RSE, Développement durable, entreprises à mission : Ainsi parla Zarathoustra

Pour savoir ce que les puissants pensent, il suffit parfois de le leur demander et alors ils se lâchent un peu. C’est le cas de ce Monsieur https://www.lesechos.fr/Larry Fink : « Les entreprises durables seront les plus performantes » Or Larry Fink n’est pas n’importe qui. En tant que président du fonds d’investissement Black Rock, il gère plus de 6.500 milliards de dollars, ce qui en fait le plus gros opérateur financier du monde. C’est dire quelle peut être sa force de persuasion lorsqu’il met les pieds dans le capital d’une entreprise. Du coup, tout ce qu’il dit acquiert une certaine importance et permet d’expliquer quelques évolutions récentes de la pensée économique.

La conversion aux rites du développement durable

Si dans les entreprises on parle de plus en plus de lutte contre le réchauffement climatique, de sobriété énergétique, de réduction des émissions de CO², y compris dans les AG des grands groupes pétroliers, ce n’est pas par conviction écologique, ni au nom d’une attitude morale irréprochable mais bien par intérêt bien compris du capitalisme : « Nous faisons le pari que dans un monde où les émissions de CO2 augmentent, les entreprises qui s’y préparent le mieux, qui se concentrent sur le développement durable, seront les plus performantes financièrement sur la durée. Pourquoi ? Parce qu’elles auront une demande plus forte pour leurs produits de la part des clients et parce qu’elles seront plus fortes pour recruter les meilleurs talents. » On ne peut pas être plus clair !

Il va même plus loin puisque c’est pour lui la condition même de la survie du système économique dominant : «Le capitalisme est plus fort que jamais et, en même temps, il doit évoluer et s’adapter à la société. Un capitalisme qui ne s’adapte pas à la société peut échouer. » 

Les entreprises à mission

La loi PACTE a introduit cette innovation dans le droit français et cela a été présenté comme une grande avancée sociétale, comme la prise de conscience d’une partie du patronat français de leur responsabilité vis à vis de la société. Il n’en est rien ou plutôt, il conviendrait mieux de dire qu’en adoptant cette attitude, les grandes entreprises ambitionnent de remplacer dans l’inconscient collectif, le rôle de point de repère que jouaient « les politiques » aujourd’hui largement déconsidérés : « Aujourd’hui, comme les gens s’inquiètent de la capacité des gouvernements à agir, ils attendent plus des entreprises. Comment ? Les entreprises doivent afficher leur raison d’être auprès de leurs employés, de leurs clients et de la société tout entière. Elles doivent être mieux connectées à la société. »

la pensée à long terme

A force de dénoncer le court-termisme des dirigeants d’entreprises, on en oubliait presque, en effet, que l’ensemble du personnel politique avait abandonné toute ambition à long terme depuis déjà quelques décennies (en France depuis l’abandon par Rocard de l’ardente obligation de la planification »). Comme tout le monde a réduit son horizon à quelques années voire quelques mois, cela pose au système un problème de fond et de fonds  : « les investisseurs sous-investissent aujourd’hui. Il y a énormément de liquidité mais on ne se projette pas facilement sur le long terme. Nous vivons dans un monde dominé par l’émotion et la peur, entretenus par l’écosystème des médias et des réseaux sociaux ». Au passage, cela lui permet d’égratigner ces réseaux sociaux
« Ce qu’il faut envisager, c’est de les réguler comme des entreprises de médias, »

Voilà , j’espère en quelques citations avoir décryptée une partie du discours actuel de « la Finance ». « Développement durable », « responsabilité sociale et environnementale », «entreprises à mission », voire même le mouvement des « entrepreneurs sociaux » ne sont pas des réactions éthiques d’un système soudain épris de morale dans les affaires mais les tentatives de survie (la volonté d’adaptation, diront les plus indulgents) d’un système qui s’est rendu compte que ce qui avait fait son succès, le pillage des ressources naturelles, la rapacité des possédants et l’accumulation dans la plus grande discrétion était en train de causer sa perte, les nouvelles générations , mieux informées à défaut d’être mieux formées, acceptant de moins en moins bien ces standards. On leur vend donc ce qu’elles veulent entendre. Quant à le mettre en œuvre réellement, c’est une autre paire de manche. Les couplets finaux sur l’exigence de transparence dans les entreprises est à cet égard symptomatique : le meilleur moyen de cacher les choses est en effet de les étaler largement, peu d’yeux humains étant assez sagaces pour retrouver dans cette meule de foin informative, l’aiguille de l’entourloupe communicante (Total, un modèle de transparence, on croit rêver !).

Le seul côté positif de ce constat, c’est que la pression de l’opinion publique, composée à la fois de consommateurs devenus exigeants sur ce qu’on leur vend et de salariés devenus eux aussi plus exigeants sur le sens de leur travail, a amené les plus clairvoyants financiers à composer. Ne nous faisons cependant aucune illusion, un autre aspect de l’évolution climatique en cours est intervenue également dans cette mutation du discours des dominants : le coût des catastrophes climatiques commence à peser trop lourd dans les comptes des bancassureurs et remet en cause leur rentabilité.

En conclusion, il faut continuer à faire pression pour que ces paroles deviennent des actes. La phase suivante serait d’avoir voix au chapitre, c’est à dire que consommateurs et salariés accèdent aux instances de gouvernance des sociétés en question. En quelque sorte, ce serait prendre au mot Larry Fink « Les meilleures entreprises sont celles qui disposent d’un dirigeant fort, font preuve de transparence et ont un conseil d’administration puissant et exigeant. »

Se faisant, on se rapprocherait un peu de la démarche que préconise Edgar Morin. Face au système capitaliste, mettre en avant les principes, les méthodes, les statuts et les instances de l’ESS non pas pour une opposition frontale mais pour un grignotage progressif

https://www.lemonde.fr/idees/article/2010/01/09/eloge-de-la-metamorphose-par-edgar-morin_1289625_3232.html
https://www.lelabo-ess.org/un-changement-de-cap-civilisationnel-edgar-morin.html

sauf qu’il faut faire vite car le système capitaliste qui a pour lui, une croyance inébranlable en son éternité fait ici la preuve de sa capacité à évoluer, faire en sorte que « tout bouge pour que rien de change »

Le temps presse car comme nous le dit encore Edgar Morin https://blogs.mediapart.fr/edgar-morin/blog/180615/une-civilisation-veut-naitre «  aujourd’hui il faut comprendre l’alternative : nouvelle civilisation ou barbarie. »

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Un commentaire pour RSE, Développement durable, entreprises à mission : Ainsi parla Zarathoustra

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