Il faut une longue cuiller….

Le dicton dit que « lorsqu’on veut diner avec le diable, il faut une longue cuiller. » et la sagesse populaire a raison car s’il existe, il est, parait-il, très dangereux tant son pouvoir de séduction est fort et qu’à trop l’approcher on risque d’y perdre son âme.

C’est un peu dans cet état d’esprit que je lisais, ces derniers jours, ce titre dans les journaux https://www.ouest-france.fr/Le forum de Davos fête ses 50 ans avec Donald Trump et Greta Thunberg

Mais aprè tout, la scandinave jouvencelle avait déjà montré à New York, qu’elle avait du répondant et que même si ce n’est pas elle qui écrit ses discours1, elle était capable de tenir la dragée haute à celui que dans la situation actuelle, beaucoup dans le monde, sauf peut-être dans le Middle West, considère comme le mal incarné.

De fait, la rencontre n’a pas eu lieu, l’échange à distance fut pour ainsi dire insignifiant, puisque à part le gros blond, tout le monde semblait convaincu que les changements climatiques étaient le principal risque planétaire et qu’il fallait donc réagir https://www.novethic.fr/Davos 2020 : les décideurs mondiaux placent l’inaction climatique au sommet des dangers pour l’humanité

« Enfin ! » serait-on tenté de soupirer, depuis le temps que les experts du GIEC et toutes les organisations écologistes de la planète tiraient le signal d’alarme, mais après tout mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ? Cela dit, n’est-ce pas déjà trop tard ?

Que nenni, disent les incorrigibles optimistes qui croient dur comme fer que rien n’est irreversible et que le génie(?) humain arrivera toujours à nous sortir des ornières où il s’ingénie pourtant à nous faire tomber. Tout ne serait qu’une question de moyen et surtout de volonté de faire.

Ainsi d’angéliques parlementaires, européens ou nationaux, envisagent une large mobilisation des moyens publics pour déclencher un sursaut salutaire https://www.euractiv.fr/Larrouturou : « La BCE pourrait plus investir dans le climat »

Mais quand on lit l’article, on se dit que l’incantation risque de rester en partie lettre morte tant la marche à gravir pour passer des intentions actuelles (7,5 milliards) aux besoins réels (750 milliards) est haute. Surtout, il n’y aurait aucune raison que les opérateurs financiers fassent un meilleur usage des largesses publiques qu’ils ne le firent lorsque le danger planétaire était, en 2008-2009, l’extinction de l’espèce prédatrice des banquiers. Toutefois, faisant apparemment preuve de pragmatisme, l’un des hommes les plus puissants de cette espèce sauvée de l’extinction, prit la parole pour dire que les choses allaient changer puisque eux-mêmes allaient évoluer (comme aurait dit Darwin) https://www.novethic.fr/Larry Fink veut engager BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, vers des investissements plus durables

Belle promesse, porteuse d’avenir radieux se réjouiront nos optimistes élus. Et pourquoi pas, après tout, croire que, la peur étant en l’occurence la meilleur conseillère, les gestionnaires de fonds allaient jouer à fond l’économie sobre, mettant ainsi en danger, le principal moteur de l’économie mondiale, la consommation à outrance ? Le pari est intellectuellement hardi et suppose que beaucoup de préalables soient réunis, à commencer par la remise en cause de ce qui fait le succés de ces gestionnaires de fonds, c’est à dire la capacité à fournir à ceux qui leur confient leurs fonds une rémunération suffisamment importante. Et là, ce n’est pas gagné car parmi les bailleurs de fonds, il y a des fonds de pension. Pourrait-on sacrifier les revenus actuels de millions de retraités dans le monde entier sur l’autel de la survie des générations futures ? La question mérite d’être posée.

Mais surtout n’oublions jamais ce petit dialogue que je relatais dans un précédent billet : « La question n’est pas comment les banques peuvent-elles lutter contre le réchauffement climatique ….. »
« Mais plutôt comment les banques peuvent-elles tirer profit de la lutte contre le réchauffement climatique ? »

Il y a peut-être dans ce dialogue (fictif?) un élément de réponse à ces questions. Ainsi, le diable, si on veut bien l’appeler ainsi, s’approche avec le discours le plus séduisant possible et il faudra à nos débonnaires parlementaires une bien longue cuiller pour s’asseoir au banquet de la finance verte. Ils ont raison d’y croire, mais ils auraient tort d’y croire aveuglément. Ce n’est pas au poids des mots qu’ils devront juger de la pertinence de leur confiance mais à celui des financements, sans contreparties exorbitantes. Or comme nous le verrons dans les prochains jours, les belles paroles ont rarement été suivies de grands actes dans ce domaine, ces dernières années.

Peut-être que la peur fera plus que la raison, qui sait ?

1Après tout, le « la maison brûle et nous regardons ailleurs » de Chirac à Durban, n’est pas de sa plume mais due plutôt au lyrisme de Nicolas Hulot

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