Paradise papers , le bal des hypocrites

Assez rapidement les uns après les autres, dans le petit Landerneau politique, manifestent leur réprobation en faisant semblant, pour certains, de découvrir ce qu’un consortium de médias indépendants est en train de mettre sur la place publique sous le nom de code « Paradise Papers ». D’aucuns sont réellement outrés et on les comprend, pour les autres on comprend moins ce brutal accès de vertueuse ire.

Il y a d’abord ceux qui ont la mémoire courte : Communiqué de presse du 6 novembre 2017 – http://www.deputes-socialistes.eu/paradisepapers-lenfer-de-limpunite-fiscale/ #ParadisePapers : l’enfer de l’impunité fiscale Leur charge est violente et juste contre ce système mais ils oublient que eux ou leurs amis politiques ont été en charge des affaires publiques en France à une époque où un certain nombre de textes ont été votés dont la fameuse loi bancaire qui en ne séparant pas les fonctions de banques de dépôt et de banque d’affaires permettait que certaines pratiques dénoncées ici perdurent. Ils oublient aussi que , en tant que parlementaires européens, ils n’ont pas sanctionné la politique indulgente de la Commission vis-à-vis de paradis fiscaux, dont certains sont communautaires. Cela dit, leur colère tardive est quand même salutaire car elle montre que les mentalités changent et après tout, comme le disent les Evangiles « Bienvenue aux travailleurs de la onzième heure, le Paradis leur est ouvert ! »

D’autres ont carrément perdu même la mémoire immédiate. En effet, le ministre de l’économie a raison de dire ceci : http://www.lemonde.fr/Pour Bruno Le Maire, l’évasion fiscale est une « attaque contre la démocratie » et nous verrons plus loin pourquoi, mais il semble oublier que son ministère, à sa façon contribue à donner raison à ceux qui « optimisent » . En effet en instaurant une taxe identique, non progressive sur les revenus du capital, http://info.economie.lefigaro.frFlat tax : les 1% plus aisés concentreront 44 % des gains son gouvernement essaie d’aligner vers le bas le régime fiscal français sur les régimes européens plus favorables, espérant ainsi faire revenir ou attirer les capitaux nomades. La liste des bénéficiaires des petits arrangements fiscaux, grâce à la loi, montre que cet espoir est vain car ce n’est pas le « trop d’impôt » qui pousse ceux-ci à biaiser avec leur fisc national, mais l’idée même d’impôts puisque dans leur pays d’origine, l’imposition est généralement plus légère, voire beaucoup plus légère qu’en France. Pour eux, l’impôt n’est pas une contribution à la vie d’un groupe social mais juste « un coût » qu’il convient de minimiser au maximum. Ainsi donc en envoyant ce signal à ceux qui vivent principalement de leurs revenus financiers, le ministre justifie à sa façon leur allergie fiscale et de ce fait participe aussi de cette attaque contre la démocratie.

En fait, il ne s’agit pas tant d’une attaque contre la démocratie que contre l’Etat, contre les Etats ; c’est du moins le constat que fait le premier fonctionnaire de France, le vice-président du Conseil d’Etat : https://www.acteurspublics.com/Jean-Marc Sauvé : “La fonction publique souffre d’une forme de paupérisation de l’État”

Et c’est bien de cela qui est en cause : la capacité d’un Etat à assumer ses fonctions régaliennes en prélevant sur les citoyens et les entreprises les ressources nécessaires à son fonctionnement. On retrouve là l’imprécation lancée par Ronald Reagan et reprise par Margaret Thatcher, au milieu des années 80 en pleine vague de néo-libéralisme : « We must starve the beast », « nous devons affamer la bête. », cette bête étant forcément l’Etat honni par les libéraux au nom de leur liberté. Toutefois, on ne peut pas en vouloir à notre ministre d’avoir fait ce raccourci et de déclarer « la démocratie en danger » car si on y regarde bien, cette opération de sevrage de l’Etat se fait le plus souvent avec la complicité active de micro-Etats dont le caractère démocratique n’est pas évident.

Et c’est là où finalement le bât blesse le plus, puisque parmi les Etats épinglés par les « Papers » successifs se trouvent êtres des Etats-membres, certes petits comme Luxembourg ou Malte mais Etats considérés comme démocratiques tout de même. Il y a donc une certaine hypocrisie, notamment de la part du président de la Commission de crier haro sur les enfers fiscaux et surtout un grand cynisme à critiquer ceux qui dans leur environnement immédiat jouent un peu avec les règles fiscales : http://info.economie.lefigaro.fr/L’UE ouvre une enquête sur le fisc britannique

En l’occurrence, cela ressemble plus à une forme de vengeance contre les « lâcheurs » du Brexit qu’à une volonté de moraliser les mœurs fiscales. Ce n’est ni grand ni très moral, mais surtout ce sera inefficace puisque les Britanniques n’en auront bientôt plus rien à faire. Tout au plus cela permettra-t-il à un commissaire européen de dire qu’en matière de moralité fiscale la Commission est exemplaire. HYPOCRITE !

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