ESS/RSE : Statut n’est pas vertu

J’ai tenté d’expliquer il y a de cela bientôt 10 ans que les différents statuts dont peuvent se revendiquer les entreprises de l’économie sociale n’en faisaient pas pour autant et automatiquement des entreprises vertueuses. A mes yeux, un seul statut apportait quelques garanties que les grands principes de l’ESS enrichis des pratiques de RSE seraient respectés, celui des société coopératives d’intérêt collectif, les SCIC, ne serait-ce qu’à cause de l’obligation d’associer les parties prenantes au capital et à la gouvernance de la coopérative dans le cadre de collèges clairement identifiés

Le site de la fédération nationale des SCOP est d’ailleurs explicite sur ce sujet quand il présente les enjeux de ce statut http://www.les-scic.coop/sites/fr/les-scic/
« Choisir : Scic ou pas Scic ?
Vous portez un projet qui se veut autant efficace économiquement qu’utile socialement ?
Vous voulez associer divers parties-prenantes dans ce projet : des salariés, des clients, des bénéficiaires, des financeurs, peut-être des collectivités locales, …. ?
Vous avez l’intuition que le statut Scic conviendrait bien ? Vous n’êtes pas encore sûr ou vous avez besoin d’argumenter ce choix ?

Choisir le statut Scic c’est choisir une société coopérative pour gérer un projet qui présente deux caractéristiques fondamentales et indissociables :
* Un projet économique viable : une activité que vous souhaitez mettre en place et qui peut se développer, créer des richesses et du travail (salariat, maintien d’emploi).
* Un projet d’intérêt collectif : une dynamique collective avec des parties-prenantes qui auront un lien différent avec l’activité (lien d’usage, de production, de fournisseur…) et qui ont décidé d’agir ensemble pour être plus forts. »

C’est pourquoi, on ne peut qu’être surpris que des organisations dont une au moins a pour fonction essentielle d’influencer les pouvoirs publics et l’opinion en faveur des entreprises commerciales qui les composent aient choisi ce statut pour contrer des initiatives citoyennes de meilleure information des consommateurs https://www.mediapart.fr/Le lobby agroalimentaire part en guerre contre les applis citoyennes

Pour bien comprendre le contexte de cette affaire qui nous concerne tous, l’enjeu autour de ce projet, c’est l’information des consommateurs sur les produits qu’ils boivent et mangent quotidiennement et cela va dans la continuité de l’affichage Nutri-Score dont ni les industriels, ni la grande distribution ne veulent car correctement appliqué, ce dispositif mettra en évidence l’hypocrisie des campagnes de conseils nutritionnels que financent certains protagonistes du projet num-Alim alors que dans le même temps, ils remplissent les rayons des grandes surfaces, et donc votre chariot de courses, de produits dont la composition va à l’encontre de ces conseils.

Oh ! Lors de la présentation du projet, l’affichage a été des plus vertueux comme en atteste la présentation qui en est faite par l’ANIA, le lobby agro-alimentaire : https://www.ania.net/recherche-innovation/num-alim, « un projet global et collectif » « données ouvertes, fiables et exhaustives »

Le propos est repris en des termes un peu différent par le fonds français pour l’alimentation et la santé FFAS : http://alimentation-sante.org/2018/07/le-projet-num-alim-pour-organiser-la-transition-numerique-dans-la-filiere-alimentaire/ , «  les outils numériques se sont développés sans la participation active des fabricants qui veulent maintenant retrouver la maîtrise des informations qui concernent leurs produits »

Il s’agit donc bien d’une bataille de communication, entre d’un côté des producteurs qui vantent les mérites des produits qu’ils vendent et de l’autre de consommateurs qui évaluent des produits qu’ils voient.

En toute bonne logique, si cette SCIC veut réellement atteindre les objectifs qu’elle affiche, il serait bon que ces deux points de vue se confrontent, entre d’un côté le message que veulent faire passer des entreprises qui sont fières de ce qu’elles produisent et de l’autre le message que veulent faire passer des consommateurs qui sont soucieux de la qualité de ce qu’on veut leur faire ingurgiter. C’est du moins ainsi que je conçois « un projet d’intérêt collectif, c’est à dire une dynamique collective avec des parties-prenantes qui auront un lien différent avec l’activité (lien d’usage, de production, de fournisseur…) et qui ont décidé d’agir ensemble pour être plus forts. ». Il serait donc bon aussique ces organisations de consommateurs et d’autres encore soient parties prenantes de cette SCIC, ce qui suppose entre autre que l’accès aux informations qui nourriraient cette plate-forme numérique soit ouvert et gratuit. Pour l’instant ce n’est pas le cas, ce qui laisse planer un léger voile de doute sur les intentions réelles des promoteurs de cette application. Nulle doute que les dirigeants d’une des plus grandes entreprises agro-alimentaires, DANONE, auront à cœur, avant la mise en œuvre effective de cette plate-forme, de lever ces incertitudes, eux qui, dès l’année dernière, avaient pris la tête de la croisade pour l’inscription dans la loi PACTE du statut « d’entreprise à mission » en application de leur engagement marqué pour la RSE. Ou peut-être n’est-ce là qu’une forme plutôt subtile de greenwashing ?

Pour aller plus loin :

Présentation des promoteurs du projet num-alim

ANIA https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_nationale_des_industries_alimentaires clairement un lobby
FFAS http://alimentation-sante.org officiellement pas un lobby et un discours très ouvert mais la composition du CA montre le contraire/
GS1https://fr.wikipedia.org/wiki/GS1_France neutre en ce qui concerne les relations BtoB
Fondation AVRIL http://www.fondationavril.org/ l’objet de la fondation, les valeurs de la ruralité est éloigné de l’objet de la SCIC. Par contre en la décrivant comme le représentant de l’amont de production, il est clair que ANIA parle en fait de l’entreprise AVRIL dont la Fondation n’est en l’occurrence que le faux-nez : https://fr.wikipedia.org/wiki/Avril_(entreprise)

Pour aller plus loin encore, voici les liens vers deux des applications à disposition des consommateurs
Yuka,
Open Food Facts,

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