la curieuse algèbre des éditorialistes et commentateurs

Les gilets jaunes.

Tout a commence par un frais samedi de novembre 2018.
Aux ronds-points de certaines départementales et de quelques nationales, des gens affublés d’une drôle de chasuble de couleur jaune fluo (certains aigris disaient « jaune pisseux ») occupaient ces lieux stratégiques, bloquant ou filtrant la circulation sur les axes aboutissant à ces nouvelles verrues des temps modernes, qui ont fleuri un peu partout en périphérie de nos communes au bon gré de nos édiles et par la grâce des ingénieurs des Ponts et Chaussées.
Combien étaient-ils? si j’en crois les commentateurs qui reprenaient la plupart du temps les chiffres officiels, ils étaient un peu plus du quart de million https://www.huffingtonpost.fr Le bilan du 17 novembre des gilets jaunes, en cinq chiffres Pour un mouvement sans leader, sans relais politique mais ayant bénéficié d’une bonne couverture médiatique, avant, c’est un score plus qu’honorable et qui justifie amplement que des directeurs de chaines d’information en continu gardent l’antenne ouverte pour suivre en direct les moindres faits et gestes.
Dix sept semaines plus tard, toujours selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, ils ne sont plus qu’un quarantième de million https://www.midilibre.fr/ Acte XVII des « Gilets jaunes » : une mobilisation plus faible mais toujours des heurts
Mais pour autant les directeurs des chaînes d’information en continu ont garder l’antenne ouvert tout le samedi après-midi pour suivre en direct les moindre faits et gestes. Pourtant 28.600 personnes ce n’est même pas le nombre de spectateurs qui ont suivi en direct le match Rennes-Arsenal au Roazhon Park.
Alors de deux choses l’un, soit ce chiffre est vraisemblable et je ne comprends pas l’intérêt de ces directeurs de chaînes à suivre d’aussi maigres cortèges. Ou ce chiffre n’est pas vraisemblable, ce qui pour certains est acquis, et dans ce cas, au nom de l’information, ces médias devraient le dire et donnaient leur propres chiffres. Il l’ont déjà fait dans un passé récent pour d’autres manifestations d’ampleur nationale.

l‘affairedusiècle.

Tout commence le 17 décembre 2018 . 4 ONG lancent une pétition en ligne : https://www.greenpeace.fr/ Le climat, c’est l’Affaire du siècle : 4 associations mettent l’État français sur le banc des accusés pour inaction climatique
Deux jours plus tard, les plus réactives publient des bulletins de victoires : https://www.greenpeace.fr/ Un million de citoyennes et citoyens soutiennent déjà l’Affaire du Siècle Publié le 20 décembre 2018
Quand on fait un rapide calcul, on arrive au chiffre astronomique de 6 signatures par seconde. Pour qui est habitué aux signatures de pétitions en ligne, cela semble une cadence difficile à suivre. Les serveurs devaient être puissants.
Mais pour autant, les médias, pourtant à l’affût de ce genre de phénomènes mettent du temps à réagir. Un des premiers à le faire est La Voix du Nord http://lavdn.lavoixdunord.fr/ Climat La pétition « L’affaire du siècle » franchit le cap du million de signataires
La plupart des médias n’embrayeront que le 24 décembre pour indiquer qu’à cette date le nombre de signataires a atteint 1.600.000 signataires. Un tel chiffre valait qu’on interrompe la trêve des confiseurs. Certes la cadence s’était ralenti mais on était quand même encore sur le rythme respectable de 100 signataires par heure. Mais on ne pouvait plus passer sous silence « LA PLUS GRANDE PETITION JAMAIS SIGNEE EN FRANCE ».
Quant aux médias qui respectaient la trêve des confiseurs, ils ont attendu la mi-janvier pour parler des 2 MILLIONS de signatures.
Cela a donné lieu à beaucoup d’analyses juridiques sur le bien fondé d’une telle démarche, à quelques analyses de fond sur le sens politique de la démarche mais à très peu d’analyse sur la signification sociologique d’une telle démarche ou sur la fiabilité des chiffres fournis.
En choisissant cette date, en pleine période de Noël, les 4 ONG organisatrices auraient-elles commises une erreur tactique, ou au contraire, à une période où on a envie de croire au Père Noël et où les rédacteurs en chef cherchent absolument des informations heureuses, ont-elles réussi un beau coup médiatique en jouant justement sur ces petits pêchés mignons des éditorialistes et des commentateurs « à Noël, on garde l’esprit de Noël! »

Mais 2.000.000 sont là et il faudra en tenir compte.

