Le feuilleton de l’été : le talon de fer Chapitre 4 où on attaque sans vergogne la réputation de « gens honnêtes»

Quelques éléments de contexte de l’extrait : pendant que la narratrice poursuit une enquête sans fin sur un accident du travail, le héro Ernest Everhard poursuit sa tâche de diffusion de la pensée socialiste. Le voici ce soir dans le saint des saints des ploutocrates, le Club des philomathes. Ecoutons-le.

Extrait du Talon de Fer de Jack London

« …./J’ai vu des hommes qui, dans leurs diatribes contre la guerre invoquaient le nom de Dieu de paix et qui distribuaient des fusils entre les mains des [détectives privés] pour abattre les grévistes dans leurs propres usines. J’ai vu des gens devenir fous d’indignation devant le déchaînement de boxeurs mais prêter la main à des fraudes alimentaires bonnes à faire périr plus d’innocents par an que n’en massacra le sanglant Hérode. Tel monsieur respectable aux traits fins d’aristocrate, n’était qu’un homme de paille couvrant des sociétés dont le but secret était de dépouiller la veuve et l’orphelin. Tel autre, bibliophile renommé doublé d’un mécène, payait des pots-de-vin au patron brutal et illettré d’une organisation municipale. Ce directeur de journal qui ouvrait ses colonnes à de la réclame pour des poudres de perlimpinpin me traita de sale démagogue parce que je le mettais au défi de publier un article disant la vérité au sujet de ces « remèdes brevetés ». Cet homme , qui parlait posément et sérieusement des beautés de l’idéalisme et de la bonté de Dieu, venait de rouler et trahir ses associés, ans une grosse affaire…./
/….Tel autre qui dotait de chaires les universités et contribuait à l’érection de magnifiques chapelles, n’hésitait pas à se parjurer devant les tribunaux pour des questions de dollars et de gros sous…./
/….Tel sénateur était l’outil, l’esclave, la marionnette d’un patron de machine politique inculte et sauvage ; il en était de même de tel gouvernement et de tel juge à la Cour Suprême ; tous trois voyageaient gratis en chemin de fer ; et, en outre, tel capitaliste à la peau luisante était le véritable propriétaire de cette organisation politique, de son patron et des chemins de fer qui délivraient les laissez-passer »

Fin de l’extrait

Bon ! c’est vrai que cela a été écrit en 1908 et que de nos jours, cela ne se passe plus comme cela ! La preuve ? On ne parle plus de « réclames » mais de publicité voire même de « ads» et qui aurait l’idée, de nos jours, « de contribuer à l’érection de magnifiques chapelles » ?

Par contre, on n’hésitera pas à investir largement sur « la défense de la planète », « l’éradication de la malaria », etc… à travers des fondations qui permettront de se dédouaner à bon compte…tout en payant moins d’impôt.
Cette pratique qui commençait à devenir courante aux Etats-Unis au temps où London écrivait est en passe de devenir un must des grands groupes français et des familles qui les possèdent.

Tiens au fait, je corrige ici, ce que j’avais écrit il y a 9 ans à propos des chapelles. Les grandes familles de la France du XXI° siècle se sont tirées la bourre en avril dernier pour savoir qui viendrait le plus au secours de Notre-Dame. Sans arrière-pensée fiscale, jurèrent-ils la main sur le cœur.

La main sur le cœur comme les sinistres personnages dont parle Jack London.

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