Déchets : mettre la poussière sous le tapis.

L’accumulation des déchets est la conséquence la plus évidente de notre modèle de consommation, notre incapacité à les éliminer -proprement s’entend- la preuve que notre modèle d’organisation économique est faillible.

Deux exemples viennent étayer, par l’absurde, ce constat.

Je suis allé chercher le premier dans cette publication nucléophile dont je reprends volontiers certaines analyses tant leur manque de pertinence sert mes démonstration. Ainsi donc l’Energeek (déjà un nom pareil, cela devrait être interdit par l’Académie) avait décidé de nous parler des déchets avec un titre où il était question de désacralisation : https://lenergeek.com/2019/04/18/NUCLÉAIRE : VERS UNE MOINDRE SACRALISATION… DES DÉCHETS ? (TRIBUNE)
Bonne idée me dis-je ! Rappeler que l’énergie d’origine nucléaire, même si on sécurise l’exploitation au maximum afin d’éviter un nouveau Tchernobyl ou un nouveau Fukushima (et l’exemple de l’EPR français ou finlandais semble montrer qu’en la matière les standards de sécurité sont en train de baisser par rapport à ce qu’on a connu dans les années 80), même si on sécurise au maximum les transports de matières irradiées pour les faire retraiter, il restera toujours ce problème qui , comme le sparadrap du capitaine Haddock, colle au doigt des dirigeants de tous les pays qui ont misé massivement sur le nucléaire : on ne sait pas traiter les déchets irradiés. Au mieux on sait les stocker. ET c’est sur ce dernier point finalement qu’insiste cet article, QUE JE VOUS INVITE FORTEMENT A LIRE, pour développer tout un discours sensé décrédibiliser la démarche des anti-nucléaires avec les arguments suivants :
* Certains caricaturaux
« Expliquez-leur donc que 1,5 million de mètres cubes de déchets radioactifs ne sont pas un immense tumulus qui risque de s’effondrer et nous écraser d’une masse irradiante » 
« Oeuvrez à défaire l’image d’un trou dans lequel on jette des fûts avant de reboucher à la va-vite »

Personne ne soutient que le projet de site d’enfouissement profond de Bure c’est la même chose que les containers lestés largués au large de La Hague.
* D’autres plus techniques
Bien au contraire, les opposants au projet ont bien analysé la nature de Cigéo et conteste la sécurité géologique du confinement . C’est sur ce sujet un débat d’experts entre eux et ceux qui reprennent cet argument
« Décrivez l’organisation du confinement en plusieurs couches adaptées à la nature des déchets »
* L’un est surprenant.
« si l’on parle de X tonnes de déchets dangereux, entreposés ou stockés, qu’est-ce par rapport à d’autres déchets industriels dangereux ? »
C’est oublier un peu vite que là où l’industrie charbonnière raisonnait en millions de tonnes, là où l’industrie pétrolière raisonne en millions de barils, l’industrie nucléaire raisonne en tonne et qu’au kilo, le déchet irradié de plutonium est peut-être plus dangereux qu’une tonne de déchets métalliques. J’en mettrai toutefois pas la main au feu, je laisse cela aux débats d’experts
* Le dernier argument est carrément désopilant
« L’échelle humaine en 10 à 102 ans, l’échelle des déchets en 103 à 105 ans, l’échelle géologique à 106 ans et plus. »
Déjà écrire comme cela dénote un rapport au vivant un peu particulier : traduit en langage courant , ça se lit l’espérance de vie se situe entre dix et dix au carré. Pour être plus précis, l’auteur, sûrement ingénieur, peut-être Polytechnicien aurait même pu écrire que l’espérance de vie était de « 9² ans » soit 9 fois 9 qui égale 81 ans. Ensuite c’est le meilleur argument apporté à ma démonstration. En effet, nous vivrons, pour la plupart d’entre nous je vous le souhaite 80 ans ou plus. Nous ne verrons jamais, ni nos enfants, ni nos petits-enfants ni même jusqu’à la centième génération (c’est à dire dans 2 millénaires et demi) la fin de la nocivité de ces déchets, qui seront donc toujours déchets quand nous ne serons plus.

Même si la cachette est supposée sûre, on a quand même caché la poussière sous le tapis mais comme cette poussière est radio-active, je ne peux me contenter d’un « supposée sûre ».

