Lutter contre la grande pauvreté : Pauvres de nous !

A peine clos le dossier précédent (je ne sais plus lequel tellement il y en a) que déjà on ouvre un nouveau dossier dans le cadre de la réforme1 de la France : il s’agit du traitement de la grande pauvreté. Après tout, rien que de très normal dans ce monde du « en même temps ». Il y a un an, le gouvernement traité le sort fiscal des plus riches. Il est donc logique qu’il s’occupe du sort social des plus pauvres sauf que…
s’il avait commencé par les seconds avant de s’attaquer aux premiers, cela aurait mieux perçu par l’immense majorité des Français, y compris ses électeurs mais pas forcément bien apprécié ni des marchés financiers, ni des gardiens du dogme budgétaire de Bruxelles et de Francfort. C’est ainsi, il faudra s’y faire, le « en même temps » est une notion complexe censée répondre à une réalité elle-même complexe et la moindre de ses complexité n’est pas que « en même temps » ne veut pas dire « simultanément » mais « dans une même séquence » avec un premier pas puis un second.

Bien ceci étant posé et qui pourra toujours servir pour les autres « en même temps » du quinquennat (économie-écologie, démocratie-sécurité, réfugiés-refoulés, alimentation-agriculture, etc…), essayons de comprendre un peu ce qu’il pourrait y avoir sous ce vocable « prise en compte de la grande pauvreté ».

D’abord qu’appelle-t-on pauvreté ? Récemment, un article du journal « Le Monde » a essayé d’y répondre https://www.lemonde.frPauvreté : de quoi et de qui parle-t-on ? C’est très disert, très bien documenté comme cela arrive encore dans les colonnes du Monde mais cela reste désincarné, un peu comme cette définition statistique « est pauvre celui dont le revenu disponible est inférieur à 60% du revenu médian ».
Tiens d’ailleurs attachons-nous un peu aux conséquences d’une telle définition. Si elle devait s’appliquer ad vitam aeternam, on peut, sans un être un grand statisticien en conclure que la pauvreté ne pourra jamais disparaître sauf à considérer que la concentration statistique est telle que personne ne soit en-dessus de cette barre de 60% . En effet revenu médian veut dire que la moitié de la population dispose d’un revenu supérieur à ce niveau médian et par conséquent que 50% de la même population souffre d’un revenu inférieur à ce niveau. En conséquence, l’extinction du paupérisme2, cela voudrait dire que la moitié de la population dispose d’un revenu compris entre un niveau médian et 60% de ce niveau, ce qui ferait une courbe de répartition qu’on rencontre rarement sauf si…
une action volontaire des pouvoirs publics interdisait justement qu’aucune ménage ne dispose au moins de ces fameux 60% soit par attribution d’un revenu direct (par exemple le revenu universel cher à Benoît Hamon et Dominique Lefevre), soit par la fourniture gratuite de prestation relevant de la gestion de ce qu’on appelle les « biens communs » (l’eau, l’énergie, les transports en commun par exemple).
Bon, au fur et à mesure que le gouvernement dévoilera ses projets en la matière, on verra jusqu’où il veut aller.
Mais revenons quand même à cette pauvreté et ce qu’elle recouvre. « Revenu, consommation, ressenti » nous dit Le Monde ; effectivement ce sont autant de paramètres qui peuvent intervenir pour définir ce contre quoi les pouvoirs publics veulent agir. A cet égard, un sondage téléphonique peut nous éclairer un peu plus https://actus.nouvelobs.com
Un Français sur cinq n’est pas en mesure de s’offrir une alimentation saine Ben oui ! Manger sainement n’est pas un luxe de privilégié. Ben oui ! Accéder à des loisirs autre que vautrés devant la télé-réalité, n’est pas un luxe de privilégiés. Certes, mais quand on a dit cela, que fait-on ? Jusqu’où peut-on aller ?

A cet égard, les chercheurs du ministère des affaires sociales sortent fort à propos une étude sur l’impact des minima sociaux Une étude récente des chercheurs du ministère de la Santé (Drees)  d’où il ressort que mis bout à bout, tous ces dispositifs qui coûtent « un pognon dingue » , soit 26 milliards d’euros permettent depuis des années de cantonner le nombre de pauvres au sens statistique à un niveau de 14%, soit quand même 1 Français sur 7, alors que sans ces mécanismes redistributeurs, ce taux serait de 22% soit 1,5 plus élevé

Cela donne à réfléchir à celles et ceux qui trouvent que notre modèle social coûte trop cher et voudrait brique par brique le déconstruire.

A cet égard, il conviendra dans les prochains jours de voir comment les uns et les autres vont réagir à ce genre d’annonce https://www.ouest-france.fr/L’excédent de la Sécurité sociale fait déjà des envieux
C’est le classique « effet cagnotte ». Quand après des années de déficit, apparaît un excédent, certains n’ont rien d’assez urgent que de vouloir le dilapider, soit en étant plus généreux (les gens de gauche en général), soit en réduisant les mécanismes de redistribution, par réduction des allocations versées (les gens de droite en général ) ou par réduction des contributions (les chefs d’entreprise, qu’ils soient de gauche ou de droite).

Mais il convient de se méfier de ces projections un peu hardie. Rappelez-vous les réformes successives des retraites qui se fondant sur des visions alarmistes de l’avenir, nous rabotaient les régimes pour que quelques mois plus tard, un « étude » laisse apparaître un retour à l’équilibre voir un léger excédent du dit régime. Dernière péripétie en date : la fusion des régimes de retraites complémentaires AGIRC et ARRCO. En novembre 2017 un journal économique titrait : https://www.lesechos.fr/20/11/2017/Retraites : retour aux excédents en 2019 à l’Agirc-Arrco quelques mois avant qu’on annonce la fusion des deux régimes dont la conséquence la plus évidente est à terme une baisse du pouvoir d’achat réel de cette nouvelle pension.

Il convient donc de garder à l’esprit que ces coups de clairon médiatique ont toujours fonctionné dans le même sens : profiter d’une embellie pour affaiblir les mécanismes de redistribution (au motif qu’il y a trop de fric) et profiter d’un trou d’air pour affaiblir les mêmes mécanismes de redistribution (au motif qu’il n’y a plus assez de fric).

Pauvres de nous.

1Il va falloir que je me décide à préciser ma pensée sur ce qu’on appelle « réforme » et progrès » d’autant que la campagne des européennes se profilent sur le thème « progressistes » contre « populistes »

2comme aurait le prince Louis-Napoléon quand il était révolutionnaire et carbonariste https://fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_du_paup%C3%A9risme

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