Réforme des retraites : solidarité, démographie et durabilité chapitre 1 : les données générales de la question

Quand je suis entré dans la vie active, en 1973, c’était l’année du coup d’Etat au Chili mais aussi du 1° choc pétrolier. A l’époque bien malin était ceux qui pouvaient prédire quel impact auraient ces deux faits de géopolitique sur l’avenir de nos retraites. 8 ans après, parce que c’était une promesse électorale et que les promesses électorales doivent être tenues, du moins quand on n’a pas exercé le pouvoir depuis trop longtemps, le gouvernement socialiste décidait que ma vie active serait de jure, sinon de facto, reduite de 5 ans, sans qu’on ne mesure à l’époque l’impact d’une telle décision sur l’avenir de notre système de retraite par répartition.

IL faut dire qu’à l’époque la question du financement ne se posait pas vraiment. Malgré quelques à-coups conjoncturels, l’économie française fonctionnait sur un taux de croissance du PIB entre 4% et 7% (5,7% en moyenne pour les années 60) et il y avait alors un peu plus de trois salariés pour financer la pension d’un retraité (un peu plus de 14 millions d’actifs pour un peu plus de 4 millions de retraités). Du coup, pourquoi se priver de faire ainsi un cadeau de fin de vie aux travailleuses et travailleurs ?

La question a commencé à se poser dans la décennie suivante avec le livre blanc sur les retraites rédigé par le commissariat au plan à la demande du premier ministre Michel Rocard, dont le sous-titre était éloquent « garantir dans l’équité les retraites de demain ». En effet, la croissance supérieure à 5% était déjà un lointain souvenir et quand on « faisait 2% », on était content, le départ en retraite des classes nombreuses du baby-boom (1947-1954) commençaient à se profiler à l’horizon de la décennie et l’espérance de vie ne faisait qu’augmenter tous les ans, d’environ un trimestre par an.

Depuis les choses n’ont fait que s’accentuer puisque les « boomers » comme les appellent méchamment les adolescents climato-activistes, arrivent à la retraite en rangs serrés, que l’espérance de vie (mais dans quel état parfois) atteint les 80 ans et que 1,2% de croissance du PIB est salué comme une « performance exceptionnelle » de l’économie française. Du coup, le nombre de cotisants par retraité a fondu comme neige au soleil , 1,2 environ ( 17,8 milions d’actifs pour 15,6 millions de retraités) avec en plus des perspectives de croissance du gâteau à partager quasiment nulles.

Tout ceci pour dire que les principe d’équité et de solidarité consubstantiels à notre régime par répartition sont soumis à rude épreuve, mais un principe étant un principe, le respect de ces deux exigences s’imposent à tous de façon indépassable et que c’est de la responsabilité des pouvoirs publics et des partenaires sociaux conjointement de faire en sorte que les mécanismes de fonctionnement, SOUS CES DEUX CONTRAINTES, pérenne soient trouvés.

Le respect du premier principe, l’équité c’est évidemment que tout le monde soit logé à la même enseigne et en premier lieu, cela veut dire qu’un euro cotisé ouvre les mêmes droits à pension quel que soit le statut du salarié au moment où il cotise. Mais l’application mécanique d’une telle régle serait de l’égalitarisme qui est à l’équité ce que les maisons closes furent au foyer conjugal. En effet il convient de combiner ce principe avec l’autre principe cardinal, la solidarité pour aussitôt admettre que ce droit à pension induit que chacun doit avoir la possibilité de jouir d’un revenu de remplacement suffisant dans la dernière partie de sa vie en fonction de la pénibilité de sa vie salariale antérieure (principe secondaire de compensation) mais surtout en fonction des perspectives de « restant à vivre en bonne santé » que chacun peut avoir. Voici donc deux paramètres, la pénibilité et l’espérance de vie post-professionnelle qui doit venir amender le principe de base d’égalité de rendement de l’euro cotisé. Tout le reste est un peu de la littérature !

Evidemment, dit ainsi, la mise en œuvre d’une telle réforme pourrait recueillir l’assentiment d’une majorité de Français si le débat n’avait pas été pollué par une question qui n’aurait pas dû se poser à ce moment-là, l’équilibre du financement.

Bien évidemment, les paramètres du financement ayant tous évolué défavorablement, résoudre cette question est un peu la quadrature du cercle.

Plusieurs pistes sont évoqués :

travailler plus longtemps qui présente l’avantage d’une part d’allonger la période de contribution de chacun tout en diminuant mécaniquement la période de paiment. En effet, ce n’est pas parce que vous travaillerez un an de plus que vous vivrez une année de plus, ce serait plutôt le contraire. Naturellement, ce n’est pas l’option que spontanément les organisations représentaives des salariés vont privilégier.

Cotiser plus : la recette est bête, simple et efficace, plus vous payez, plus vous avez de chance d’arriver à l’équilibre. Cette simplicité se heurte toutefois à une autre question tout aussi simple et tout aussi bête : qui paye ?

Faire des réserves : l’idée est déjà plus astucieuse. Comme on ne sait pas de quoi demain peut être fait, encore moins pour les 50 ans à venir que pour les 50 dernières années, cela peut s’avérer judicieux de ne pas redistribuer tout ce qui a été collecté afin de pouvoir faire face à d’éventuelle années de vaches maigres. Ceci pose un certain nombre de question. La première tient au respect du principe de base de notre système par répartition : les actifs d’aujourd’hui payent les retraites des actifs d’hier, pas celles des actifs de demain, mais cela peut se discuter, en application d’un prinicpe supérieur peut-être, la solidarité entre les générations. La seconde tient à l’usage qu’on peut faire de cette cagnotte. L’argent ne se garde pas sous un matelas, il faut le faire vivre et travailler, pas nécessairement le faire fructifier, au sens productiviste que lui donne un gestion de fonds comme Black Rock. Cela mérite réflexion et j’y reviendrai plus loin

Enfin, considérer que la modification démographique de la France impose que la solidarité nationale s’applique à la prise en compte des conséquences du vieillissement de notre population induit presque naturellement qu’une partie du revenu ou si vous préférez, du niveau de vie, des personnes retraités doit être pris en charge, non par le régime par répartition, mais par un autre mécanisme organisant la solidarité nationale, les revenus de transfert issus du budget général de l’Etat. Et si ce qui est actuellement fait est insuffisant, prévoir un renforcement des lignes budgétaires ad hoc n’est plus un option à exclure. En tout cas rien de plus stupide que de fixer d’entrée de jeu que la part du PIB consacrée aux vieux doit progressivement descendre de 14% à 12,9% https://www.lesechos.fr/Réforme des retraites : les chiffres de l’étude d’impact qui fâchent

car cela suppose que d’ici 2050, on considère que la proportion de vieux aura diminué, ou que leur standard de vie doit diminuer.

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