Repenser le modèle agricole

Le 8 octobre, le principal syndicat d’exploitants agricoles français, qui influence directement les politiques publiques mais aussi le modèle économique agricole depuis au moins un demi-siècle, a mis dans sur les routes des milliers de tracteurs pour dire que ces exploitants agricoles en avaient assez d’être vilipendés et montrés du doigt en raison de pratiques agricoles qu’un nombre croissant de leurs concitoyens considèrent, à tort(disent-ils) ou à raison (disent les autres), comme contraires à leur santé, à la santé de la planète.
La principale défense que ce syndicat avance est qu’ils nous nourrissent mais que nous n’acceptons pas de payer le vrai prix de ce que nous mangeons.

Il y a toutefois un point que les uns et les autres semblent avoir oublié, c’est la viabilité économique globale du modèle agricole comme le montre cette note technique https://www.fipeco.fr/ Les dépenses publiques en faveur de l’agriculture
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Il convient de retenir de cette note deux éléments essentiellement. Le premier est que si on ne tient pas compte du coût des services publiques liés au monde agricoles, les aides directes (PAC et aides d’Etat), ou indirectes (allègements de charges, effort de solidarité nationale vis-à-vis de la protection sociale agricole) représentent un volume à peine inférieur au total des richesses créées par les agriculteurs. Le deuxième est que la France est loin d’être le seul pays dans ce cas puisque à périmètre égal, le cas de la France se situe dans la moyenne européenne, un peu en dessous des Etats-Unis et bien loin de pays très développés comme le Japon, la Corée du Sud ou la Suisse. Dans le tableau comparatif intégré à cette note technique, seuls le Brésil, l’Australie et dans une moindre mesure la Russie semblent disposer d’un secteur agricole dont le modèle peut se dispenser de béquilles publiques.

Il y a là un paradoxe d’autant plus dérangeant que ces derniers pays sont considérés comme des menaces pour les agricultures européennes ou américaines du fait de prix de vente particulièrement bas.

Et ce n’est pas en récriminant contre l’excès de normes, les interdictions ou les restrictions d’usage de produits reconnus toxiques, les importations massives de produits à bas prix mais à basse valeur sanitaire et environnementale qu’on résoudra ce paradoxe.

Mais il serait peut-être nécessaire de se poser la question de savoir pourquoi, dans les économies développées le modèle économique agricole ET agro-alementaire est à ce point déséquilibré, pourquoi la part consacrée dans ces pays à l’alimentation ne cesse de diminuer au profit d’autres dépenses de nature parfois spéculative (le coût du logement par exemple), parfois superfétatoire (les coûts liés à l’usage de produits connectés), pourquoi dans ce budget « alimentation » la part de la valeur créée qui revient aux agriculteurs ne cesse de diminuer au profit d’intermédiaires.

17 milliards d’Euros d’argent public est un enjeu qui mérite aussi qu’on y réfléchisse, surtout dans cette période où un des autres grands déséquilibres s’appelle « déficits publics ».

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