L’arrivée de la « 5R »

Pour les plus anciens d’entre vous, ne vous méprenez, pas, ce titre énigmatique n’est pas une annonce vintage rappelant le lancement au début des années 70 d’une petite voiture, alors produite dans une entreprise d’Etat, sur les bords de la Seine à deux pas de Neuilly. En fait, ce sigle un peu ésotérique est le slogan utilisé par une organisation non-gouvernementale pour résumer les axes de sa lutte contre la prolifération des déchets : « refuser », « réduire », « réutiliser », « recycler », « rendre à la terre ».

Evidemment, cela devrait s’appliquer au type de déchets considéré comme la pire plaie, par la génération Y, c’est à dire les jeunes adultes entre 35 et 40, si du moins on en croit les résultats d’un sondage demandé par deux autres ONG et dont on retrouve les résultats dans cet article https://oceans.taraexpeditions.org84 % des Millenials favorables à la mise en place de la consigne

Manifestement, cette génération n’a pas les mêmes préoccupations que leurs jeunes cadets de 16-20 ans pour qui les perturbations du climat sont l’angoisse existentielle majeure. Mais après tout, ne s’agit-il que de deux facettes complémentaires d’une angoisse commune : le dépérissement de notre planète.

Mais puisqu’il faut, même dans le cadre d’une analyse systémique, saucissonner les problèmes pour bien en faire comprendre les enjeux, faisons plaisir aujourd’hui à ces trentenaires-jeunes quadra et parlons plastiques. Du coup, compte tenu des sujets actuellement discutés, j’aurai pu intituler cette chronique « Recycler, c’est la consigne ou consigner, c’est un nouveau cycle. »

Regardons d’abord ce qui se passe chez nos voisins. Le Québec serait en train de prendre la voie de la consigne des emballages : https://www.lapresse.ca/Les bouteilles d’eau et de vin seront consignéesPourquoi pas après tout, puisque cela marche déjà dans d’autres parties du Quebec et dans une dizaine de pays. Je note que cela vaut aussi bien pour l’eau que pour le vin et comme je pense que là-bas, on ne vend pas le vin en bouteille plastique, j’en conclus que le recyclage vaudra aussi bien pour le plastique que pour le verre, mais j’y reviendrai.

C’est d’ailleurs ce qu’a dû se dire la jeune ministre française qui a fait de la consigne une mesure emblématique de sa loi sur l’économie circulaire et la lutte contre le gaspillage : https://www.lejdd.fr/Consigne sur les bouteilles en plastique : comment le projet de Brune Poirson a été affaibli Mais cette idée qui semblait aller de soi semble poser des problèmes insurmontables en France, bien plus qu’ailleurs
https://www.la-croix.com/Pourquoi la consigne des bouteilles en plastique fait-elle polémique en France ?
https://www.actu-environnement.Consigne : le Parlement suspendu aux négociations entre État et collectivités locales

Ainsi, il paraîtrait que la France pâtirait d’avoir été très tôt un bon élève en matière de gestion de ses déchets et que les collectivités locales ayant beaucoup investi, elles ne veulent pas perdre le bénéfice de cet investissement à cause d’un système qui révolutionnerait leurs méthodes de collecte et de tri.

Je laisserai volontiers ces élus à leurs illusions et à un conservatisme qui se cache mal. Par contre, ce qui se dit ici m’intéresse déjà beaucoup plus :https://www.lesechos.fr/Consigne des bouteilles plastique : la fausse bonne idée pour la planète ?J’en conclus que la consigne ne serait donc pas la panacée.
Alors que faire ?

« Faites comme nous!Recyclez!», disent certains industriels, productivistes par essence, qui surfent sur la vague verte, non productiviste par philosophie, https://www.la-croix.Ni vrac, ni consigne, Rainett parie sur le plastique recyclé Je sors de la lecture de cet article à moitié convaincu de l’efficacité du système d’un point de vue écologique. Mais enfin, c’est quand même mieux que de mettre cela à la décharge ou de le brûler dans un incinérateur comme le font encore quelques collectivités.

