Demain, les robots

En 1967, en pleine explosion du Flower Power hippy, Isaac Azimov publiait le recueil de nouvelles appelés « les robots » et s’inscrivait ainsi dans la lignée de ces auteurs de science-fiction qui ont imaginé un monde où cohabiteraient des humains et des êtres plus ou moins mécaniques, plus ou moins biologiques que ces humains auraient conçus, la créature du Dr Frankenstein , les « travailleurs » de Karel et Josef Capek, tous héritiers plus ou moins assumés du Golem de la tradition hébraïque d’Europe Centrale. Il s’agissait évidemment de fiction autant que de science comme cela avait été de la guerre des mondes imaginée par H.G. Wells à la fin du 19° siècle et mis en scène et en ondes par son presque homonyme Orson Welles, qui provoqua une belle panique dans les Etats-Unis du New Deal. Il y a donc dans l’irruption des machines connectées dans notre univers cette part d’inconscient qui nous les fait appréhender.

Il y a d’abord la menace sur l’emploi qui est brandi par de nombreuses Cassandre http://www.novethic.fr/ D’ici 2030, 375 millions de travailleurs vont devoir changer de métier à cause de l’automatisation ce qui n’est pas sans rappeler tous les cris d’alarme qui ont accueilli les grands sauts technologiques ayant jalonné l’évolution de la société industrielle. Notons qu’à chaque fois, l’organisation et la répartition du travail et de l’activité s’est adaptée, de nouveaux métiers, de nouvelles activités sont apparus, permettant à la plupart d’y trouver sa place à défaut d’y trouver un intérêt. Mais quand j’écris la plupart, je ne veux pas dire « tous » et c’est peut-être là où le bât blesse. Hormis, cette courte période entre 1955 et 1972, où il y eut le plein emploi, il y a toujours eu une partie de la population qui avait du mal à s’insérer dans les nouveaux circuits. La nouveauté depuis une trentaine d’années, c’est que la révolution dans les modes de production va beaucoup plus vite que l’évolution des circuits de production et de répartition de l’activité et ce décalage d’adaptation fait que pour un certain temps encore, si aucune mesure volontariste n’est mise en œuvre, la crainte d’être déclassé voire exclu sera la principale inquiétude de nos concitoyens face à la robotisation de l’économie.

Mais en terme de menace, il y a peut-être pire. A cet égard, je ne saurai trop vous conseiller de regarder la vidéo qui est intégrée à cet article http://www.novethic.fr/Tuerie de masse et assassinat ciblé, les robots massacreurs un danger pour l’humanité

https://youtu.be/9CO6M2HsoIA

On a beau savoir qu’il s’agit là d’une mise en scène à la Orson Welles, cela fait quand même froid dans le dos. Toutefois, gardons à l’esprit que , aussi sophistiquée que puisse être une machine, elle ne pourra jamais avoir d’autres finalités, d’autres logiques de fonctionnement que celles de ses créateurs. Sauf à être démenti par plus savant que moi en cybernétique, je ne peux pas croire qu’une machine puisse inventer quoi que ce soit : elle ne pourra tout au plus aller plus vite et plus loin dans un enchaînement logique de plusieurs données, elle n’inventera pas la logique entre ces données et c’est ce qui caractérise la pensée humaine. Comme toute technologie, et peut-être même plus que la plupart d’entre elles, l’Intelligence Artificielle, puisque c’est de cela dont il s’agit, peut être porteuse du meilleur comme du pire. Le pire semble avoir été scénarisé dans la petite vidéo que vous venez de voir. Le meilleur, on n’en sait encore rien, mais que les entrepreneurs les plus en pointe sur cette question aient décidé de faire un coup d’éclat avec cette vidéo est plutôt un signe fort de la ligne rouge à ne pas franchir : http://lefigaro.frPour Elon Musk, l’intelligence artificielle pourrait menacer la civilisation

D’ailleurs, l’Intelligence Artificielle n’a pas que des mauvais côtés et dans certains secteurs, sa bonne utilisation peut s’avérer bénéfique : http://tnova.fr/notes/la-sante-a-l-heure-de-l-intelligence-artificielle La teneur de cette note est bienveillante car elle met la puissance de la technique totalement au service de l’intelligence et de la sensibilité de l’être humain

