RSE : Heureusement que ces gens existent!

A écouter les discours ambiants et à lire les gazettes, on a parfois l’impression que tout le patronat s’est converti à la RSE. Heureusement qu’il existe des gens comme ce monsieur Mathieu pour nous rappeler que, dans les sphères dirigeantes, tout le monde ne partage pas cet enthousiasme, loin s’en faut https://www.contrepoints.org/2019/06/10/Responsabilité sociale des entreprises (RSE) : encore une nouvelle entrave !
Tout d’abord, il convient de noter que l’auteur de cet article n’est pas n’importe qui : polytechnicien, chef d’entreprise, il a présidé aux destinées d’une association d’inspiration libérale et à ces titres, il est donc assez représentatif d’un courant de pensée du patronat français. Je m’attendais donc à une argumentation serrée contre la RSE, puisque c’est contre ce moulin à vent que le Don Quichotte de l’entreprise libérale avait décidé d’enfourcher sa Rossinante

Il y a quand même dans le corps de cet article quelques aveux de taille dont celui-ci : « l’adoption d’une démarche de responsabilité sociétale est complexe ».Effectivement, la RSE est une discipline exigeante, autrement plus complexe que l’analyse financière. En effet, cette dernière triture dans tous les sens, une seule matière, l’argent, ce qui, dès qu’on connaît les codes, est finalement une science assez facile à manipuler ; résoudre des équations du premier degré à une seule inconnue est du niveau des collèges. Par contre, si vous voulez traiter de la responsabilité sociale, sociétale et environnemental, les paramètres se multiplient singulièrement et en plus leur analyses se fait parfois avec des critères divergents. Si on rajoute que ces différents paramètres inter-réagissent entre eux, créant ce qu’on appelle des boucles de rétro-action, il apparaît alors évident que l’exercice est effectivement complexe et nécessite de disposer d’outils d’analyse plutôt sophistiqués qui empruntent plus à l’analyse systémique qu’à l’algèbre linéaire, un domaine où pourtant un Polytechnicien devrait exceller. Mais ce n’est pas le cas dans cet article mais il faut dire que notre auteur ne fait pas œuvre scientifique mais mène un combat idéologique et pas n’importe lequel. D’ailleurs, en fin d’article, il finit par annoncer la couleur à travers les citations suivantes :

Le sexisme : « L’ancienne institutrice et syndicaliste de l’Éducation nationale était sans doute plus disponible. Elle était devenue en 2002 présidente de Vigéo, une société d’évaluation des performances sociales et environnementales des entreprises (RSE).”
Avoir été la patronne du deuxième plus grand syndicat de France, à une époque où le débat sur la réforme des retraites mettait en grande difficulté un Premier Ministre est une preuve de compétences que n’attestent évidemment pas une formation d’institutrice. Mais s’il n’y avait que les Polytechniciens qui avaient le droit de s’exprimer au nom de compétences acquises essentiellement sur les bancs de classes préparatoires, cela ne ferait pas beaucoup de monde d’une part, et d’autre part, cela risquerait d’amener ce pays sur d’étranges voies de développement.

