Prise d’eau, prise de tête

Certains disent que si le XX° siècle a été celui du pétrole, le XXI° sera celui de l’intelligence et de la communication autour de la gestion des données. Personnellement, je continue à croire que l’engouement autour du big data et des marchés que génèrent la marchandisation de ces milliards de données n’aura qu’un temps et que cela se dégonflera comme s’était dégonflée il y a 20 ans la bulle spéculative sur ce qu’on appelait alors les NTIC. Le XXI° siècle ne sera donc pas le siècle de la civilisation de la connaissance comme le XX° n’a pas été celui que décrivaient les «visionnaires» de la fin du XIX° et du début du XX°, juste après la première révolution industrielle et juste avant la première guerre mondiale.

Par contre, on peut penser que ce siècle qui aura bientôt vingt ans sera celui d’une remise en cause radicale de la place de l’Humanité sur cette planète et de son empreinte sur tout ce qui vit ou existe en dehors d’Elle. A cet égard, pour faire image, on pourrait dire que le XXI° siècle sera « le siècle de l’eau » tant il est vrai que la gestion de cette ressource va devenir un enjeu majeur pour le développement des sociétés humaines, quel que soit d’ailleurs le mode développement que ces sociétés choisiront.

Afin de ne pas faillir à sa tradition estivale qui est de profiter de ce temps de « vacance de la pensée » pour nous faire réfléchir, le journal Le Monde a publié plusieurs mini-feuilletons de l’été, dont un sur « l’effondrement de la démocratie » dont je ne parlerai pas ici et l’autre sur la « guerre de l’eau aux Etats-Unis » qui est l’objet de ce présent billet.

Pourquoi avoir choisi les Etats-Unis, plutôt qu’un autre endroit sur la planète pour illustrer ce qu’on appelle « la guerre de l’eau » ? Je suppute que  c’est parce que les Etats-Unis étant le pays le plus prodigue en matière de ressources naturelles mais aussi pionner en matière de gestion écologique de ces ressources, il y avait la matière à une démonstration à grand spectacle.  D’autre part il convient de noter que les conflits d’usage que cette enquête met en évidence ne débouchent pas vraiment sur une guerre, ce qui n’est déjà pas le cas dans d’autres parties du monde, notamment le Proche-Orient où la maîtrise de l’eau est d’ores et déjà un enjeu stratégique et un outil de pression à peine diplomatique mais ceci est une autre histoire comme l’aurait dit Kipling.

Nous voilà donc avec une série de reportages qui montrent les comportements viciés de l’Amérique, les conséquences de ceux-ci sur le quotidien des gens (en langage non codé, cela veut dire les « petites gens », les humbles) mais aussi la capacité de réaction d’une partie de la société américaine. Ce sont donc autant de petites leçons sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour éviter que l’eau ne devienne une cause de conflits plus violents. En effet, il ne faut pas croire que ces exemples d’Outre-Atlantique soient totalement déconnectés de ce qui se passe chez nous

Les abus manifestes

Quand l’eau est rare ou le devient, elle est un luxe dont vont s’accaparer les plus nantis, ou si vous voulez voir large, les gens aisés. Ainsi voici deux exemples de ces abus manifestes qui montrent l’égoïsme et l’inconscience de certains :
https://www.lemonde.fr/planete Pomper l’eau du Colorado pour jouer au golf dans le désert de l’Utah
https://www.lemonde.fr/planete En plein désert, les vertes pelouses de Saint George
Scandaleux en effet, ce pillage de l’eau pour le confort des uns et même pour le simple divertissement des autres. Mais cela se passe si loin de nous que nous aurions tort de monter sur nos grands chevaux. Ah, bon ! Croyez-vous ? Mais qu’est-ce que ces piscines dont l’eau est renouvelée tous les jours dans l’arrière-pays du Luberon ou sur la Côte d’Azur, là où par ailleurs, la gestion de l’eau est tendue même en dehors des périodes de canicule ou de sécheresse extrême.