Pour autant, l’évolution récente des entreprises que ces grands « humanistes » ont créé et dirigent ne sont pas faites pour nous rassurer. Il est inutile ici de rappeler les rappels à l’ordre de plus en plus fréquents et pressants concernant les intrusions dans la vie privée des GAFA. Malheureusement, ils semblent avoir fait des petits et ici l’expression peut prendre un double sens puisque les premiers visés sont les enfants : http://www.sudouest.frSécurité et vie privée : faut-il se méfier des jouets connectés ?

Il est inutile de rappeler ici non plus leur poids financier et du coup leur capacité à investir parfois à fonds perdus dans des projets délirants. Mais pour un Elon Musk qui délire dans les voyages interspatiaux et les voyages terrestres à très très grande vitesse mais alerte sur les dérives de l’intelligence artificielle, combien de ses multimilliardaires caressent des projets frankesteinien comme le patron de Google

Dès 2013 Google et les transhumanistes « …Ray Kurzweil, le « pape » du transhumanisme, a été embauché par Google comme ingénieur en chef pour faire du moteur de recherche la première intelligence artificielle de l’histoire… »

2 ans après on en était déjà là : Google : La stratégie secrète pour transformer l’humanité

2 ans passent encore et voilà le projet est prêt : Google, ou la révolution transhumaniste via le Big Data « …le projet de « fusion » entre le vivant et le digital porté par le géant de l’informatique américain… »

Il n’est pas non plus inutile, dès lors, de se demander quel danger pour nos libertés il y aura à laisser faire ces quasi-monopoles dont la puissance financière est souvent supérieure à celle des Etats . N’y a-t-il pas déjà urgence à légiférer au niveau mondial ? Pour revenir à mon point de départ, c’est à dire Isaac Azimov, je rappelle que dès le début de sa saga la règle est posée : il fallait des lois pour éviter que tout parte en quenouille et elles étaient au nombre de trois :

Première Loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » ;

Deuxième Loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. » ;

Troisième Loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »

Dans le monde d’Azimov, cela était censé protéger les humains des robots mais quelle disposition pour protéger les humains contre les délires d’autres humains plus puissants qu’eux. Cela interpelle notre conception de la démocratie.

Tiens à propos de démocratie, je ne saurai terminer ce billet sans un petit trait d’humour sur les limites de l’action des robots face à l’exercice de la démocratie http://www.letelegramme.frÉlections. La fin des machines à voter ? Tant que la machine aura de telles ratées, on peut être à moitié rassuré.

Mais je tiens quand à réaffirmer qu’il serait très surprenant qu’un jour nous soyons supplanté par les machines . J’ai en effet en tête deux citations. La première est du philosophe Alain, si je ne me trompe : « Penser, c’est perdre le fil. » L’homme est un « roseau pensant » a écrit un autre philosophe, Blaise Pascal et quand nous nous mettons à penser, nous acceptons que nous entrions dans un cheminement où les ruptures d’enchaînement logique seront inévitable. Or, cela une machine dont le fonctionnement est fondé des algorithmes parfois très sophistiqués risque d’avoir du mal à reprendre un cheminement logique après des ruptures aléatoires.

La deuxième citation qui me vient à l’esprit m’est fourni par le grand Rabelais : « pour ce que rire est le propre de l’homme. » Le rire, arme de dérision massive, nait souvent d’une incongruité, c’est à dire là aussi d’une rupture dans une chaîne logique attendue, dont le rieur a perçu immédiatement ce que cette rupture induisait . Même pour la forme la plus triviale du rire qu’est la contrepèterie, il n’est pas sûr qu’une machine, malgré toute son agilité à gérer, décortiquer et analyser en une nanoseconde toutes les options qu’offre un phrase, arrive à comprendre tout le sel de cet extrait de « l’album de la comtesse. » : « Ils habitaient des gîtes Quai Branly. ».

Publicités
Cet article, publié dans démocratie, je dis ton nom, l'économie comme on la subit, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.