L’ENA est morte, vive l’ENA

Alors que dure « l’insoutenable » suspens sur l’avenir de la Haute Fonction Publique (HFP),https://www.acteurspublics.fr/Haute fonction publique : Frédéric Thiriez a rendu sa copie au gouvernement , débat franco-français que nos voisins et amis regardent avec un brin d’étonnement et une bonne pincée d’agacement, les journaux se livrent avec une certaine délectation à un petit jeu qu’on pourrait appeler « enabashing » pour parodier certains syndicats agricoles plus prompts à la victimisation qu’à la repentance.

Dans un article précédent consacré à cette institution, Les Nuls de L’ENA ?, j’avais tenté de démontrer que le procès qui lui était fait, était en fait la mise en accusation du modèle français de sélection de ces élites.

Dans la même veine, un journal économique, en général plutôt sérieux dans le choix de ses titres n’y va pas avec le dos de la cuiller pour enterrer cette école https://www.lesechos.fr/L’ENA n’est plus la grande fabrique à PDG qu’elle était par le passé Par souci de respect de la vérité, j’aurai plutôt titré cet article « l’ENA n’est plus la grande fabrique à PDG qu’elle était devenue dans les années 90 », ce qui réduit singulièrement l’échelle de temps de ce passé auquel fait référence « Les Echos ».

Ce constat concernant la forte densité d’énarques à la tête du CAC 40, et notamment d’ancien de l’Inspection Générale des Finances était en effet devenue préoccupant et ceci pour deux raisons. La première raison est que par essence, l’Ecole Nationale d‘ADMINISTRATION a vocation à former une partie de l’encadrement supérieur de l’appareil d’Etat, non à peupler les Conseils d’Administration, et une telle évolution se traduisait par un dévoiement d’un outil que, dans les années 50,60,70 et peut-être encore 80, beaucoup de pays, ayant peu ou prou notre tradition élitiste, nous enviaient. C’était une perte de substance pour l’administration mais aussi un mélange des genres qui pouvait se traduire par de forts soupçons de collusion entre la sphère publique et la sphère privée, sur fond de camaraderie d’école. La deuxième source de préoccupation est plus anecdotique et fait référence aux déclarations à l’emporte-pièce de l’ancienne présidente du jury d’entrée que je rapportais dans mon précédent billet. C’était effectivement inquiétant de constater qu’un nombre important d’entreprise du CAC 40 soient gérés par des gens « ignorants  des conditions de la vie en entreprises, de ce qu’est un modèle économique,… » mais dont surtout on peut regretter « … la faible culture industrielle et microéconomique, la compréhension parfois trop partielle des enjeux géo-politico-économiques mondiaux ».

Que le monde de la grande entreprise commence à mettre un peu d’ordre dans tout cela est donc une bonne chose. Est-ce pour autant la fin du pantouflage ? On n’y est pas encore car dans certains secteurs, les grandes banques, ils sont encore en force, de même que dans toutes les entreprises dont le carnet de commandes dépend largement de la bonne qualité des rapports avec l’Etat.

Le reflux vers la haute administration serait en quelque sorte un retour aux sources et c’est tant mieux. Il faut dire que les double cursus X-ENA dans les années 50/60, HEC(ESSEC, ESCP)/ENA à partir des années 80/90 avaient en quelque sorte consacré que le meilleur moyen de former à la haute administration était d’avoir fait autre chose et pour beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles à la tête bien pleine, ce passage par la rue d’Université, puis par Strasbourg, était une ligne de plus sur un CV.

Alors, si l’objet de cet article des Echos est de dire que l’ENA, fabrique à PDG, est en voie de disparition, et que dans la foulée, le rapport Thiriez ouvre de réelles prespectives permettant de rendre efficace la gestion des carrières publiques de cette HFP et donc un retour aux sources de 1945, alors là oui, j’ai envie de dire « l’ENA est morte, vive l’ENA ! ».

A près de 70 ans, on a encore parfois envie d’espérer, mais ceci n’évacue nullement un autre débat de fond qui est la façon dont la France façonne ses élites, mais « ceci est une autre histoire » comme aurait dit Kipling.

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