Quand l’eau est une marchandise
L’eau est un bien commun et à ce titre, tout le monde devrait pouvoir y accéder gratuitement, moyennant toutefois une contribution aux coûts d’acheminement de celle-ci, ne serait-ce que pour nous inciter à une consommation responsable. Mais comme l’eau de qualité irréprochable devient, pour certains, une obsession et que cette qualité n’est pas totalement garantie, il s’est créé un marché, aidé en cela par d’habiles hommes de marketing qui jouent sur la corde sensible de la santé et de la bonne forme. Du coup, cela attire les convoitises et donc les abus de pouvoir économique. Evidemment il existe des cas scandaleux et celui dont parle Le Monde en est un des plus flagrants https://www.lemonde.fr En Californie, les bouteilles amères de Nestlé  puisqu’il se passe dans un des Etats qui, connaissant une pénurie chronique a mis en place des règles qui ailleurs apparaîtraient tyranniques pour gérer l’accès à ce bien commun. Mais là encore cela se passe si loin de nous et la Californie est une telle terre d’excès et de contraste qu’on ne peut pas en tirer des conclusions pour nous. En êtes-vous si sûr ?

Voilà, ceci se passe en France et pas n’importe où : https://www.capital.fr VITTEL : fronde contre Nestlé, accusé d’épuiser l’eau Certes les Vosges, ce n’est pas la Californie mais quand même on reste rêveur devant de telles pratiques mais cela semble monnaie courant dans notre beau pays comme le montre ce document en Pdf http://www.lemeeb.net/inc/img/pdf_outils/LeMeeb_A4.pdf

Le groupe suisse n’est donc pas le seul, tant s’en faut. Partout où il y a de l’argent à se faire, l’eau, ce bien commun est devenu une marchandise, justifiant toutes les manoeuvres

L’eau une menace

C’est paradoxal mais l’eau qui est source de vie peut être aussi une menace quand elle se répand n’importe comment et n’importe où. Avec les changements climatiques, la fonte des glaces qui en résulte, l’élévation de la température des océans qui provoque une expansion de la masse d’eau rendent les zones littorales vulnérables. Et si on rajoute des tempêtes de plus en plus violentes, cela peut devenir catastrophique pour certaines contrées. Aux Etats-Unis, la Louisiane en est une parfaite illustration https://www.lemonde.fr La Louisiane cernée par les eaux
Mais le Bayou est un biotope particulier et des cyclones comme Katrina, cela n’existe qu’en Amérique. Certes mais en France, a-t-on oublié la tempête Xinthia et ses dégâts sur la côte vendéenne ? Et nombre de points de notre littoral subissent hiver après hiver les attaques de la mer et si on en croit les services de l’Etat, la submersibilité des côtes n’est pas qu’une hypothèse mais bien un risque  http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr La submersion marine et l’érosion côtière

L’eau souillée mais rien n’est irréversible

La pollution de l’eau et notamment des cours d’eau fut une des premières prises de conscience écologistes en France. Mais pas qu’en France. Et dès qu’il y a prise de conscience, il y a toujours des femmes et des hommes pour se lever et dire que ce n’est plus possible et pour démontrer qu’à force de volonté et pour peu qu’on y mette les moyens, rien n’est irréversible. Là aussi les Etats-Unis nous en offrent quelques exemples :
https://www.lemonde.fr/planete/ Et au milieu coulait une rivière… polluée devenue https://www.lemonde.fr/ Dans le Montana, la résurrection de la Blackfoot
Ou encore cet exemple washingtonien La « rivière oubliée » de Washington 11

Tiens, cette rivière dans une capitale, cela me rappelle …la Seine, dans laquelle le maire de Paris Jacques Chirac avait promis de se baigner en….1988. Depuis, il a dû oublier. Il y a bien des endroits où la qualité de l’eau des rivières est redevenue correcte, même en France mais c’est toujours une question de volonté politique et de moyens financiers.

Bref, tous les sujets abordés par l’enquête du Monde sur l’eau aux Etats-Unis auraient pu être traités avec des exemples français, preuve qu’il s’agit là d’un problème qui concerne tous les pays y compris les plus développés. Et encore tous les sujets n’ont pas été abordés, dont certains sont source de conflits en France : l’irrigation et la création de barrage de retenue, les algues vertes et la pollution d’origine agricole des cours d’eau côtiers pour ne citer que les plus médiatisés.

 

L’eau est bien un sujet majeur des décennies à venir et pas forcément à l’autre bout du monde. La preuve en est que Le Monde a enchaîné avec un nouveau mini-feuilleton de l’été dont le titre générique est « l’histoire de l’eau » mais ceci est une autre histoire comme aurait dit Kipling.

 

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