Détourner l’attention

C’est un grand classique en matière de communication : quand un sujet vous met dans l’embarras et que vous savez que vos arguments sont difficilement défendables, la meilleure solution pour s’en sortir, c’est de détourner l’attention, en général en désignant une autre cible.

C’est par exemple ce qu’avait tenté un sénateur normand afin de jeter le trouble autour d’un rapport parlementaire sur les méthodes d’évaluation de la dangerosité des produits par les agences étatiques et communautaires. Ça a failli marché mais la ficelle était quand même un peu grosse de comparer la dangerosité du glyphosate, produit que nous ingérons à notre corps défendant si je puis dire et surtout à notre insu, et la viande rouge que nous choisissons ou non de consommer.

Après tout, il avait été bien conseillé en choisissant de s’attaquer à la viande rouge sachant que, par ailleurs, d’autres campagnes menées contre l’alimentation carnée, au nom de la protection de l’environnement, semblaient donner de bons résultats. Et pourtant si certains arguments ne manquaient pas de pertinence comme la consommation de sols et d’eau que nécessite un kilo de viande rouge, d’autres paraissaient plus saugrenus comme les émanation de méthane relâchées naturellement par les ruminants.

Notez au passage que cet argument est un autre voie de détournement utilisés par d’autres « influenceurs » pour tenter de faire oublier que les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre restent les moteurs thermiques, quel que soit l’usage qu’on en fait. Une vache qui pète serait, potentiellement, aussi dangereuse pour le climat qu’un SUV 4×4 avec une personne à bord en plein embouteillage parisien. Pourquoi pas, si certains y croit !

La nouvelle cible de ces manœuvres de diversion est la biodiversité. Prenez par exemple cet article paru dans un journal qui a parfois des positions moins ambiguës sur les questions de développement durable https://www.ouest-france.fr/Les vers de terre rejettent du CO2, faut-il s’en inquiéter Initialement l’article s’est aussi titré : « Les vers de terre menacent-ils la planète ? »
Là, c’est carrément anxiogène : ces êtres vivants en forme de ver me rappellent certains films de science-fiction avec l’invasion de notre planète par des extra-terrestres vermiformes.

Mais vous imaginez, ces petites merveilles de la nature qui transforment nos ordures en compost , ce petit ver que chez nous on appelle le Buzuk, seraient devenus une menace pour notre climat.
Bon si on s’arrête à la lecture des titres, on est effondré car après ça, que nous reste-t-il comme solution ?
Comme vous êtes comme moi un esprit curieux, vous avez lu l’article en entier. Curieux quand même cette thèse de la race invasive qui a éliminé les autochtones, ça rappelle quelque chose. Heureusement que la fin de l’article est une ode à la diversité et à l’harmonieuse cohabitation des trois races de vers.

Mais enfin, là encore, en nous montrant la petite tâche en bas à droite du tableau, n’essaye-t-on pas de nous faire oublier qu’au milieu il y a un spectacle encore moins ragoûtant. Car franchement, vous ne me ferez jamais croire que même un grand bocal de vers mangeurs de feuilles, émet autant de CO² qu’un ruminant et donc encore moins qu’un 35T traversant l’Europe d’un bout à l’autre pour essayer de faire se rapprocher les quelques ingrédients de mes raviolis en boite préférés.

Du coup que doit-on penser de cette autre information concernant la capacité de notre planète à réparer les dégâts que nous lui causons : https://www.novethic.fr/les plantes absorbent 30 % du CO² mondial mais cela pourrait ne plus durer Ainsi, ce ne sont pas que les Buzuk qui nous lâchent, ce sont toutes les plantes qui seraient en train de faire défection ! Bon ! Ben, si c’est comme ça, il ne nous reste plus qu’à tirer le rideau puisque la planète A rend les armes et qu’il n’y a pas de planète B.

Mais peut-être serait-il plus utile de s’intéresser plutôt aux causes des dégâts qu’aux défaillances des solutions pour y remédier. C’est ce que font certains en s’en prenant à la forte croissance des voyages aériens, liés au tourisme de masse et à la montée en puissance des compagnies slow-cost.

Et c’est là que je viens de découvrir une des plus belles tentatives de détournement de l’attention par les services de communication d’une compagnie aérienne : https://www.ouest-france.fr/Comment passer au « zéro déchet » à bord des avions

Revenir aux couverts en métal dans les plateaux repas ? Vous n’y pensez pas ! On utilise du compostable, c’est plus vert ! Oui mais en attendant, l’avion continue à rejeter toujours autant de CO² dans l’atmosphère et comme les buzuks boréaux ont une indigestion de feuilles et que les plantes sont trop stressées pour avaler du dioxyde de carbone à haute dose, que va-ton bien pouvoir faire ?

Par exemple, on pourrait se poser la question de la pertinence de notre modèle de production et de consommation, non ? C’est sûrement plus utile que l’analyse des pets de vache ou des paresses intestinales des lombrics. Mais ça ne fait pas vendre du papier,ça ? Ben, justement….

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