Les enjeux de la mobilité acte 3 comme un avion sans aile

Bien qu’on ne sache pas vraiment pourquoi, nous sommes devenus des gens pressés. Il faut aller toujours plus vite. Certains, qui sont importants ou qui croient l’être vous mettent sous le nez leur agenda surchargé de dates, rendez-vous, réunions et entretiens qu’ils tiennent au 4 coins de la planète pour justifier cette frénésie.

Donc plus on leur réduit le délai pour aller d’un point à l’autre, mieux c’est et pour leur complaire les moyens de transport rivalisent pour leur proposer la solution la plus rapide. Et à ce petit jeu, l’avion dispose d’un avantage indéniable dès qu’on dépasse les 1,000 kilomètres.

Il est pourtant communément admis pourtant que le transport aérien est le mode de transport ayant le pire bilan carbone. C’est vraisemblablement ce qui a décidé des Suédois qui, décidément, sont des gens très civiques à lancer un mouvement de boycott du transport aérien : https://www.novethic.fr/en Suède, le « flygskam », la honte de prendre l’avion, fait chuter le trafic aérien

C’est vrai que, intuitivement,on sent que ces énormes réacteurs, qui font un boucan de tous les diables, quand on les lance à fond pour décoller, doivent pomper une quantité énorme de kérosène. Le gigantisme des moteurs, le niveau sonore, la sensation de puissancequ’on perçoit au décollage, voilà autant d’éléments qui dans notre inconscient classe l’avion, notamment le long-courrier dans la catégorie « gros pollueur ».

C’est pourquoi la lecture de cet article, qui se veut technique, m’a laissé dans un premier temps rêveur :https://www.ouest-france.fr/Les vrais chiffres de l’impact des voyages en avion sur le climat J’étais loin d’imaginer que descendre en voiture de Paris à Marseille, tout seul dans ma berline, présentait un bilan carbone aussi calamiteux que si j’avais pris un vol Orly-Marignane.

Donc, cela devrait me déculpabiliser de prendre l’avion, même si je ne suis pas un gros utilisateur de ce moyen de locomotion mais deux autres arguments devraient me faire réfléchir un peu plus.

Le premier est purement d’ordre toxicologique : les avions ne font pas qu’emettre du CO², ils envoient aussi dans l’atmosphère des tas d’autres salétés, qu’ils sont les seuls ou presque à emettre. Le second est beaucoup plus d’ordre comportemental : en général quand on prend l’avion, ce n’est pas pour aller en banlieue et donc c’est la longue distance qu’induit tout transport aérien qui est cause de pollution.

Alors que faire puisque dans ces cas-là, l’utilisation de l’avion est souvent la seule pratique ? Ne plus aller en vacances aux Antilles ou en Thaïlande ? Renoncer à participer à la COP 26 à Santiago du Chili ? Il s’agit de choix difficiles. En effet réduire les vacances au loin, c’est aussi en bonne logique, accepter que les ressortissants des autres pays en fassent autant, ce qui voudrait dire « finis les cars bourrés de Chinois » qui font le tour des monuments français en 48 heures chrono avant de repartir en avion pour leur lointain pays. Cela veut dire également « finies ces réunions si chaleureuses entre militants alternatifs » en marge des réunions internationales sur le climat.

Comme on ne peut pas aller contre cela, on peut au moins éviter d’aller dans le sens du vent et accélérer la croissance du trafic aérien. L’initiative prise par les Suédois a au moins cet intérêt qu’elle nous fait réfléchir et que chez eux, la courbe a commencé à s’inverser ; mais là, un responsable du trafic aérien a trouvé une autre explication : c’est l’instauration d’une taxe qui a enclenché ce mouvement de reflux. En général, je ne suis plus tellement favorable à la taxe écologique quand elle est punitive et qu’elle grève le budget des plus modestes mais comme en l’occurence, il ne s’agit majoritairement pas de bénéficiaires du RSA, cela me gêne déjà beaucoup moins. Mais il faut le faire avec détermination et non pas frileusement comme le fit Jacques Chirac https://fr.wikipedia.org/wiki/Taxe_de_solidarité sur_les_billets_d’avion .

Cela dit la première mesure fiscale, qui serait à la fois de bon sens et de bonne justice, serait de supprimer l’exonération dont bénéficient toutes les compagnies aériennes , dans le monde entier. Mettre immédiatement le kérosène au niveau de taxation du diesel en France serait peut-être excessif mais déjà appliquer un taux significatif, le taux suédois par exemple, serait un signal fort envoyé aux compagnies aériennes et aux avionneurs pour les pousser à accélérer leur mutation. Mais afin d’éviter toute tentative de contournement par des compagnies aériennes dont certaines ont largement démontré que le civisme n’était pas dans leur ADN, une telle taxe ne pourra se mettre en œuvre qu’au niveau européen. Accessoirement, car ce n’est pas le but recherché, cela constituerait pour l’Union Européenne, une nouvelle ressource propre, ce qui en ces temps de disette budgétaire, est toujours bienvenu : https://www.euractiv.fr/Une initiative citoyenne réclame à Bruxelles une taxe sur le kérosène

Et si on veut aller jusqu’au bout de la démarche vertueuse, ces sommes ainsi collectées pour servir à aider l’industrie aéronautique à développer plus vite des solutions techniques alternatives. Là non plus, ce ne serait pas du luxe car l’horizon est bien lointain en matière de recherche dans ce domaine : L’aviation civile peine à se décarboner

En attendant, certains proposent d’interdire toutes liaisons aériennes intérieures partout où il existe une liaison TGV. L’idée est intéressante, mais dès qu’on sort le mot « interdire » sans plus, cela me fait un peut frémir.

Mais ceci est une autre histoire sur la quelle je reviendrais demain.

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