Hors le nucléaire, point de salut !

Il y a maintenant un quinzaine de jours, j’avais essayé de décortiquer la pensée technicienne d’un ingénieur ++  « les slogans simplistes nuisent à la compréhension des dossiers scientifiques »

Et je disais attendre avec une certaine impatience la seconde partie de sa livraison intellectuelle. Je n’ai finalement pas trop attendu et je ne suis pas déçu https://lenergeek.com/ Jean-Marc Jancovici (2/2) : “le pétrole est un des angles morts de notre politique énergétique”

En effet, si j’avais encore le moindre doute sur son parti-pris pro-nucléaire, celui-ci a été levé dans ce long plaidoyer pour l’énergie atomique comme on disait dans le temps.

AVERTISSEMENT AU LECTEUR : Surtout qu’on ne se méprenne pas sur le sens de ma démarche. Il ne s’agit pas ici de nourrir une quelconque querelle stérile avec quelqu’un que je ne connais pas. Mais dans la mesure où il me semble tellement évident que ses écrits sont très représentatifs de la façon de penser de cette nucléocratie qui a dicté les choix énergétiques de la France depuis 50 ans, décortiquer sa façon de présenter les choix stratégiques en la matière m’apparaît dès lors comme un exercice salutaire, ne serait-ce que pour se préserver les neurones.
 Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre de cet article, il n’y est pas question de pétrole, à peine d’hydrocarbures, et encore n’est-ce qu’en guise de conclusion : « Et encore, ici nous n’avons parlé essentiellement que d’électricité, mais cette dernière ne constitue que le quart à la moitié de notre consommation énergétique (selon la façon de compter, primaire ou final), et notre société dépend tout autant du pétrole, qui est un des angles morts majeurs de la politique énergétique européenne et française. Ca sera pour une autre fois ! »

Le pétrole, angle mort de la politique énergétique de la France ? Peut-être mais pas de sa politique fiscale. A-t-il entendu parler des « gilets jaunes » ? A n’en pas douter et c’est dès lors très malin d’attirer le lecteur en évoquant un sujet brûlant, quitte à ne pas en parler ensuite.

Bon, il utilise les deux pages de son article à ne parler que d’électricité,  ne consacrant qu’une demi-page à l’efficacité énergétique et le reste à justifier le maintien voire le développement de l’électricité d’origine nucléaire en dénigrant sans nuance toutes les énergies renouvelables.

Et les arguments utilisés sont le plus souvent d’une grande mauvaise foi, ou d’une grande approximation indigne de la démarche scientifique dont il se réclame.

La seule énergie non polluante est celle qu’on ne consomme pas

 Notre énergéticien dit sur ce sujet des choses d’un grand bon sens comme la nécessité de renforcer les filières de formation dans le bâtiment pour disposer d’une capacité suffisante à faire face aux besoins en rénovation énergétique qu’exige l’objectif de réduction global de la consommation d’électricité. Mais pourquoi rester muet sur les autres gisements possibles de réduction de la consommation que sont l’amélioration de l’efficacité de notre appareil de production, la modification de nos modes de vie, une gestion différente de la ville. Et puis surtout, pourquoi nous assener que le nec plus ultra en la matière serait d’équiper tous les ménages en pompes à chaleur « il faut que des mesures soient prises pour que tout remplacement d’une chaudière au fioul ou au gaz soit effectué par une pompe à chaleur (PAC) ou du bois » sans nous expliquer, même sommairement, pourquoi cette solution est la meilleure, ni si elle est applicable partout avec le même bonheur, ni même que son usage suppose qu’on dispose déjà d’une source énergétique lui permettant de fonctionner. Cela n’aurait nui en rien à sa démonstration, bien au contraire, si en plus il avait indiqué que, combiné avec une source d’origine renouvelable,cela améliorait l’efficacité des deux. En tout cas, cela aurait rendu supportable l’idée que « les ménages qui ne s’équiperaient pas d’une pompe à chaleur verraient leur impôt foncier augmenter… »

  Sinon gare aux gilets rouges qui bloqueraient les entrées de tous les lotissements de France !

Le problème des énergies renouvelables, c’est le stockage

Voici une grande vérité et qui préoccupent tous ceux qui promeuvent ces énergies. Mais les arguments pour les disqualifier sont à la limite de l’honnêteté intellectuelle. Comparez la production mondiale d’électricité, 23.000Twh, avec la capacité de stockage à partir des ressources « prouvées » de lithium, 250 Twh, fait évidemment frémir : « 1% à peine ! Que voulez-vous faire avec ça ? » suggère-t-il implicitement. Mais cela n’a aucun sens. En effet :

Que sait-on réellement des réserves disponibles de lithium ? Imaginez que nos anciens aient fait des projections à 50 ans à partir des réserves prouvées de pétrole en 1880, jamais personne ne se serait intéressé au développement du moteur à explosion. Mais ceci n’est qu’une objection mineure.

En effet, si on parle de production mondiale, il faut se mettre dans les conditions mondiales de production d’électricité. Certes, je veux bien admettre que parier sur le photovoltaïque, comme source stable et permanente en Grande-Bretagne, en Irlande ou au cercle polaire, est un pari osé, mais en faire autant pour l’Afrique subsaharienne ou équatoriale est loin d’être une vision utopique compte tenu du niveau d’ensoleillement, ce qui déjà permet de dégonfler sensiblement les besoins en stockage, sans pour autant les réduire toutefois.

