La licorne est un mythe français

Les Européens, et singulièrement les Français, ont du mal à digérer que les Etats-Uniens, puis les Chinois aient réussi à constituer des mastodontes économiques en surfant sur la vague de l’économie numérique. En développant le concept de Frenchtech, le gouvernement actuel a l’ambition de faire émerger, comme il dit, les GAFA de demain, en France.

Pourquoi pas, après tout ? Les informaticiens français ne sont pas moins bons que les autres, meilleurs même pour ce qui est de la maitrise des algorithmes sans lesquels aujourd’hui, il n’y a pas de start-up sérieuse. Nous avons aussi des business angels, qui ne sont pas plus maladroits que leurs collègues, si on en croit leurs fortunes respectives.

Et pourtant, on peut avoir de quoi être inquiet face à l’incapacité des créateurs à conserver les rênes de leur bébé. Déjà il y a quelques années, les premiers qui s’étaient engagés dans l’aventure du commerce en ligne, ont rapidement passé la main, parce qu’un plus gros qu’eux leur faisaient des ponts d’or qui ressemblaient plus à des mises à la porte dorées.

Dans la presse économique de ces jours-ci, deux articles le confirment :
 https://www.lesechos.fr/ BlackRock s’offre le français eFront
https://www.lesechos.fr/ La nouvelle licorne française de la Fintech s’appelle Kyriba
Je dois avouer que je ne connaissais pas ces deux entreprises avant qu’on nous annonce qu’elles valent plus de 1 milliards d’euros

Bon, voilà de quoi se réjouir, non ? Voilà des entreprises d’origine française qui arrivent à faire une percée dans ce monde jusque ici inaccessible, des « winning few » qui en général parlent plus avec l’accent californien qu’avec l’accent de Ménilmontant.

Il y a juste un bémol qui calme aussitôt mon enthousiasme. C’est entreprise « valent » respectivement 1,2 milliards et 1,3 milliards uniquement parce qu’elles viennent faire l’objet d’une prise de possession par des fonds d’investissement anglo-saxon

Et d’ailleurs les mouvements auxquels cela a donné lieu mérite d’être conté (j’ai failli écrire compté)

Commençons par le début : une start-up française qui est devenu leader dans son créneau de marché, les activités de placement hors marché pour faire court, donc du très haut niveau en matière de services financiers, est racheté en 2015 par un fonds d’investissement où on trouve également une chaîne de pressing pas vraiment start-up : https://www.boursier.com/ eFront : racheté par Bridgepoint

Valorisée à l’époque à 300 millions de dollars, c’est une affaire vraiment prometteuse . Et de fait, elle le fut puisque 4 ans plus tard, à peine, ce fonds d’investissement revend le bijou à 1.300 millions de dollars :  http://www.bridgepoint.eu/ Bridgepoint sells eFront to BlackRock  

Blackrock, tout le monde connait. C’est ce qui se fait de mieux en termes d’opérateur financier au niveau mondial. Il paraît que cet achat n’est pas que spéculatif et qu’ils en ont l’usage pour en faire un numéro 1 mondial des services financiers, une sorte de GAFA réservé aux initiés de la finance en quelque sorte. Cherchez l’erreur !

Mais l’histoire n’est pas finie pour autant puisque le fameux fonds d’investissement britannique, à peine réussi sa juteuse plus-value sur la « petite » start-up française utilise sa trésorerie pour acquérir une autre petite merveille de l’ingénierie financière française . Mais admirez comment on présente la chose dans la presse économique :   https://www.lesechos.fr/ La nouvelle licorne française de la Fintech s’appelle KyribaLa start-up devient licorne « française » justement au moment où elle passe sous contrôle d’une entreprise « britannique » et encore, on n’ose pas trop dire qu’elle passe sous contrôle puisque officiellement, on préfère dire ceci  https://www.latribune.fr/ Nouvelle licorne franco-américaine, Kyriba lève 160 millions de dollars

Deux points me chiffonnent quand même dans cette histoire.
Comment avec une mise de 160 millions, prend-on le contrôle d’une entreprise dont la « valeur » est alors estimée à 1.3000 millions de dollars ?
Pourquoi la BPI, qui est quand même la force de frappe financière de l’Etat français se retire du capital, au moment où justement l’entreprise semble avoir atteint la taille critique ? N’y avait-il pas d’autres solutions, françaises ou européennes ? Mais franchement choisir un fonds britannique au moment où le Brexit met la City hors-jeu de l’Europe, est-ce bien la meilleure façon de bâtir des GAFA européens ?

Ou bien, tout cela n’a-t-il aucun sens car :

a)BREXIT ou pas, les fonds britanniques ne connaissent pas les frontières

b)A l’heure de la mondialisation, le concept d’entreprise nationale, dans le monde de l’informatique et de l’économie numérique n’a aucune signification, sauf quand un Etat, en l’occurrence, les Etats-Unis usent de sa puissance impériale pour imposer des règles de boycott à des entreprises, surtout quand elles ne sont pas américaines.

Beau sujet de réflexion pour les candidats aux élections européennes, beau thèmes de négociation dans le cadre du G7 !

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Un commentaire pour La licorne est un mythe français

  1. Ping : L’Europe dans le monde : Perdre sa naïveté ! | Dominiqueguizien's Blog

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