Financer l’ESS malgré tout

Les deux précédents billets que j’ai consacré au financement de l’Economie Sociale et Solidaire ont dû décourager celles et ceux qui veulent donner un sens à leurs investissements en les rendant utile à la collectivité.
Comme la plupart de ceux-là, j’ai fait la déprimante expérience de contacter mon banquier habituel qui n’avait rien à me proposer. Il faut dire que lorsque je lui ai parlé d’implication dans le Développement Durable, il m’a répondu « ampoule LED dans mon bureau et économiseur d’eau dans les toilettes de l’agence ». Du côté des banques mutualistes, c’est un peu mieux : un placement classique avec partage des intérêts avec une association , choisie parmi une liste imposée par la banque. Pas très fun.

Alors il y a la « Finance Solidaire ». Alors je suis allé sur le site de Finansol et j’ai trouvé cela https://www.finansol.org/ qui ne m’a pas appris plus que ce que je savais déjà, et vous aussi si vous avez lu les deux premiers billets Bon, on connaît les limites de la finance solidaire et on peut les accepter, faute de mieux. C’est pratique.

Et puis incidemment alors que je me désespérais de placer mes « trois francs six sous » d’une façon qui me déculpabilise complètement de « placer mon fric », j’ai entendu ceci https://www.franceinter.fr/emissions/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-24-janvier-2018 L’émission « Carnet de campagne », au lieu de décrire quelques unes de ces magnifiques petites initiatives locales qui donnent envie de les aider, recevait Françoise Bernon du labo de l’ESS. Ce qu’elle dit est frappé au coin du bon sens et de l’évidence. L’Economie Sociale et Solidaire vit et s’inscrit dans un territoire (j’allais écrire terroir) et c’est donc dans ce territoire que les plus belles initiatives en matière de transition écologique et sociale doivent trouver leur substance. élémentaire mon cher Sibille. Deuxième évidence : les micro-projets qui sont le tissu de l’ESS de terrain, est-ce encore de l’économie ? Se pose-t-on la question quant à l’appartenance des TPE-PME des artisans, des commerçants, des micro-entrepreneurs, des auto-entrepreneurs à l’économie. Non évidemment, car si vous les enlevez, vous supprimez la trame économique d’une région. Eh bien pour l’ESS, c’est pareil.

Du coup, face à cette double évidence, la réponse à mes interrogations métaphysiques vient d’elle-même : je vais financer les micro-projets de MON territoire. Oui mais comment faire ?

Alors là, miracle : les outils ne manquent pas.

Premièrement , puisque vous vous voulez investir « solidaire », il existe des clubs d’investissement qui fonctionnement solidairement et cela fait même une bonne trentaine d’année que cela existe. Peut-être est-ce parce que les premiers sont apparus dans le Nord de la France qu’ils se sont baptisés « Cigales ». Je pourrais vous en parler longuement mais le plus simple est que vous alliez directement sur leur site http://cigales.asso.fr/ et je vais même vous mâcher le travail en vous guidant vers la Cigale la plus proche de chez vous Localisation des CIGALES Je vous signale toutefois que vous aurez plus de chance d’en trouver une à deux pas si vous êtes dans l’Ouest armoricain plutôt que dans les pays d’Oc. Cette inégale répartition n’est pas un handicap. Dans ces régions, comme en Normandie, c’est parfois gratifiant d’être un défricheur. C’est finalement assez simple de mobiliser l’épargne local lorsqu’il y a des projets locaux. Comment expliquer sinon la prolifération des Cigales en Ille-et-Vilaine à l’ombre des ailes des éoliennes citoyennes. Vu les sommes collectées (2,5 Millions seulement) il y a des marges de progression certaines et c’est un euphémisme. Tentez l’expérience, c’est finalement assez facile Organisation des CIGALES, parfois un peu risqué, jamais très rémunérateur

Et puis vous pouvez financer directement des entreprises coopératives en entrant dans leur capital. Savez-vous que si les salariés doivent détenir au moins 51 % du capital de leur Société Coopérative et Participative (les fameuses SCOP), il vous est loisible de mettre jusqu’à 49 % du capital mais vous n’aurez qu’une voix lors des décisions collectives http://www.les-scop.coop/sites/fr/ Encore faut-il connaître un projet de SCOP ou une SCOP en croissance dans votre entourage

L’économie sociale et solidaire, alors même qu’on lui concoctait les outils bancaires de la finance solidaire, en 2001, a inventé un nouveau type de société qui, à mon avis est la forme la plus aboutie de l’entreprenariat collectif, puisque statutairement, il oblige à associer TOUTES les parties prenantes, sauf peut-être les fournisseurs, la Société Coopérative d’Intérêt Collectif, la SCIC. Si vous ne connaissez pas voici un lien qui vous en dira plus http://www.les-scic.coop/sites/fr/les-scic/les-scic/qu-est-ce-qu-une-scic.html Incidemment, dans le cadre de son projet PACTE Nicolas Hulot pourrait d’ailleurs s’en inspirer plutôt que d’inventer le gadget de modification de l’article 1832 du Code Civil. Pourquoi alors me direz-vous, n’y en a-t-il pas plus? La réponse est là https://www.creerentreprise.fr/creer-une-scic-avantages/, Si ce statut a de nombreux avantages, il a quand même un ou deux inconvénients majeurs, c’est compliqué à monter et la gouvernance est lourde. Simplifier un peu tout cela ne nuirait pas à l’ensemble. Le plus dur sera donc pour vous, investisseurs solidaires, de trouver un projet de SCIC ou si vous connaissez un projet sans SCIC de trouver les composantes de différents collèges. Mais quand ça aboutit qu’est-ce que c’est gratifiant!

Si investir dans l’agriculture, biologique par exemple, vous avez un système simple https://terredeliens.org/Si vous êtes urbains, cela ne pose pas de problème.

Restent les éternels parents pauvres de l’ESS, les associations. Pas de capital, donc pas d’investissements direct donc. Détrompez-vous. Grâce à cette plate-forme https://www.helloasso.com/ vous pouvez, adhérer ou faire un don à des multitudes d’associations et c’est simple comme un clic. Enfin a priori car il vaut mieux connaître un peu le maniement de son clavier. Rentabilité nulle garantie. Là, votre épargne fondra à coup sûr. Mais de temps en temps, un don c’est un magnifique cadeau que nous offre la vie.

Bref, vous avez compris qu’en dehors des circuits financiers, il existe quantité de moyens de rendre son argent utile localement. Une seule condition : être un peu à l’écoute de son territoire! Mais vous l’êtes bien entendu, sinon mes histoires d’ESS ne vous aurez pas intéressé.

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Un commentaire pour Financer l’ESS malgré tout

  1. Suzanne Auger dit :

    Merci, merci Dominique, de cette réponse. Figure-toi que nous avons déjà expérimenté les Cigales. Malheureusement avec notre voisin d’immeuble, qui en a été un moment président, alors que notre Cigale avait trouvé des porteurs de projets, mais notre président était très strict sur les critères d’entreprise à soutenir, surtout pas des projets de gens qui tentaient de lancer leur boite. Il nous a tellement pourri la tête qu’on a tous abandonné. Il est parti chasser sur d’autres terres associatives, je vais retourner voir merci. Et on est aussi déjà à Terre de Liens.. J’aurais pu me creuser un peu plus la tête;;; Bisous Suzanne >

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