Les illusions de la retraite par capitalisation

Commençons par lever une ambiguïté entretenue à dessein ou par ignorance par certains concernant le projet de réforme du régime de retraite en débat actuellement.

Quand vous mettez de l’argent de côté, à la banque, sur un compte special, dans un fonds d’investissement, dans des biens immobiliers, que vous gérez vous-même ou par procuration par des opérateurs financiers ou dans le cadre d’une gestion paritaire par les partenaires sociaux, vous vous constituez un capital dont les revenus sont censées vour fournir un revenu suffisant pour faire face à vos besoins quand votre travail ne vous le fournira plus parce que vous aurez volontairement arrêter de le pratiquer. C’est en gros le fondement de la retraite par capitalisation. En France participent à cette catégorie les compte-epargne retraite, les contrats d’assurance-vie, le compte PREFON pour les fonctionnaires et certains autres systèmes d’épargne mis en place par certaines professions en complément de leurs régimes de retraite particuliers.

Quand vous acceptez que, tous les mois, sur votre revenu, salaire ou bénéfice commercial, on vous prélève une cotisation relativement importante pour verser à d’autres qui ont cessé de travailler, un revenu de remplacement leur permettant de vivre plus ou moins décemment, vous contribuez à ce qu’on appelle un régime par répartition. Tous les régimes de retraité français, régime général, régimes spéciaux, régime des fonctionnaires, relèvent de ce type. C’est d’ailleurs ce qui caractérise la situation française. Le mode de calcul du versement varie selon les régimes. Ainsi le régime général s’appuie sur les 25 dernières années de cotisation, le régime des fonctionnaires sur les 6 derniers mois mais sans prendre en compte les primes dans la cotisation. Le régime de retraite complémentaire, celui des ouvriers comme celui des cadres accordent des points tout au long de la carrière et c’est en fonction du nombre de points accumulés que se calcule le montant de la pension versée. Le régime proposé dans le cadre de la réforme proposé, dit régime à point est donc bien un régime par répartition et non un régime par capitalisation comme on l’entend ici et là venant de personnes mal informées ou mal intentionnées.

Ceci étant dit, interessons-nous un peu au régime qui n’est pas la base du système français, le régime par capitalisation.

Le fondement idéologique de ce système est l’individualisme. Cela se traduit dans les faits par « chacun se construit sa propre retraite en mettant de côté ce qu’il faut et tant mieux pour les fourmis, tant pis pour les cigales » ou si vous aimez mieux « tant mieux pour ceux qui peuvent et tant pis pour les autres. »

Outre le fondement moralement contestable de ce système, il est grand temps de tuer cette vieille lune de la retraite par capitalisation. Je vais tenter de démontrer que ce système est fondé sur un modèle économique dont les contradictions sont €ncore plus palpables de nos jours. Même si la situation actuelle sur les marchés obligataires n’est pas appelée à durer, à quoi sert-il d’amasser du capital si son rendement tend vers zéro, sauf à considérer que le capital amassé tout au long d’une vie a vocation à être dilapidé à la retraite dans une vie de sybarite plutôt que de servir de support à une rente. Mais il n’y a pas que les obligations d’Etat dans la vie, il y a toute sorte de « véhicules financiers » mais ceux-ci ont aussi leurs limites

Je m’explique : je pose l’hypothèse, de moins en moins réaliste, que le rendement moyen de placements financiers est de 3%. Pour garantir un revenu de remplacement correspondant au revenu médian 2250 euros par mois , il faut disposer d’un capital de 900.000 euros, ce qui veut dire sur une carrière longue de 45 ans, une épargne moyenne annuelle de 20.000 euros par an. ça laisse réveur. Et encore quand je parle de rendement moyen de 3%, je suis généreux. Car les bancassureurs sont de moins en moins généreux car eux-mêmes sont confrontés à des marchés financiers qui, gavés d’argent facile accordé par les banques centrales, ne sont guère généreux mais comme le livret d’épargne ne rapporte plus que 0,5%, ce n’est pas avec ça qu’on peut se faire un complément de retraite acceptable (il faut avoir placé environ 75,000 euros pour se payer la baguette de pain quotidienne), ces placements continuent à avoir la faveur des épargnants au grand dam des banquiers

