Mieux vaut en rire- rubrique décidément inépuisable- n°173 : SNCF, la i-mobilité durable !

«Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. »Beaumarchais
« L ‘humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. »PierreDesproges
« parce que le rire est le propre de l’homme. » Rabelais

J’aurai tout aussi bien pu appeler cette rubrique : « SNCF, pari gagné avec 15 ans d’avance »

En effet, Je ne pense pas que l’éminent cerveau qui dirige depuis très longtemps cette entreprise qui fut un fleuron du service public pensait à la situation que je vais décrire quand il a lancé à Montréal cette rodomontade qui n’a pas grand sens à si longue échéance : https://www.ouest-france.fr/Guillaume Pépy, président de la SNCF : « Notre objectif est d’être 100 % neutres en carbone d’ici 2035 »

Les faits sont les suivants : SNCF, Etablissement Public Industriel et Commercial (EPIC la bien nommée quand on connaît la suite) a réussi à garder dans quelques uns de ces trains, plusieurs centaines de passagers, pendant 5 longues heures en ne consommant quasiment aucune énergie. Et pour cause, ces trains étaient à l’arrêt, parfois en gare, parfois non et dans ce dernier cas , gare !, car il est interdit de sortir. Bref, le bilan carbone de ces 5 heures est excellent. J’ai donc envie de dire « Pari gagné, Monsieur Pepy ! » sauf que j’allais oublié juste un point : le but de la SNCF, ce n’est pas « d’être neutre en carbone », qui est un slogan dans l’air du temps, mais bien de transporter des voyageurs d’un point à un autre, dans des conditions de confort acceptables, dans un délai défini par avance.

Sur le TER Rennes-Brest 855857 du 7 juin 2019, aucune de ces obligations n’ont été remplies. Il faut dire que tout avait mal commencé avec l’impression du billet. De grâce, évitez de prendre vos billets sur Internet si votre train n’est pas un TGV ou un Inter-cités, sinon c’est la galère. En effet, un site qui s’appelle SNCF quelque chose, qui vous donne les horaires et les tarifs SNCF de trains circulant sur des voies SNCF, eh bien ce n’est pas SNCF et donc les bornes SNCF à partir desquelles vous êtes pouvez imprimer vos e-billets ne peuvent rien pour vous. Et inutile d’aller aux guichets de délivrance des billets qui pourtant délivrent toutes sortes de billets (TGV, TER, Inter-cités, etc..), ils ne peuvent rien pour vous « Il ne fallait pas acheter vos billets sur Internet ! » est la seule réponse. Un chef de rayon un peu plus service public vous imprime quand même le billet tout en vous faisant remarquer qu’il n’était pas obligé de le faire, qu’il a travaillé « pour la concurrence » et que de toute façon, c’était écrit sur votre réservation « à imprimer à la maison » et en plus petit, tout en bas, près des informations légales « billet non imprimable en gare » , mais qui va lire les « informations légales », je vous le demande!De l’art et la manière de rendre service en se rendant parfaitement désagréable !

Muni de ce précieux papier (format A4, très pratique!), vous voilà donc prêt à affronter en toute quiétude les contrôleurs dans le train. Au passage, vous avez appris que :
-pour le même prix, vous faites le travail d’une personne au guichet pour tout ce qui concerne l’obtention d’un billet ( à quand prendre la place du conducteur?),
-les trains régionaux, ce n’est plus la SNCF mais « la concurrence »
-il vaut mieux avoir chez soi une imprimante en état de marche, ou un téléphone intelligent capable d’accepter une application de plus
-il est préférable de faire 20 kilomètres(bonjour le bilan carbone…. pourvu que vous ayez une automobile!) pour aller à la gare la plus proche de chez vous pour retirer au guichet, en espérant qu’il y aura quelqu’un derrière ce guichet à ce moment-là, un billet vous permettant de faire un trajet régional, c’est à dire de moins de 200 kilomètres . Au-delà, parce que c’est SNCF, pas besoin de faire ce déplacement inutile, les e-billets sont reconnus par tout le monde.

Bon, vous voilà à bord, un peu à la ramasse car pour une raison qui n’a jamais été dite, le quai de départ ne vous a été annoncé qu’à 17:01 pour un départ à17:02 ; c’est dire la bousculade dans les escaliers pour monter à bord.

Bon, tout le monde est installé , on peut partir, à 17:06 mais ce n’est pas grave, les 4 minutes seront rapidement rattrapées.

Pendant les 100 premiers kilomètres, rien à dire : arrivée à Saint Brieuc à peu près à l’heure. 2 minutes d’arrêt et on repart. Et bien non ! On ne repart pas . 5 minutes, toujours rien. 15 minutes, toujours rien. Une demi-heure, une annonce « notre train est arrêté en gare de St Brieuc (ça, on l’avez remarqué!) suite à une panne d’alimentation. » Bon, nous voilà au courant ! Et puis plus rien, jusqu’à ce qu’un train passe dans l’autre sens. Ah bon, il n’y a du courant mais sur l’autre ligne. Et personne dans le train pour nous dire quoi que ce soi. On dépend de la bonne volonté du conducteur qui veut bien nous dire ce qu’il sait. Nous saurons plus tard qu’il ne sait pas grand chose de plus que nous. Toujours est-il qu’au bout d’une bonne heure d’attente, le train repart.

