BdC 120 La transition énergétique n’est pas simple (volet 2)

La COP 21 a accouché d’un très bel accord qui n’a qu’un petit défaut : il n’a pas les moyens de son financement. Certes, il y a bien eu cette belle initiative portée notamment par Jean-Louis Borloo, l’Alliance Solaire Internationale mais soutenue essentiellement par des pays sans grand moyens budgétaires. Les bonnes nouvelles de ces derniers jours, c’est d’abord que les pays un peu plus riches commencent sérieusement à s’impliquer dans le processus https://www.actu-environnement.comL’Alliance solaire consolide ses objectifs
Il faut dire qu’il faut quand même trouver 1.000 milliards de dollars pour équiper les pays inter-tropicaux en capteurs solaires. La connivence affichée entre le Président français et le Premier Ministre indien est un atout indéniable mais ne sera sûrement pas suffisant pour atteindre cet objectif de « tour de table financier ».

Et c’est là où une nouvelle initiative, prise dans le cadre de la réunion du GIEC à l’UNESCO devient intéressante https://www.ouest-france.frUn Pacte finance-climat pour sauver l’accord de Paris
Si la société civile s’engage dans le débat et surtout s’engage dans le cadre des futures élections européennes pour faire de l’Union Européenne le fer de lance de l’équipement électrique de l’Afrique, d’une partie de l’Asie tropicale et de l’Amérique Centrale, il peut y avoir là le ferment d’un mouvement de fond. Reste à savoir si ce collectif citoyen arrivera à atteindre une taille critique suffisante au niveau des 27 pays de l’Union. A suivre donc ici par exemple https://climat-2020.eu/

Hélas, car les choses ne sont jamais simples, en même temps qu’il inaugurait une centrale photovoltaïque de 75 MW dans le Nord-Est de l’Inde, il vendait au gouvernement indien qui l’accompagnait dans cette inauguration 6 tranche de centrales nucléaires de type EPR https://www.huffingtonpost.frEn Inde, Macron ne jure que par le solaire (tout en vendant du nucléaire). Le « en même temps » est justifiée en s’appuyant sur les arguments fournis par la nucléarocratie : l’énergie nucléaire est une énergie propre car elle a le meilleur bilan carbone sauf peut-être l’hydroélectricité. L’argument est audible si on considère que l’urgence majeure est la lutte contre le processus de dégradation climatique qui s’accélère et que l’éventuel risque qui pèse sur des générations sur plusieurs millénaires pèse peu face à un risque plus palpable qui concernera les deux prochaines générations. C’est un pari risqué et un mode d’appréhension du risque qui pose comme hypothèse que Tchernobyl et ses erreurs humaines ou Fukushima et son accumulation d’aléas climatiques forts peuvent être évités dans le cadre d’une politique de sûreté nucléaire plus contraignante. C’est surtout fondée sur une croyance (je pourrais même dire une foi) dans la toute-puissance de la science et que celle-ci arrivera un jour à résoudre ce qui apparaît encore comme la quadrature du cercle : le traitement définitif des déchets nucléaires ultimes les rendant totalement inoffensifs. Ce sont le genre de pari qu’on ne prend pas à la légère

Quand on est dans l’action gouvernementale, il est parfois difficile de trancher de tels dilemmes. Ceci explique peut-être cette prise de position qui en a surpris plus d’un : https://www.actu-environnement.comNucléaire : il faut « probablement » modifier la loi de transition énergétique, selon l’entourage de Hulot
Quand on est face à une horde d’Ingénieurs Généraux qui, assis sur un monticule de certitudes amassées tout au long d’une longue carrière dans la Haute Administration ou la haute Industrie où le « ce n’est pas possible, monsieur (ou madame) le Ministre ! » et le « Mais il n’y a pas d’autres solutions, voyons ! » (où tout est dans le ton sur lequel ce « voyons » est assené) leur ont servi de viatique pour un parcours sans contestation, quand on est face à ces gens-là, donc, bien des convictions militantes les mieux accrochées vacilleraient.

Mais tout est dans le « probablement » et ce probablement pourrait se transformer en « peut-être » voire même en « sauf si.. » parce que toutes les cartes n’ont pas été mises sur la table.

En effet outre le incertitudes qui pèsent sur l’avenir de toutes les filières de production d’énergie, il y a un autre élément mal maîtrisé à prendre en compte : l’évolution de la demande. Il y a donc une forme d’escamotage intellectuel à aborder l’exercice de programmation quinquennal de l’énergie qui engage quand même des choix d’investissement cruciaux sans qu’on se soit mis d’accord sur les scénarios de consommation https://www.actu-environnement.comProgrammation de l’énergie : les scénarios de consommation, grands absents du débat public
C’est à peu près aussi idiot que de vouloir résoudre une équation du premier degré à deux inconnues en oubliant même de définir le second membre de l’équation. N’importe quel élève de 2° sait qu’algébriquement, c’est scabreux. Par contre des hypermatheux comme les Polytechniciens, cela ne les fait même pas sourciller. Comme quoi même les problèmes simples les troublent. Alors imaginez ce que ça peut être quand ils sont confrontés à une question aussi compliquée que la modification progressive de notre mix énergétique.

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