https://www.lesechos.fr/Epargne : les banques face au casse-tête du PEL

https://www.lesechos.fr/L’assurance-vie affiche des records malgré les taux bas

Cela dit si vous lisez la conclusion de l’article consacré à l’assurance-vie, ce n’est pas avec les perspectives affichées pour2021 que nos futurs retraités pourront espérer vivre décemment. En effet, si la seule solution était de vivre de ses rentes, pour préserver le niveau moyen de revenu des Français, il faudrait avoir placé entre 1,800,000 et 1,925,00 euros, autant dire impossible pour la plupart des gens et même les hauts revenus (entre 120,000 et 250,000 annuels) auraient du mal à se constituer un tel bas de laine qui vous classe dans la catégorie « susceptibles de payer l’ISF  ancienne formule »

Mais me direz-vous, les placements immobiliers, c’est plus rentable. Peut-être! ceux qui se sont risqués dans du Carrez, du Pinel et maintenant dans du Denormandie pourront me dire ce qu’il en est. Si je me réfère au prix du marché de l’immobilier dans les principales villes françaises, ce n’est pas non plus gagné

https://www.meilleursagents.com/prix-immobilier/ Prix immobilier partout en France

En effet, le prix à l’achat ayant fortement augmenté, le rendement brut de l’immobilier oscille entre 3,3% à Paris et 9,8% à Saint-Etienne. Mais là le fisc ne vous oublie pas et un bien immobilier ça s’entretient.

https://www.lesechos.fr/Immobilier : 10 grands changements pour les propriétaires

En fin de compte pour s’assurer le fameux revenu moyen, il faut un investissement immobilier tel que vous vous trouvez de facto soumis à l’IFI , le remplaçant de l’ISF.

Reste évidemment les placements boursiers : c’est vrai que lorsqu’on voit les dividendes versés par le CAC 40 , plus de 60 milliards de dollars, on peut se dire que c’est là la martingale. https://www.lemonde.fr/Les dividendes du CAC 40 ont fortement augmenté en 2019. Ainsi Total rapporte du 6,9%. Pour un revenu médian il vous suffit d’avoir 391.304 euros d’actions Total. Outre qu’être actionnaire de Total peut révulser l’âme écologique de certains, il faut aussi noter qu’un tiers de ce revenu provient du rachat par l’entreprise de vos actions, histoire de vous priver de vos revenus de demain.

Mais demain, vous vous en moquez, puisque retraité, il ne vous reste plus des décennies à vivre.

Comme je ne suis pas gestionnaire de grandes fortunes, je ne connais pas forcément les bonnes martingales pour s’en sortir. Mais justement, pour fonctionner, ces martingales ne doivent être connues que de quelques personnes, ce qui évidemment ne saurait être le cas si un régime par capitalisation devait remplacer notre système par répartition.

Avec ces quelques exemples, j’espère vous avoir convaincu que les fonds de pension ne peut pas être un bon système car si on pousse la logique jusqu’au bout, il aboutit à ce que les générations partantes pressurent les générations suivantes soit en vivant de la rente produite par la dette publique, soit en pratiquant des loyers exorbitants soit en exigeant le versement de dividendes très confortables.

Donc, notre système avec toutes ses imperfections reste encore le meilleur qui soit. La seule question restant en suspens est :comment le faire durer quand la solidarité entre les générations fera reposer, pour quelques décennie encore, le revenu d’un nombre toujours plus important de bénéficiaires sur un nombre relativement constant de cotisants. C’est le débat des mois prochains en France. Il nécessitera des efforts certainement, mais ces efforts ne pourront être acceptés que si chacun est convaincu que tous y contribuent également selon le principe « à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens ! »

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