Les contributions au grand débat

Tout a commencé par un long one man show de notre président, filmé en direct par les chaînes d’info en continu https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/emmanuel-macron-le-debat-marathon-44-1132352.html
Depuis, il y en a eu d’autres, filmés en continu par certaines chaînes, pas par d’autres. Il s’agit là de choix éditoriaux intéressants qui ne se fondent certainement pas uniquement sur des préoccupations de taux d’écoute.
Pendant ce temps-là , dans des mairies s’ouvraient des cahiers de doléances.
Pendant ce temps-là, s’organisaient vaille que vaille des débats locaux dont le nombre et le niveau de fréquentation n’est pas connu, faute d’une bonne couverture des journaux locaux et faute aussi d’outils de comptage fiables (Mais que fait le ministère de l’Intérieur? Au temps où les RG existait, on l’aurait su, à la façon des RG bien entendu).
Pendant ce temps-là aussi le gouvernement avait ouvert un site de consultation en ligne. Le grand débat national | Gouvernement.fr https://www.gouvernement.fr/le-grand-debat-national
Mais comme la démarche du gouvernement n’était pas des plus limpides, les médias n’ont pas beaucoup relayé l’information. Au bout de 15 jours, le gouvernement se vantait d’avoir reçu 700.000 contributions. Puis ce chiffre est monté à 1.000.000 . Aussitôt, les médias sérieux ont voulu vérifié, cette fois, la véracité du chiffre : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs//y-a-t-il-eu-un-million-de-contributions-au-grand-debat-comme-vante-par-le-gouvernement
Vertueuse réaction de journalistes qu’on aimerait voir plus souvent dès qu’un fait, qu’un chiffre peut prêter à caution.

Cela n’empêche pas un autre média d’avancer un autre chiffre quelques jours plus tard https://www.bfmtv.com/societe/grand-debat-les-chiffres-de-la-participation-deux-semaines-avant-la-fin-1641526.html
Une chaîne concurrente avançait même le chiffre de 2.000.000 de contributeurs, chiffre que rectifia en direct sur le plateau un invité de cette chaîne pour rappeler que nombre de contributeurs et nombre de contributions, ce n’est pas la même chose. Le nombre de contributeurs serait, à le croire aux alentours de 180.000 personnes, chiffre repris par personne.
Cela n’empêcha d’ailleurs pas un des nombreux « commentateurs », expert en tout, pour certains , de faire sur la même chaîne, un peu plus tard le commentaire suivant : « 1.500.000 contributions comparées au nombre d’électeurs, 44,5 millions, ce n’est quand même pas beaucoup! »

Et c’est ce genre de commentaire qui me fait réagir. Pourquoi sortir ici la légitimité démocratique que donne le corps électorral dont, je rappelle en passant qu’il n’est actif, dans le meilleur des cas qu’à 75% et que lors des dernières élections générales, la moitié à peine de ce corps s’était mis en mouvement pour s’exprimer. Utiliser cet argument pour décrédibiliser une démarche qui demande quand même un effort si la contribution ne se limite pas à un « oui » ou un « nom » mais parfois par quelques pages d’écriture (Le journal Le Monde parle de 68 millions de mots en tout) est surprenant alors que nul n’y songe pour remettre en cause le geste parfois anodin de cliquer pour signifier « j’adhère à cette pétition » alors que l’expérience prouve que 8 fois sur dix au moins les signataires n’ont MEME PAS LU LA PETITION qu’ils soutiennent

C’est donc ce genre de commentaires qui me fait penser que, si le métier de journaliste est sûrement le plus respectable des métiers quand il est bien fait, on ne peut pas en dire autant de celui d’éditorialiste ou surtout de celui de commentateurs, qui ne sont d’ailleurs souvent que les commentateurs de leur propre pensée.

J’espère vous avoir convaincu avec ces quelques exemples qu’il convient de garder toujours les yeux et l’esprit ouverts quand on subit les médias. Une information n’est vraie que lorsqu’elle peut être vérifiée. Un commentaire n’est acceptable que quand on sait qui le fait, et où il le fait. Aucun média n’est vraiment objectif: au mieux, il ne retranscrit que SA vérité.

Et mon blog est à sa façon un média. Donc…..

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