Si on rajoute à cela que, non seulement ces nucléophiles se fondent sur cette « solution » pour demander le maintien du programme nucléaire mais qu’en plus certains d’entre eux, les plus enflammés, demandent son développement, on voit tout de suite qu’on bascule dans la farce tragique : le Sapeur Camembert est condamné à creuser de plus en plus de trous pour cacher un tas de poussières qui ne cesse de grandir et quand on connaît la peine qu’on a eu à trouver UN premier site….

L’autre exemple de l’absurdité de la gestion mondiale des déchets, je suis allé le chercher à l’autre bout du monde, ou plutôt au centre du monde nouveau, dans cet Empire du Milieu qui nous fait si peur, la Chine : https://www.letelegramme.fr/ Déchets. Le recyclage en plein chaos depuis que la Chine a fermé sa poubelleComme beaucoup d’entre nous, je me demandais comment disparaissaient ces millions de tonnes de déchets que nous produisons.
Certes j’avais vu en périphérie des grandes villes ces usines d’incinération, reconnaissables à leur grande cheminée, pour favoriser la dispersion des fumées, nocives je suppose.
Certes j’avais entendu parler des centres d’enfouissement ultimes.
Certes j’avais entendu parler des centres de tri et des petites unités de recyclage de certaines matières comme certains plastiques ou les textiles, qui grâce à ça retrouvent une nouvelle vie.
Certes, j’avais aussi entendu parlé de ces bateaux qui allaient déverser en Afrique mais aussi dans certains pays pauvres d’Asie du Sud-Est toutes sortes de déchets toxiques .
Mais j’étais loin de penser que la grande usine de recyclage de nos cochonneries, c’était la Chine. A priori, le cercle était parfait, illustration d’une forme d’économie circulaire en quelque sorte. Le pays-usine Chine produisait à bas prix des produits dont la conception et la durée de vie en faisait des déchets à brève échéance et gagnait de l’argent là-dessus ; puis elle récupérait ces déchets pour les éliminer et refaisait de l’argent là-dessus. Le tout était financé, au titre du principe pollueur-payeur par une forme d’écotaxe que les consommateurs des pays développés, « bien-pensants » payaient en fin de compte puisque ce surcoût était incorporé dans le prix de vente final. En fait ces « bien-pensants » pensaient mal puisque ces déchets n’étaient pas recyclés de façon vertueuse, mais tout simplement détruits là où on ne pouvait les voir, ni les sentir, dans les provinces reculées de la Chine. Mais il se trouve que le Chinois moyen a deux yeux, un nez et un cerveau et que ce qu’il voyait et qu’il sentait lui a donné l’idée que quelque part, on se moquait de lui. Comme dans ce pays, les autorités veulent éviter tous les sujets de contestation massive, la porte s’est fermée et du coup, la poussière qui partait sous le tapis est revenue à la surface. A quoi servait donc tous ces dispositifs sensés financer le « retraitement » des déchets? A quelque chose peut-être mais en tout cas pas à résoudre de façon écologique le problème des déchets.

Mais comme le marché, comme la nature, a horreur du vide, il est vite apparu à certains que cette crise pouvait se transformer en Eldorado : https://www.fidelity.fr/2019-02-20Dossier : « La gestion des déchets, nouvelle source de croissance verte »

Comme c’est confidentiel, je n’ai pas pu ouvrir le dossier mais dans la mesure où le site qui le présente n’est pas dirigé par des philanthrope mais qu’il s’agit en fait de spécialiste en placement financier https://www.fortuneo.fr/assurance-vie/fidelity-gestion nul n’est besoin d’être devin pour comprendre le sens du message. Déjà l’utilisation de l’oxymore « croissance verte » nous donne une indication. Au point où en sont arrivées les économies développées, toute croissance supplémentaire, mesurée avec le seul PIB, ne peut être que destructrice : la croissance ne peut pas être « verte ».

Je ne saurai terminer ce long article sur les déchets sans dire un mot d’un autre aspect de la gestion des déchets que j’ai à peine évoqué plus haut : le fait que l’Afrique joue, à son corps défendant, un rôle non négligeable dans cette dissimulation de la montagne de déchets :
https://www.francetvinfo.fr/L’Afrique reste désarmée face aux déchets électroniques qui s’accumulent
https://www.info-afrique.com/L’enfer des déchets toxiques en Afrique

Lisez ces deux articles, ils sont instructifs. Notamment, vous y découvrirez qu’on retrouve en Afrique…des fûts de déchets radioa-actifs.

Tiens!Tiens ! La boucle est bouclée. Il y a bien de la poussière sous la tapis et nous savons qui sont les grands dégoûtants qui l’y ont mise.

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