Trouver des sous 2/3 : les coupes budgétaires

Afin de respecter les (encore) sacro-saints « critères de Maastricht » l’État français est sommé de trouver rapidement des sous pour combler son déficit budgétaire et d’autant plus que depuis que, pour des raisons de politique intérieure, le gouvernement actuel a décidé de desserrer un peu les cordons de la bourse, notamment là où il avait naguère serré fort.
Quand on a des difficultés à boucler son budget, qu’il soit familial ou national, il n’y a pas trente six solutions. Personnellement, j’en vois trois :
-réduire ses dépenses
-augmenter ses revenus
-vendre les bijoux de famille

Les coupes budgétaires

C’est la deuxième option pour trouver des sous. Pour qu’elles soient efficaces les coupes budgétaires doivent être franches. La politique des « coups de rabots » mis en avant par le Premier Ministre qui dirigeait « un Etat en faillite » mais fit croître le déficit public de près de 50 % en 5 ans a montré ses limites. Notamment, en répartissant l’effort sur toutes les politiques, les plus utiles comme les autres, elle ne permet pas de faire des choix stratégiques.
On sait que les gros postes budgétaires sont l’Education Nationale, La Défense, les aides aux entreprises et les interventions sociales.
Or pas question de toucher à la première, c’est la priorité n°1 affichée par le président et c’est normal : on investit dans la meilleure force d’avenir, l’intelligence de notre jeunesse.
Les interventions sociales, même si elles coûte « un pognon dingue » ont montré leur efficacité depuis la crise financière de 2008 ; alors que beaucoup de pays payaient cash le trou d’air créé par l’inconscience des autorités monétaires et financières américaines, la France a réussi à amortir le choc. Depuis, les conséquences dans la plupart de ces pays sont le retour en force des travailleurs pauvres et même si cela devient de plus en plus sensible en France, le modèle social que nous avons évite une paupérisation trop rapide d’une partie de la classe moyenne. Donc on n’y touche pas ou alors avec beaucoup de précaution.
Les aides aux entreprises sont farouchement gardées par un MEDEF très agressif sur le sujet mais comme il s’agit plus de ristournes fiscales que d’aides directes, je traiterai cette question quand il s’agira de parler d’augmentation des ressources et singulièrement de la chasse aux niches fiscales.

Reste donc le budget de la Défense. Nous sommes un pays en paix avec ses voisins. C’est d’ailleurs un des arguments majeurs des défenseurs de l’Union Européenne. Par contre, le monde extérieur à l’Europe est devenu de plus en plus dangereux, entre les organisations non-étatiques dont le but est de détruire les structures sociales des pays développés par le terrorisme afin d’y imposer une dictature théocratique et des Etats qui réarment à grande vitesse avec des visées impérialistes.
La preuve en est cette dépêche d’agence parue le 29 avril 2019 29 AVRIL 2019 /LE CHIFFRE DU JOUR : 1 820 milliards de dollars , Le montant des dépenses militaires dans le monde en 2018, soit leur plus haut niveau depuis 1988.
Ce ne serait donc pas le moment de désarmer ou du moins de baisser la garde. D’ailleurs ce n’est pas ce qu’a fait ce gouvernement-ci qui à augmenté en deux ans le budget militaire d’un peu plus de 10 %. Avec 1,8 milliards de crédits supplémentaires en 2018 et encore 1,7 milliards en 2018, on est sur un taux de progression de 5 % par an, bien au-delà du simple rattrapage de l’inflation. En tout cas, cela place la France dans le peloton de tête des pays qui réarment et comme elle était déjà parmi les plus gros budgets militaires du monde, elle entre même au top 5, détrônant ainsi la Russie, pourtant présentée comme une menace militaire. C’est du moins ce qui ressort de cet article Le monde se réarme à toute allure

L’objectif affiché par la loi de programmation militaire de 2 % du PIB consacré à la défense placerait même la France à un niveau d’effort militaire supérieur à celui qu’affiche la Chine dont tout le monde dit avec effroi qu’elle réarme à tout va.
Mais est-ce bien raisonnable de consacrer ainsi 2 % des richesses créées à s’armer ? Si j’en crois l’article susmentionné, les gros budgets militaires sont les Etats-Unis, la Chine, l’Arabie Saoudite , l’Inde et la Russie, déjà citée. Jusqu’à preuve du contraire, les Etats-Unis sont toujours nos alliés, donc ce n’est pas contre eux que nous devons nous défendre ou alors s’il y avait un changement d’attitude de cet « allié », ce n’est pas la France seule qui serait menacée mais l’entité européenne. Quant aux autres gros budgets militaires, on a du mal à imaginer que cet effort de réarmement soit une menace directe pour notre pays. La Chine a plutôt des visées continentales mais aussi la volonté d’ériger une protection dissuasive contre l’empire qu’elle ambitionne de supplanter, les Etats-Unis. Ces ambitions continentales expliquent d’ailleurs sûrement l’effort qu’en réponse, l’Inde fait également, qui n’est donc pas non plus une menace directe pour la France. L’Arabie Saoudite a elle aussi des visées régionales et si elle représente une menace ce ne sont pas les armes conventionnelles ni l’intervention militaire qui permettrait de la contrer. Reste la Russie. Là non plus, ce n’est pas la France seule qui est menacée mais peut-être est-ce l’Union Européenne tout entière qui devrait apprendre à mieux se méfier de ce voisin un peu aux abois.