Ainsi, il faudra quand même coupler la production d’électricité d’origine renouvelable avec une capacité de stockage car, la nature est ainsi faite qu’elle n’accepte pas d’être en permanence disponible, en égale quantité. C’est d’ailleurs pour l’avoir oublié que la civilisation technicienne qui nous a été dessinée par les ingénieurs aboutit à cette impasse écologique d’où nous avons vitalement besoin de sortir.

Et devinez quoi, ce sont encore des ingénieurs, ceux de la vieille école et d’autres mieux avertis de la finitude de nos ressources qui vont nous apporter les solutions. Je n’en citerai que deux :

A.Les Station de Transfert d’Énergie par Pompage dont le principe est connu depuis longtemps et d’ailleurs déjà mis en œuvre un peu partout dans le monde et même en France par EDF mais en se limitant principalement à l’hydro-électricité. Les couplages avec des parcs éoliens semblent offrir d’autres perspectives. Et cerise sur le gâteau : les principaux fabricants de turbines sont français ou européens, ce qui a son importance comme nous le verrons plus loin.

B.La filière Power-to-Gas dont le principe est simple : transformer l’électricité excédentaire en gaz (hydrogène ou méthane essentiellement) qui pourront être reconverti en énergie électrique lorsque le besoin se fera sentir : https://energiesdelamer.eu Le stockage Power-to-Gas and Gas Storages doit être développé parallèlement aux ENr et de plus en plus de chercheurs semblent s’y intéresser https://energiesdelamer.eu Stockage d’énergie en mer, une thèse et des développements

S’il y a des secteurs où l’investissement en recherche doit être développé, c’est bien celui-là et cela va bien au-delà du petit milliard de dollar dont se vante la Banque Mondiale http://banque-mondiale-un-milliard-de-dollars-pour-le-stockage-de-lelectricite-des-energies-renouvelables/

Comme le dit Mr Jancovici, il faut faire ses choix en matière d’investissements.

« Nous aurions pu utiliser le même argent pour faire des choses bien plus pertinentes sur le plan du climat. »

Tiens, justement à ce propos parlons investissements et choix judicieux :

La Cour des Comptes chiffre le montant total des aides aux énergies renouvelables à 145 milliards. C’est parait-il, «déjà plus que la valeur historique de construction du parc nucléaire » . Admirez la rigueur du raisonnement. Comparez un investissement des années 2010/2020 à un investissement datant des années 1970/80 n’est déjà pas la preuve d’une grande honnêteté intellectuelle, mais puisqu’il faut faire référence à la Cour des Comptes, il conviendrait aussi de faire entrer en ligne de compte d’autres éléments comme le coût de traitement des déchets nucléaires, inconnu à ce jour puisqu’on ne sait pas les traiter, à peine sait-on les stocker, et le coût de démantèlement de ces centrales, car il faudra bien un jour ou l’autre les arrêter car elles ne sont pas éternelles. Ici je n’annonce pas de chiffres, j’aurai peur d’être encore en-dessous de la vérité mais la Cour des Comptes et une Mission Parlementaire s’y sont risqué prudemment et leurs évaluations, de leur propre aveu, sont optimistes. 63 Milliards est donc un minimum.

Les énergies renouvelables détruisent des emplois.

Voilà bien l’argument le plus spécieux que je connaisse.

« pour un megawattheure solaire ou éolien, vous avez besoin d’importer entre 20 et 30 euros de composants (par exemple des panneaux photovoltaïques chinois, ou des nacelles éoliennes chinoises, allemandes ou danoises). ),…. soit – à raison de 30 000 euros de PIB par emploi – la destruction de 20.000 emplois dans le pays »

On peut donc être bardé de diplômes scientifiques est raisonner de façon irrationnelle. Ce raisonnement tiendrait évidemment si, par manque de patriotisme économique, les installateurs d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïque choisissaient systématiquement des productions étrangères au détriment du « made in France ». Or celui-ci n’existant pas, il ne peut y avoir de destruction d’emplois qui n’ont pas été créés. A contrario, on pourrait éventuellement suggérer qu’un petit coup de pouce au développement d’équipements de nouvelle génération créerait de l’emploi. Les compétences existent ainsi que les capitaux, manque juste une volonté politique, mais tant que ceux qui décident politiquement de ces choix politiques sont sous l’influence de ceux qui en disent du mal….

Notons également que l’argument du « made in France » peut se retourner contre son auteur. Ainsi, qu’aurait-il fallu faire quand toutes les composantes des turbines faisant fonctionner les centrales nucléaires venaient d’Outre-Atlantique ? Est-ce bien raisonnable aussi de proposer d’équiper tous les logements de pompes à chaleur quand les principaux fabricants s’appellent Daikin, Hitachi, Mitsubishi, Toshiba, Auer ?

Et le reste est à l’avenant. Mais peut-être ai-je une vision biaisée des choses. C’est pourquoi, je vous ai mis le lien avec le texte de référence afin que vous vous fassiez votre propre idée de la valeur des arguments en faveur du nucléaire.

Cet article, publié dans COUPD'GUEULE, développement durable, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.