Alors qu’en penser ?

Revenons un peu en arrière sur la consigne : ma Mamie que vous avez rencontré il y a quelques jours sur ce blog, ne connaissait pas les bouteilles plastiques ; elle ne connaissait que les bouteilles en verre, pour le vin (avec la distinction bouteille étoilée et bouteille lisse selon la qualité du pinard), à peine pour le lait (on allait chercher son lait dans un pot en fer blanc, y compris chez le crémier) et quasiment pas pour l’eau minérale (en fait, elle n’en prenait que lorsque son toubib lui demandait de soigner son foie ou sa digestion). Il y avait aussi la bière et le cidre en bouteille de 1 litre. Donc la consigne, c’était bien parce que toute la chaîne de distribution récupérait cet emballage, souillé mais inusable ou presque, le lavait, le stérilisait, le remplissait pour le remettre dans le circuit et tout le dispositif logistique s »organisait autour de ce cycle. Pour les bouteilles en plastique, je n’en voie pas l’utilité technique, puisque de toute façon, j’imagine mal toute la chaîne de distribution faisant remonter jusqu’à l’usine d’embouteillage, un contenant qui pèse quelques grammes, qui se déforme facilement et se casse souvent pour le laver et le reremplir. Ces emballages, collectés par voie de consigne, iront directement là où ils vont actuellement, c’est à dire au recyclage dans le meilleur des cas. Evitons donc de parler de consigne pour tout ce qui est plastique puisque le réemploi A L’IDENTIQUE n’est pas possible. Mais si via cette ristourne accordée aux consommateurs, avisés, cela permet de créer de nouveaux réflexes et de mettre dans ce circuit à peu près efficace quelques pourcents qui échappent au tri sélectif, ce sera toujours autant de moins qu’on ne retrouvera pas enfouis à pourrir la vie des vers de terre, ou dans l’eau de nos rivières, de nos fleuves et en fin de compte des océans.

Et si tout bêtement, la solution ne se trouvait pas à la racine du mal , c’est à dire dans l’emballage plastique lui-même. Réfléchissez un instant ! Le meilleur moyen pour ne pas devoir éliminer d’une façon ou d’une autre des bouteilles en plastique serait sûrement de ne pas en utiliser. La livraison en vrac de liquide existe ou peut se mettre en place, le conditionnement en bouteilles de verre existe et c’est consignable (on y revient), les emballages plus bio-dégradable comme les briques en carton aussi. Il y aurait peut-être un petit effort à faire de ce côté-là, en matière d’incitation législative, réglementaire ou fiscale. Et puis, il est des cas où franchement l’usage même d’un récipient e s’impose pas, la consommation d’eau par exemple.

Eh bien voilà ! Je viens de faire avec vous le tour du « 5R » des déchets ; refuser des produits emballés quand c’est inutile, réduire leur usage quand il est d’autres moyens de transporter et de conserver un produit, réutiliser via la consigne et recycler quand il n’y a pas d’autre solution.

Bon ! Me direz-vous, je ne vois que 4R et vous auriez raison. En effet, je vous déconseille le dernier R car si vous les mettez en terre, vous allez faire des grosses misères à mes petits vers de terre (Buzuk en Breton) qui sont bien utiles pour fertiliser la terre mais aussi, et c’est moins connu, pour réduire les déchets textiles de certains agriculteurs : https://www.ouest-france.fr/Agriculture. La fertilité des sols mesurée avec des slips

Cela « 5R » ou « 4R », c’est de toute façon mieux que la « 4G » qu’on nous vante comme la panacée en matière de communication,sans nous dire combien c’est énergivore et intrusif dans nos vies, avant la « 5G » pour laquelle la Chine et les États-Unis sont prêts à s’étriper, ce qui en général n’augure rien de bon pour nos libertés individuelles.

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