Les Nuls de L’ENA ?

Quand on recrute une présidente de jury nourrie à l’idéologie néo-libérale et ayant baignée toute sa carrière dans le jus du « business first », que pensez-vous obtenir comme appréciation concernant le candidats sinon un regard néo-libéral et bourré de référence à la seule vie de l’entreprise ?

ET c’est ce qui effectivement arrivé en 2019. Evidemment, une publication dont ce sont également les présupposés idéologiques s’en fait l’écho à sa façon https://www.valeursactuelles.com/Le zéro pointé en économie des candidats de l’ENA On peut en effet regretter que desfuturs dirigeants de la France soient à ce point ignorants « les candidats de la vie en entreprises, de ce qu’est un modèle économique,… » mais surtout « … la faible culture industrielle et microéconomique, la compréhension parfois trop partielle des enjeux géo-politico-économiques mondiaux »

Mais à qui la faute ? On peut faire des tas de reproches à cette école, et mes ecrits récents et plus anciens démontrent que j’en suis rarement avare, mais en tout cas, on ne peut pas lui reprocher ces lacunes, puisqu’il s’agit d’un constat fait sur le concours d’entrée. Du coup, ce qui est en cause, c’est le système de préparation des ces « futures élites », mais qui sont déjà l’élite quand ils préparent, puisque si on considère les parcours des jeunes qui postulent à l’entrée de cette école, l’immense majorité vient juste de sortir d’une grande école de commerce ou équivalent (ESSEC, HEC, ESCP-Europe, Science-Po…) où justement ils sont censés avoir appris ce qu’est « la vie en entreprise », « un modèle économique », « une culture industrielle et microéconomique ». Cherchez l’erreur !

Il semble du coup que madame la présidente se soit trompé de jury de concours et cela est confirmé par la suite de son propos. Il est inconvenant de reprocher à des candidats aux plus hautes fonctions publiques de ne parler que de la « République sociale » et de « la priorité donnée à la réduction des fractures territoriales et des inégalités et à la lutte contre la précarité » car c’est justement ce qu’avaient en tête les créateurs de l’ENA en 1945, dans le droit fil des réflexions menées au sein du Conseil National de la Resistance et qui fut résumé dans ce programme au nom merveilleux, « les jours heureux »https://fr.wikipedia.org/wiki/Programme_du_Conseil_national_de_la_Résistance C’est donc tout à leur honneur de mettre de l’avant ces préoccupations qui sont quand même une des raisons d’être d’un Etat moderne….sauf bien sûr pour les néo-libéraux pour qui l’Etat est en soi le mal absolu.

Je serai finalement assez content que ces candidats ne soient pas tout à fait sur le modèle voulu par madame la présidente s’il n’y avait cette tare initiale de ne pas connaître la réalité de la vie quotidienne de leurs concitoyens. Mais je leur reprocherai surtout de céder, par conformisme ou par inétrêt, à la tentation à vouloir absolument entrer dans le moule ce qui a eu pour effet que « la richesse et la diversité des candidats semblent estompées ».

Mais ceci n’est pas nouveau et s’applique à l’immense majorité de celles et ceux qui entrent dans le système des grandes écoles à la française.

Alors, après, elle a beau jeu de préconiser«  la détection de « leadership » lors de la sélection : des candidats « capables de douter et de remettre en cause leurs idées » et « disposant d’un sens éthique et d’une confiance en soi mesurée (ni trop humbles ni trop arrogants) »

Elle touche là un des points sensibles du mode de sélection de ses élites par notre pays, leur incapacité à douter et leur confiance en soi démesurée. Cela est vrai pour une forte minorité d’énarques, mais aussi pour une forte minorité de polytechniciens, de diplômés des trois grandes écoles de commerce ou de celles et ceux qui sont passés par Normale Sup et cela touche surtout celles et ceux qui sont sortis de ces écoles dans le haut du classement (en gros le ou la major et les 10 premiers).

Le seul point positif à retenir de cette opinion sans nuance, retranscrite par Valeurs Actuelles, c’est peut-être ce constat  « Les élèves ne savent pas toujours « travailler ensemble et coopérer ». Dans un système qui prône la sélection à outrance comme vertu cadirnale, rien de plus normal.

Nous avons donc là un bel aveu d’échec collectif d’un système dont l’ENA n’est que la pointe la plus aigue mais aussi la plus visible.

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