Brève de compteur n° 115 : Regarder passer les trains en s’engueulant

Depuis déjà quelques temps, on le supputait : les progrès technologiques et l’industrialisation rapide des processus de production allaient avoir rapidement un effet décisif sur les coûts de production du solaire et de l’éolien. Une telle évolution, quand elle aurait lieu bouleverserait indéniablement tout l’équilibre économique de ce qu’on appelle le mix énergétique . Or une étude vient de montrer que ce moment était arrivé https://www.euractiv.fr/Les renouvelables font sombrer en désuétude les objectifs énergétiques européens
Compte tenu des résistances qui se font jour ici et là, on pourra juger que les objectifs affichés dans cet article sont trop optimistes et on aura peut-être pas tort. Reste cependant que cela ouvre des perspectives éclatantes à ceux qui n’hésitent pas à investir dans ces filières maintenant que les plâtres ont été essuyés par les pionniers. Par contre les perspectives s’assombrissent pour ceux qui misent sur le maintien d’une part élevée d’électricité d’origine fossile . A cet égard, je ne résiste pas au plaisir de citer in extenso la directrice de la communication du réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité : « Il n’y aurait donc plus besoin de construire «davantage de centrales électriques, souvent très polluantes pour assurer la stabilité des réseaux quand le vent ne souffle pas ou que le soleil ne brille pas » Venant d’une organisation qui a tout intérêt à ce que l’alimentation des réseaux soit régulière, cet avis a du poids et plombe encore un peu plus les projets de développement des centrales à charbon, comme en Pologne, ou des centrales à gaz, comme à Landivisiau (pour ne prendre qu’un exemple que je connais un peu).

Si l’article d’Euractiv que je cite en référence stigmatise la frilosité des eurodéputés sur le pack énergétique , que dire des objectifs du gouvernement français qui, se fondant sur une vision encore plus malthusienne de ses ingénieurs, juge peu réaliste de faire descendre la part du nucléaire en dessous de 50% ? Il est vrai que dans ce réalisme entre pour une bonne part une vision clairvoyante de la capacité d’investissement actuelle de la France et de ses opérateurs et pour une autre part la sociologie particulière de la France, pays fondamentalement conservateur et à l’esprit rentier, où des lobbys locaux sont capables de bloquer pendant des années des projets au nom d’une vision nombriliste de la notion de paysage et d’un attachement harpagonien au patrimoine immobilier, au mépris des intérêts des générations futures. Tout ceci, je l’ai déjà exprimé peu ou prou dans une série de billets depuis le début de l’automne, dans ce qui commence à ressembler à un feuilleton
Brèves de compteur n° 104 Les Etats investissent… chacun à sa façon
Brèves de compteur n° 106 coups de vent en mer
Brèves de compteur n° 107 Tout est question de mentalité
Brèves de compteur n° 111 : Financer la transition énergétique
Brèves de compteur n° 113 /Transition énergétique : Du retard ? c’est peu dire!
BdC n° 114 énergies renouvelables : les résistances au vent !

Tout ceci ne serait que grognement d’un ronchon qu’exaspère la lenteur que met notre pays à entrer dans le XXI° siècle si cela n’avait aussi des conséquences économiques. C’est ce qu’exprime à sa façon le site « les énergies de la mer » : https://energiesdelamer.euLes EMR en France : Les industriels devront probablement d’abord exporter ! Ce n’est en effet pas un calcul astucieux de faire supporter tous les frais de recherche et de développement d’un expérimentateur à la collectivité nationale pour ensuite en faire profiter d’autres pays. Cela dit, il vaut mieux exporter la technologie des hydroliennes ou des éoliennes flottantes que celle des EPR.

Mais pour en revenir au coût de notre mix énergétique, à délaisser des filières dont les coûts s’effondrent pour maintenir à un niveau atteint nulle part ailleurs dans le monde une filière arrivée à la limite de l’obsolescence et dont les coûts masqués (démantèlement, gestion des déchets, remise à niveau technique et de sécurité) ne cessent d’augmenter de façon vertigineuse, les pouvoirs publics ont fait un mauvais calcul qui risque de pénaliser à terme la compétitivité de l’économie française. Nous sommes en peu dans la situation de ces voyageurs qui, indécis sur la destination à prendre ou trop impécunieux pour acheter le bon billet restent sur le quai et regardent passer les trains. Le pire dans notre cas est que cela vient de ce que nous nous écharpons au nom de principes aussi stupides qu’abscons plutôt que de s’asseoir autour d’une table et analyser de façon pragmatique la meilleure voie pour pouvoir reprendre le train en marche.

Pendant ce temps-là, d’autres ne se posent pas vraiment de question et flairant les bonnes affaires mettent dans la balance tout le poids de leur puissance financière https://www.actu-environnement.com/Mais que fait Google dans le monde de l’énergie ?
Cet article répond en partie à la question que je me posais hier sur l’usage que pouvait faire les GAFA de leur pactole financier, dans ce billet, Les chiffres d’un jour. Prises individuellement, toutes ces initiatives que portent ou soutiennent les états-majors de Google semblent aller dans le bon sens pour la planète, mais quand elles se concentrent entre les mains des quelques mêmes personnes, il y a un danger monopolistique. Or les monopoles, qu’ils soient privés ou sous contrôle étatique ont toujours, je dis bien toujours, produit des monstres et des catastrophes. Je ne vois pas pourquoi il en serait différemment pour Google ou ses collègues de la nouvelle économie surtout quand on sait que cet nouvelle hydre de l’économie mondiale pousse ses pions dans tous les secteurs qui sont autant de menaces pour une conception humaniste de la vie en société : l’internet des objets, le transhumanisme, la robotisation de l’activité humaine et des rapports sociaux en quelque sorte. Mais ceci est une autre histoire, comme l’aurait dit Rudyard Kipling

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