectacle, etc… pour qui le filet de sécurité de la solidarité nationale doit jouer. Mais pour les autres, la question ne se pose pas dans les mêmes termes. Dans les textes, ce régime n’a rien de bien folichon si on lit les conditions d’attribution d’une retraite à taux plein telles qu’elle sont reprises dans l’article mentionné ci-dessus : « …Le régime des avocats prévoit une retraite à taux plein en justifiant de 172 trimestres d’activité et d’un âge légal de 65 ans.… »

Vous avez bien lu « âge légal à 65 ans » et 43 ans de cotisations , c’est quand même plus que le régime général. ET c’est ça qu’ils veulent défendre ? Quelle vertu !

Mais heureusement qu’il existe d’autre sources d’information et dans ce cas -là, il vaut mieux aller directement à la source , en l’occurence le Conseil National des Barreaux qui publie chauqe année les chiffres clés de la profession https://www.cnb.avocat.fr/fr/les-chiffres-cles-de-la-profession-davocat

et que trouve-t-on dans ce document ?

Premièrement que c’est une profession en croissance démographique rapide , environ 1,500 avocats de plus par an. Effectivement quand on va par ailleurs consulter les statistiques officielles, on trouve la progression suivante :
7,482 avocats en 1970,
39,454 en 2003,
56,176 en 2013,
66,958 en 2018
et encore 69,900 en 2019.
Pas étonnant du coup que «  …Le ratio est aujourd’hui de plus de 4 actifs pour un bénéficiaire. »

voilà donc une profession qui se trouve dans la situation démographique dans laquelle se trouvait la France au moment où fut instauré le régime général. Une telle situation est évidemment confortable .
Mais ce n’est pas tout ! Quand on continue la lecture de cettre interessante plaquette sur les chiffres-clés de la profession, on lit ceci « 5 avocats actifs pour un retraité » et srtout cet aveu écrit en toutes lettres « les avocats partent à la retraite en moyenne à 65 ans », ce qui confirme ce que nous savions déjà mais il n’aurait pas fallu rajouter « et de plus en plus tôt » accompagné d’un petit graphique très explicite : « durée moyenne d’exercice » :
« après 34 ans d’exercice en 2000 »
« après 30 ans d’exercice en 2009 »
« après 29 ans d’exercice en 2017 »

On comprend déjà mieux que les partants veuillent défendre un régime qui évolue ainsi. Bon, ces chiffres sont publiés par le CNB pour attirer de nouveaux professionnels. Mais ceux-ci devraient quand même se méfier. On a en effet connu d’autres régimes, autonomes ou spéciaux qui ont très bien vécu tant que la pyramide des cotisants/retraités était favorable mais sont devenu des assistés dès que la tendance s’est inversé. A cet égard, les jeunes avocats, ceux qui jettent leurs robes avec un bel entrain juvénile devraient méditer le contenu de cet article https://www.la-croix.com/« La caisse de retraite des cultes ne va pas disparaître » Les curés, voilà bien une profession sinistrée en France et sa caisse de retraite va mal . Sa situation est résumé par ce jeu de question réponse extrait de l’article en question : «…..Quel est l’état de santé de la Cavimac qui bénéficie de la solidarité du régime général, avec par exemple un transfert de 107 millions d’euros de la caisse nationale d’assurance vieillesse.
J. D. : La Cavimac n’est pas subventionnée par le régime général, elle fait partie du régime général pour lequel elle gère une population particulière. Toutes nos recettes et toutes nos dépenses sont centralisées avec celles du régime général….. »

Au passage vous apprécierez le jésuitisme de la réponse « nous recevons un transfert de 107 milions mais nous ne sommes pas subventionné. On a sa fierté, non ?

Si ces jeunes avocats croient que la démographie de leur profession va rester aussi favorable, c’est qu’ils croient réellement que la France est chicanière,mais qu’ils admettent aussi qu’une part croissante de leur profession vive en dessous du minimum vital, car on n’est pas partageux dans cette profession .

Et comme manifestement ils font une appréciation érronée de l’évolution de leur profession, il est à craindre que le ratio passe de 5 à 1 à 4 à 1 puis 3 à 1 puis 2 à 1. A ce moment-là, il sera bien difficile de boucler les comptes. Comptent-ils comme les curés faire appel « au transfert de solidarité » Mais qui dans trente ans sera encore là pour leur rappeler leur égoïsme à courte vue ?

De toute façon, si j’en crois un autre article tiré de « la Croix » https://www.la-croix.com/Pour les avocats, la défense prime sur la vérité

Dans cette révolte des avocats, j’ai bien l’impression que les jeunes avocats, hâves, sont les marionnettes de leurs confrères plus âgés qui, eux, entendent bien profiter de ce pactole qu’ils se sont constitués et dont ils n’auront pas à rendre compte dans 30 ou 40 ans quand les jeunes d’aujourd’hui viendront tendre leur sébile de la solidarité.

Une suggestion ; s’ils ont peur de perdre leur cagnotte, qu’ils la gardent et qu’ils s’en servent soit pour se verser une retraite supplémentaire, ou même mieux pour mettre en place de vraies programmes de solidarité pour les plus jeunes et pourquoi prendre en charge sur cette cagnotte une partie de la sur-cotisation qu’induit le passage au régime général, en faveur des petits cabinets que cette brutale augmentation risquerait, sans cela, de menacer.

PS : ce raisonnement sur l’influence de la démographie sur l’équilibre des régimes spéciaux devrait également interpeller d’autres professions (médicales notamment) dont la démographie risque de passer dans un trou d’air dans les prochaines années.

Se rattacher à un régime universel est certaiement la meilleure garantie à long terme pour les plus jeunes

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