C’est la fin de la galère, espère-t-on car après tout, nous avons déjà dépassé l’heure à laquelle nous devions arrivés à destination. Au bout de 30 kilomètres environ, ralentissement ! Aïe ! Ce n’est pas bon signe, pas bon signe du tout même puisque le ralentissement se transforme en arrêt, en pleine voie. Parait-il qu’on voit les clochers de Guingamp à un kilomètre de là. On aurait quand même pu aller jusqu’à la gare afin qu’on puisse nous donner quelque chose à boire car cela fait maintenant près de trois heures que nous sommes dans le train. Mais que se passe-t-il donc ? Une annonce très rapidement « Notre train est arrêté en pleine voie (merci de confirmer ce que nous voyons tous !) , veuillez ne pas tenter de descendre sur les voies (pourquoi ? Un train pourrait passer?) » et puis plus rien pendant une demi-heure. Enfin, un début d’explication « Il n’y a aucune voie de disponible pour nous accueillir en gare de Guingamp. Il faut attendre que le TGV qui est actuellement en gare soit parti pour pouvoir avancer. » Voilà donc deux informations en une : la première, c’est que le TGV va (peut-être)repartir et ça c’est une bonne nouvelle, et la seconde, c’est que les quais de la gare de Guingamp ne sont pas assez longs pour accueillir à la queue-leu-leu un TGV et un TER et ça j’ai du mal à le croire connaissant la longueur du quai.

Bon finalement, avant que la nuit ne tombe, on repart…pour faire 800 mètres et s’arrêter en gare de Guingamp. Et là, le scénario se reproduit, de Guingamp, on ne repart pas En Avant. On reste et on restera encore une heure et demi. Entre deux, le train se sera un peu vidé : des équipes de foot cadettes et minimes, parties de Montepellier ou de Toulouse, tôt ce matin, sont récupérées par leur car qui les attendait depuis 3 heures en gare de Morlaix, des gens se sont arrangés entre eux pour affréter un taxi allant dans une direction commune mais le train s’est également remplis de personnes venant du TGV précédent ; allez savoir pourquoi on les a fait descendre d’un train qui partira devant pour monter dans un train qui partira…quand il pourra.

Maintenant que la nuit est bien tombée, ça commence à ressembler à « naufrage sur la voie », mais à force de glaner des informations auprès du conducteur, du chef de gare, on finit par apprendre qu’eux-mêmes n’en savent pas plus, que des arbres sont tombés sur la voie, que la locomotive d’un train précédent a pris un sérieux coup sur le capot et que toute la hiérarchie au siège régional de la société (est-ce encore SNCF ou est-ce « la concurrence » qui s’appelle aussi SNCF d’ailleurs?) est aux abonnés absents. Il est vrai que la veille d’un long week-end, alors qu’une violente tempête était annoncée, il n’y avait aucunement lieu de s’inquiéter et qu’on pouvait partir tranquille pour une fin de semaine bien méritée. Pour nous faire patienter, le conducteur fait d’une voix timide, à intervalle régulier, la même annonce : « Je n’ai rien de nouveau à vous annoncer. Je vous préviendrai quand la voie sera de nouveau libre. » La première fois, on peut goûter à l’humour de l’annonce, la troisième fois, le comique de répétition ne fait absolument pas d’effet.

Enfin, on repart et là, sans anicroche, le train arrive en gare de Morlaix à 23:57 soit 5 heures et 14 minutes après l’horaire prévu.

Quelle fut pas ma surprise le lendemain, en consultant mon journal local en ligne préféré que les journalistes pouvaient suivre quasiment en direct les péripéties de ce trajet épique (EPIC?). Si certains de nos compagnons de galère avaient des proches qui avaient la bonne idée d’être abonnés aux alertes actualité de ce journal, ils ont pu être tenu au courant par SMS de l’état de la situation. Encore une illustration du « do it yourself » à la mode SNCF : « Lisez votre journal en ligne grâce à une appli sur votre smartphone, et vous serez informés de ce qui se passe dans votre train. » Et j’ai envie d’ajouter « Et si vous aviez l’amabilité d’en informer le contrôleur ce serait super, nos personnels n’étant pas habilité à installer des applications commerciales sur leur téléphone de service. »

Tiens, à propos de contrôleur, nous qui nous étions escrimés pour avoir un papier justificatif de notre billet dans l’attente d’un contrôle, nous n’avons pas vu l’ombre d’un contrôleur. Ceci explique tout : ce train était sans contrôle.

Pour tirer une leçon de cette mésaventure qui n’était peut-être pas évitable, pour ce qui est des dégâts matériels causés par les intempéries mais parfaitement évitable pour ce qui est des désagrément qui en suivirent, je dirai qu’il suffit de continuer comme cela pour que Monsieur Pépy atteigne son objectif à l’horizon 2035 ; le bilan carbone de SNCF sera non seulement neutre mais nul, puisque SNCF aura disparu, victime de l’incurie de ceux qui la dirigent à différents niveaux de la hiérarchie.

Post-scriptum en guise de corrigendum : après vérification auprès d’une autre passagère, compagne de galère, il semblerait qu’il y avait bien quelqu’un qui aurait pu être un contrôleur à bord et que même, c’était lui qui faisait les annonces mais comme il ne s’est pas risqué à vouloir contrôler le billets, le statut de cet agent en uniforme ne peut être attesté.

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