Etats-Entreprises, le bras de fer ou le sourire de velours chapitre 4 et nous là-dedans?

Nous vivons certainement une période importante de l’économie mondiale marquée par une mutation du système capitaliste dont le socle a été son essor parallèle avec celui des Etats-Nations au XIX° siècle et la première moitié du XX° siècle. Plusieurs voies sont possible dont l’une, discrète, a été décrite par Edgar Morin dans un article resté célèbre http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/01/09/eloge-de-la-metamorphose-par-edgar-morin_1289625_3232.html« Eloge de la métamorphose » et publié en janvier 2010, d’autres plus visibles sont à l’oeuvre sous nos yeux.

L’affaire semble donc entendue : les nouveaux maîtres du monde ne seront plus ces chefs d’Etats qui, de sommet en sommet, n’ont pas arrêté de nous amener à l’abîme. Non, les nouveaux maîtres du monde seront ceux qui, de krach boursier en krach boursier, auront sans cesse étoffé leur grosse pelote en puisant dans nos petits bas de laine. Mais est-ce bien inéluctable? Pas si sûr.

J’avais déjà attiré hier votre attention sur un petit graphique qui démontrait que Facebook vivait royalement à nos crochets sans même que nous nous en rendions compte, mais après ce ne serait pas bien grave car justement comme nous nous en rendons pas compte, c’est que c’est indolore donc inoffensif. Certes, sauf que..l’homme ne vit pas que d’économie, il vit aussi de philosophie, d’art, de liberté de pensée PAR lui-même et ça pourrait être remis en cause par ces entreprises de décervelage , mais j’aurai l’occasion d’y revenir dans un autre chapitre ce mois-ci. Mais si on en reste à la finance, cette apparente innocuité ne l’est peut-être pas tant que cela car, sauf à considérer que cette énorme masse d’argent est purement virtuelle, ce que d’aucuns sont prêts à croire, si de l’argent part par là, il doit bien venir de quelque part donc vraisemblablement aussi de votre poche comme de la mienne. Un des meilleurs moyens de nous le prendre, c’est par exemple de nous faire payer à leur place leur contribution au financement des biens communs. D’ailleurs, certains ont commencé à regimber et ceci explique d’ailleurs en partie les réactions de nos têtes d’hydre. En effet, vous avez peut-être remarqué que le dernier article que je citais dans mon précédent billet (mais peut-être ne l’avez-vous pas lu, pressé par le temps comme nous le sommes tous surtout quand nous n’avons rien d’autre à faire), se terminait par cette phrase : « Spécialiste de « l’optimisation fiscale », comme les autres Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), au point de susciter des appels au boycott, Amazon avait assuré en mai 2015 qu’il allait déclarer ses revenus en France, et non plus au Luxembourg comme jusqu’alors. »

Eh oui! Et si en fin de compte les arbitres de ce combat de titan c’était lui le petit, le minuscule, le négligeable : le consommateur qui est aussi contribuable et citoyen. Et pour les uns comme pour les autres, le cauchemar absolu est qu’il ne joue plus le jeu. Dans les démocraties occidentales, cela a déjà commencé et ça s’appelle l’abstention, au point que tous ceux qui vivent par, pour et de ce système commencent à s’en inquiéter, mais leur inquiétude ne sera rien ,comparée à celle des chefs d’entreprise qu’une menace de boycott fait blêmir. Il suffit de lire les réactions récentes aux annonces pourtant anodines d’une moindre addiction aux réseaux sociaux.

Donc le consommateur peut être un puissant frein à ces nouveaux impérialismes. Et cela peut marcher dans à peu près tous les secteurs. Prenons par exemple un autre bras de fer à notre échelle nationale : celui qui opposent producteurs, transformateurs et distributeurs de denrées alimentaires. Il est réconfortant de lire ceci http://www.novethic.fr« C’est qui le patron » est le plus gros succès pour une nouvelle marque depuis 30 ans Certes, cela n’a pas encore bouleversé les codes de la grande distribution mais cela fait partie de ces petits mouvements « ces commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés » dont nous parle Edgar Morin dans l’article cité en chapeau de cette série de quatre billets.

Mais dans le domaine qui nous concerne, où les entreprises ne vendent rien, si ce n’est vous-même, comment peut fonctionner cet évitement, alors que nous sommes tous plus ou moins dépendants des services que, malgré tout, ces groupes rendent . En effet, comment sans fournisseurs d’accès, sans navigateur, sans réseaux sociaux, comment pourrais-je par exemple communiquer avec vous? Il y a bien cette solution https://degooglisons-internet.org/ et les outils qui se développent autour https://framasoft.org/ mais ceux-ci sont encore d’un usage compliqué à tous ceux qui comme moi ne sont pas familier de ces outils bricolés entre petits génies qui se comprennent entre eux mais semblent oublier que dans leur champ lexical, nous sommes, pour la plupart, analphabètes.

D’autres sont plus accessibles parait-il l’April, , la Quadrature du Net , l’Aful. . Il s’agit là aussi peut-être d’autres petits bruits qu’il conviendrait d’amplifier pour continuer à naviguer avec autant d’aisance sans tomber sous les fourches caudines d’entreprises qui insidieusement nous imposent une certaine façon de comprendre le monde. Cette forte imprégnation idéologique de notre quotidien porte un nom, cela s’appelle un totalitarisme. Le vrai enjeu est sûrement là.

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