L’aveu maladroit:  « Ce rapport exprimait, encore plus que la lettre de mission, une défiance à l’égard des entreprises privées : « le court-termisme et la financiarisation pèsent sur la vie de l’entreprise » ; les décisions de l’entreprise devraient ne pas être guidées par une seule « raison d’avoir » ; le critère financier de court terme ne peut servir de boussole ; interrogés sur les mots qui caractérisent le mieux leur état d’esprit vis-à-vis des entreprises, les Français sondés citent la méfiance, qui arrive en tête ; les actionnaires sont des « détenteurs provisoires de capital » ; il s’agit d’un « capitalisme de locataires » ; les « comportements de maximisation du profit » sont des « conduites dommageables » ; il y a eu une « prise du pouvoir par les actionnaires à partir des années 1980 »
Toutes ces citations que ce monsieur appellent à son secours pour tenter de démontrer que les auteurs de ce rapport ont une position idéologique de défiance à l’égard de l’entreprise ne sont en fait qu’un constat de ce que tout le monde peut observer dans l’actualité, pour peu qu’on s’intéresse un peu à la vie financière de ce pays. Ce n’est pas un hasard si notre pays est le champion du monde des distributions de dividendes
oui et alors ?De plus, le Parlement devra dans un délai d’un an voter « la mise en place d’une structure de revue et d’évaluation des labels de responsabilité sociale des entreprises »”
Il eût fallu aller plus loin dans la réflexion et proposer une véritable codification de la profession d’évaluateur des performances RSE, comme il a fallu à une époque codifier la profession d’experts-comptables. Evidemment, cela implique d’aller plus loin dans la définition même de ce qu’est la RSE, et notamment rendre plus coercitive la norme ISO qui y correspond.
la cogestion ça marche ailleurs « Enfin la loi PACTE ajoute un administrateur salarié supplémentaire dans les grandes entreprises, les faisant ainsi passer à deux ou trois administrateurs salariés suivant la taille de l’entreprise.”
Cela fait quelques décennies que les entreprises allemandes pratiquent la cogestion avec présence de représentants des salariés, sans que cela ne nuise à la qualité de leur gouvernance, et encore moins à leur performance économique.
Ça c’est pas faux et j’ai envie de dire « chiche » « Ces trois privatisations devaient permettre la création d’un fonds de dix milliards d’euros dont les revenus annuels devaient financer des « innovations de rupture ». Quelle confiance dans la compétence du ministre et de ses fonctionnaires pour le choix de ces investissements ! Et quelle défiance à l’égard des investisseurs privés ! Et aussi quelle complication inutile ! Pourquoi ne pas utiliser simplement le produit des privatisations à désendetter notre État surendetté ?”
Voilà une proposition qui n’est pas totalement absurde. Se désendetter quand on est à un tel niveau d’endettement est une priorité. Par contre, en ce qui concerne les investissements privés, on est en droit de douter de la pertinence des critères de choix que les dirigeants d’entreprise appliquent; il suffit de voir la grande difficulté que rencontrent les dirigeants politiques à convaincre les dirigents économiques à investir dans la transition écologique.
Le mensonge
« « Sauver la planète » est un slogan fondé sur des modèles climatiques dont les prédictions de températures futures, prétendues scientifiques, varient de 1,5 à 4,5 °C ! Ces modèles sont incapables d’expliquer les baisses de la température de l’atmosphère terrestre (de 1880 à 1910, de 1945 à 1975 et la stagnation depuis 1998). Pour la France un réchauffement supplémentaire serait une bénédiction agricole et touristique. »

Ce n’et pas parce qu’elles sont assenées avec beaucoup d’assurance que ces affirmations sont vraies. Toutes les observations des dernières années nous montrent le contraire et quant à la bénédiction due au réchauffement climatique, il conviendrait qu’il aille plaider cette thèse devant des assemblées d’éleveurs français : le succès est garanti !
L’aveu
« La RSE nous propose un monde flou, utopique et d’inspiration collectiviste, une véritable supercherie. » Le collectivisme ! Voilà, le grand mot laché. Je ne suis pas sûr que cela fasse plaisir à ces centaines de chefs d’entreprise qui ont entrepris une démarche RSE, de se voir traiter de collectivistes. Pour les individualistes forcenés que sont les néo-libéraux idéologiques, la collectivisation commence bien tôt.
Là où il a raison « La RSE n’est pas une troisième voie.” C’est juste une des modalités d’adaptation des entreprises capitalistes à un monde dont les valeurs ne seraient plus l’argent

La meilleure réponse à cet article est ceci : https://www.linkedin.com/La RSE peut-elle être un moteur de performance de l’entreprise ?8M1 Cette tribune de la patronne de La Redoute exprime assez bien la façon dont les dirigeants économiques les plus intelligents ont su s’emparer des critères de la RSE pour revisiter leurs standards de management

Et ceux-ci sont peut-être les fameux actionnaires activistes contre les quels la RSE était sensé protéger les dirigeants : https://www.novethic.fr/actualite/LES ACTIONNAIRES DE BP SUIVENT L’AVIS DE LA DIRECTION ET VOTENT POUR UNE RÉSOLUTION SUR LE CLIMAT En cela, ils ne font pas autre chose que les chefs d’Etat réunis à Biarritz, en août dernier lors du G7. Il restera ensuite à ce que ces belles motions se transforment en acte

Il y a urgence car pendant ce temps là https://www.lesechos.fr/Climat : les émissions de CO2 affichent leur plus forte hausse depuis sept ans on peut juste se demander pourquoi c’est BP qui le dit !

Surprenant ce qui se passe actuellement chez BP ! Le néo-libéralisme n’est manifestement plus le credo des capitalistes les plus avertis !

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