L’Europe dans le monde : Perdre sa naïveté !

Dans un précédent article Messieurs Salvini, Di Maio et consorts, n’est pas Marco Polo qui veut!, je commentais la décision des dirigeants italiens d’ouvrir en grand leurs infrastructures portuaires au projet chinois de « route de la soie », considérant que cette décision, loin de renforcer la souveraineté de l’Italie, à la défense de laquelle les deux principaux leaders italiens se disent viscéralement attachés, risquait dans un avenir proche renforcer la dépendance de l’économie italienne au commerce unilatéral avec la Chine.

Quelques jours plus tard, l’annonce du rachat de deux entreprises françaises du numérique par des fonds d’investissement anglo-saxons m’avait encore fait réagir La licorne est un mythe français considérant que l’essentiel, dans une économie globalisée, n’est pas tant d’innover que d’avoir la capacité de conserver les centres de décision liés aux conséquences économiques de ces innovations

 Aujourd’hui 4 avril, c’est l’organisme public Business France qui se félicite de l’importance des investissements étrangers en France, y voyant là un signe de l’attractivité retrouvée de la France : https://www.latribune.fr/ Investissements étrangers : l’attractivité de la France se confirme
Du point de vue de la création de richesses et par conséquent d’emplois, c’est sûrement une bonne nouvelle, mais des évènements récents, concernant des investissements de groupes étrangers en France, récents ou de longue date, ont montré que souvent, cela se traduisait par une perte d’autonomie de l’économie locale, les centres de décision stratégiques se situant ailleurs dans le monde avec des préoccupations et des centres d’intérêt qui font fi de la situation économique et sociale que leurs décisions pourraient engendrer ici. Or, la souveraineté d’un Etat, quelle que soit sa taille réside également, si ce n’est principalement sur sa capacité à maîtriser les différents paramètres qui contribuent au bien-être de ses ressortissants. La prospérité de ceux-ci en fait partie même si ce n’est qu’une condition nécessaire mais pas suffisante du bonheur.

Nous voilà donc avec trois exemples qui vont dans le même sens et qui tendent à démontrer que les axiomes principaux qui sont la base de la mondialisation libérale, ne sont plus vérifiés.

A cet égard, je vous invite à lire la note que l’économiste social-libéral Jean Pisani-Ferry vient de publier sous l’égide du Think tank Terra Nova : http://tnova.fr/notes/ l’Europe face aux nouveaux impérialismes l-europe-face-aux-nouveaux-imperialismes-l-analyse-de-jean-pisani-ferry

Il s’agit là d’un formidable aveu[1]. Seule l’Europe croirait encore aux bienfaits de la libre circulation des marchandises et des capitaux à travers le monde et à la vertu du respect des règles édictées par les accords multilatéraux sur le commerce international. Comme il le dit lui-même, nous sommes maintenant « dans un nouveau paysage dans lequel la puissance compte davantage que les règles et le bien-être du consommateur »

L’économie n’est pas un cercle autonome mais une arme au service de la puissance et l’exemple qu’il prend concernant l’utilisation à des fins diplomatiques, par l’administration américaine, des règles économiques que les Etats-Unis édictent est suffisamment parlant pour que j’ai nul besoin de rajouter un commentaire à ce commentaire.

Il est donc grand temps que l’Union Européenne prenne conscience qu’à force de vouloir respecter des règles édictées par d’autres (les Etats-Unis) à une autre époque (l’après-guerre) , elle risque fort de perdre le peu de souveraineté qu’elle a pu acquérir en se dotant d’outils comme une monnaie commune et une banque centrale, d’autant qu’apparaissent de nouvelles puissances (La Chine, demain l’Inde et toujours la Russie) qui, elles, n’ont jamais accepté ces règles et considèrent que l’économie est au service de leur volonté de puissance, c’est-à-dire d’un projet politique qui n’a rien à voir avec le projet politique censé sous-tendre la construction européenne.

Au nom de ce projet politique justement , il est donc grand temps que les instances de l’Union cessent de considérer que le libéralisme économique est un dogme intangible. Il est grand temps en quelque sorte de cesser d’être naïf.


[1] Son désarroi est tel qu’il en est réduit à citer Lenine et pas dans n’importe quelle citation, dans sa définition de l’impérialisme : « L’impérialisme se définit par cinq critères : la concentration de la production, la fusion entre capital bancaire et capital industriel, l’exportation de capitaux, les cartels transnationaux et le partage du monde entre les puissances capitalistes »

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