Alors pourquoi cet effort aussi important ?

En premier lieu, au passif du budget, il y a ce qu’on appelle les OPEX, c’est à dire l’intervention de forces armées françaises à l’extérieur de nos frontières. Essentiellement en Afrique Sub-saharienne, elle vise à aider les pays du Sahel à lutter contre des attaques de bandes terroristes. Se faisant, non seulement elle remplit ses engagements pris dans le cadre d’accords de coopération militaire mais en plus elle pense endiguer à la source une autre grande menace contre notre sécurité intérieure, le terrorisme sur fond de fanatisme religieux, qui ne touche pas que la France mais la plupart des pays européens.
En deuxième lieu, la France est un important producteur et exportateur d’armes mais qui a de plus en plus de mal à placer ses productions face à une concurrence rude de la part notamment de nouveaux pays producteurs et afin de rendre les prix attractifs, il convient de réduire les prix de revient en allongeant les séries de production. A défaut de trouver tout de suite preneur, ses matériels viennent donc remplir nos arsenaux. Notons toutefois que cet effort d’équipement important , plus de 19 milliards d’euros, se fait au détriment de la maintenance. Nous aurions donc un matériel ultra-moderne d’un côté mais de l’autre, le matériel ancien qui constitue le socle de l’équipement n’est plus en état de fonctionner.

En troisième lieu, il ne vous a pas échappé, si vous avez été ouvert, dans le précédent billet consacré à la vente de nos « bijoux de famille », le lien vers « APE » que parmi les participations de l’État détenue via cette agence, le second poste après l’énergie était les industries de défense. Certes, il n’y a pas en France de complexe militaro-industriel comme aux Etats-Unis mais quand on a en portefeuille pour près de 16 milliards d’action de sociétés d’armement, cela fait réfléchir un peu.

En dernier lieu, la France reste une puissance nucléaire et à ce titre a du mal à faire son deuil de la stratégie de dissuasion qui l’oblige à faire continuellement des investissements dont on espère malgré ça qu’ils n’auront jamais à servir.

Donc au vu de ces derniers arguments, il semblerait qu’on ne puisse pas toucher non plus au budget de la Défense.

Alors que faire ?

Dans la mesure où l’essentiel des menaces potentielles ne vise pas la France mais l’Union Européenne, la logique voudrait que cet effort se fasse au niveau européen. Cela remet donc sur le tapis l’Europe de la Défense qui depuis 1954 n’arrête pas de hanter l’esprit des hommes politiques européens soit pour l’appeler de leurs vœux, quitte à abandonner un pan de souveraineté, soit pour la vouer aux gémonies, au nom même de cette souveraineté, pour le coup, mal placée.

Pour autant envisager tout de go, un budget européen de la Défense, voire une armée européenne paraît utopique, mais cela peut commencer par un renforcement des coopérations inter-étatiques. De ce point de vue-là, les choses avancent un peu dans le domaine industriel https://www.lesechos.fr/Armement : les coopérations européennes se multiplient
C’est certainement une bonne nouvelle si cela se traduit par une harmonisation des armements entre armées européennes. Equiper les forces armées de la plupart des pays de l’Union avec du matériel conçus en commun est une autre façon de faire baisser les prix de revient en allongeant les lignes de production. Cela effacerait la fâcheuse impression laissé par la Pologne, sur le point d’entrer dans l’Union décida de renouveler sa flotte de chasse , précédemment d’origine soviétique par du matériel…américain. C’est également une bonne nouvelle d’apprendre que l’Allemagne a décidé d’augmenter fortement su budget de défense mais l’effort qu’elle y consacre, 1,2 % de son PIB est en-deça de l’effort fait par la France, 1,8 % de son PIB. En combinant tout cela, il devrait être possible de ramener le budget de la défense au niveau où il était au début de ce quinquennat. Cela ferait quand même 3,5 milliards d’économie. Reste à convaincre les officiers généraux que c’est le bon choix mais depuis juillet 2017, il semblerait que le courant passe mal entre l’Etat-Major et la Présidence. N’oublions toutefois pas que l’armée est l’armée de la Nation.

Cet article, publié dans l'Etat régalien, pour l'Europe, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.