Pourquoi se gêner ?

Le Parlement Européen vient de retoquer trois candidat-e-s à un poste de Commissaires européens et pour après les mêmes motifs, des relations avec le monde de la finance pas très claires. C’est tout à son honneur et cela augure peut-être d’une nouvelle ère dans la vie plutôt tumultueuse des institutions européennes de ce point de vue-là aussi. Mais il ne faut pas croire que le microcosme bruxellois ait l’apanage de ces turpitudes.

On se souvient du départ tonitruant de l’ancien patron de la social-démocratie allemande vers les ors et les délices que lui avait fait miroiter l’oligarchie russe https://www.lemonde.fr/Schröder élu président du conseil d’administration du géant pétrolier russe Rosneft

Plus récemment, une ancienne gloire de la vie politique s’était laissée tenter par les mêmes appâts, http://decouverte.challenges.fr/Jean-Louis Borloo nommé président du conseil d’administration de Huawei France mais la réprobation fut telle parmi ses « amis » qu’il fini par renoncer.

Mai me direz-vous, comment voulez-vous que ces gens puissent continuer à vivre décemment quand leurs amis ou le suffrage universel leur auront fait comprendre qu’il était temps qu’ils renoncent à s’occuper des affaires publiques ? Oh ! Il existe bien des solutions à cela. La plus simple est de revenir à un train de vie plus sobre et de retourner à leur charrue tel Cincinnatus mais si cela était si fréquent, Cincinnatus ne serait pas devenu une légende, un modèle à tenter d’imiter. Si cela n’est pas possible, alors il leur faut bien trouver une activité plutôt lucrative car, si le personnel politique n’est peut-être pas le mieux payé du monde1, il y a les à-côtés de la vie publique (notoriété, train de vie de l’Etat et en ce qui concerne la France, « les ors de la République ») qui les a habitué à un standard de vie que ni vous, ni moi ne pouvons actuellement nous offrir2. Or qui peut le leur offrir, si ce n’est des grands groupes industriels ou financiers ? En soi, cela n’a rien de déshonorant de travailler dans une entreprise privée, y compris au plus haut niveau, et des milliers de personnes le font des années durant sans que personne ne songe à leur jeter la pierre.

Evidemment, les choses sont différentes dès lors que les motivations de leurs employeurs ne sont pas claires quand ils ont décidé de les embaucher. Le pire est naturellement lorsque ce recrutement n’est que la récompense d’un petit ou d’un grand service que ces dirigeants politiques ont rendu lorsqu’ils étaient en charge des affaires publiques. Ce n’est guère plu moral lorsque ce recrutement ne vise en fait qu’à utiliser l’entregent et leurs carnets d’adresse pour obtenir avant d’autres des informations confidentielles, un passe-droit ou pour éviter des déboires avec les pouvoirs publics.

Ainsi, j’avais déjà été choqué par le choix fait par un ancien président de la Commission Européenne et encore plus choqué par la réaction des institutions à ce choix : https://www.lemonde.fr/Barroso chez Goldman Sachs : le comité d’éthique européen estime qu’il n’y a pas d’infraction Or, il n’a pas fallu longtemps pour se rendre compte que ce choix était vénéneux : https://www.lepoint.fr/Union européenne : Barroso accusé de faire du lobbying pour Goldman Sachs Le comité d’éthique avait donc fait preuve d’un grand angélisme en pensant que ce départ vers une des pires entreprises du monde pouvait avoir le moindre sens moral. En effet, de quelle utilité pouvait bien être un ancien premier ministre portugais, ancien président de la commission européenne, qui n’avait jamais vécu que dans le microcosme administrativo-politique, si ce n’est pour porter la bonne parole auprès de ce microcosme. Quand des intérêts privés sont en jeu, cela prend souvent la qualification de « trafic d’influence ».

Moins médiatique mais tout aussi significatif a été le départ d’un autre leader politique, un ancien chef du parti libéral-démocrate britannique https://www.theguardian.com/Facebook hires Nick Clegg as head of global affairs Il est certain que de nos jours, faire une carrière politique dans le Royaume-Uni du BREXIT est devenu une activité à haut risque et on peut comprendre qu’il ait ressenti le besoin de prendre un peu de recul. Mais pourquoi choisir justement le groupe, dont on dit que le laxisme dans la gestion des fausses nouvelles que véhicule son réseau « social » est une des causes du succès du référendum lancé par Mr Cameron et contre lequel il fut le principal opposant? Du côté de l’entreprise on comprend bien l’intérêt, puisque depuis quelques années, elle est en guerre ouverte avec de nombreux Etats et l’Union Européenne sur des sujets aussi divers que la dissimulation fiscale, les manipulations électorales ou la protection de la vie privée. Compte tenu de ses nouvelles ambitions dans le domaine monétaire, certains parlent déjà d’un contre-Etat. C’est vraisemblablement pour cela que ledit groupe a dû demander un retour rapide sur son investissement à son nouveau directeur. Sinon comment comprendre cette déclaration, alors qu’on ne lui avait rien demandé : https://www.lemonde.fr/Nick Clegg : « Nous ne pensons pas que Facebook joue le rôle d’un Etat »

Ce ne sont bien sûr que des exemples et non une généralité mais comme ces exemples ont tendance à se multiplier ces temps dernier, et dans les deux sens (de la sphère publique vers la sphère privée mais aussi du privé vers la politique et l’administration), il est urgent de rester vigilant.

Et tant qu’il n’y aura pas de réaction violente, ils auraient tort de se gêner.

1Il suffit pour cela de relire ce que j’ai pu écrire sur l’indécence de certaines rémunérations de dirigeants d’entreprises, de sportifs ou d’artistes de variété
2« Actuellement » car je nous souhaite un avenir meilleur. Tout le monde riche, voilà un beau programme !

Cet article, publié dans démocratie, je dis ton nom, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.