BdC n° 114 énergies renouvelables : les résistances au vent !

Au début du mois d’octobre 2017, un des principaux animateurs indépendants de la filière éolienne poussait ce cri d’alarme https://energiesdelamer.eu/La filière éolienne terrestre est mort-née !
Quand un tel cri est poussé par quelqu’un qui a de tels intérêts dans la partie, on a le droit d’être un peu méfiant. En effet, ce n’est pas la première fois que les industriels de l’éolien crient au loup. Mais cette fois-ci de quoi s’agit-il ? Encore une fois, il est question de la réglementation, qui, comme chacun sait, est la meilleure ou la pire des choses selon l’usage qu’on en fait. Mais cette réglementation ne concerne pas la gestion ou l’accès au marché électrique, dont on sait que les errements des gouvernements successifs depuis 2006 ont réellement failli mettre en danger toute l’industrie éolienne française. Non, il s’agit de quelque chose de beaucoup plus sérieux puisqu’il y est question de rien moins que de la Sécurité et de la Défense Nationale : http://www.lemonde.fr/energies/article/2017/10/13/les-eoliennes-dans-les-radars-de-l-armee
C’est effectivement une question d’importance, car il ne faudrait pas que nos éoliennes puissent détraquer la couverture de défense du territoire national. Mais cela pose aussitôt une autre question : ne faudrait-il pas d’urgence prévenir nos voisins allemands, britanniques, espagnols ou danois des risques qu’ils font courir à leurs populations en laissant ainsi proliférer les fermes éoliennes sur leur territoire respectif ? Mais peut-être après tout n’est-ce là que l’une des nombreuses manifestations de résistances au développement des énergies renouvelables en France, qui pourrait nuire à la prédominance de l’électricité d’origine nucléaire. En l’occurrence, je ne peux m’empêcher de me souvenir que De Gaulle avait tenu à promouvoir l’énergie atomique dans les années 60 et que cela avait été accéléré par son ancien ministre de la Défense, après le choc pétrolier de 1973, c’est parce que cela permettait de rendre un peu moins onéreuse notre stratégie de dissuasion nucléaire. Manifestement les ingénieurs militaires ont de la mémoire !

Puisque je parle d’énergie nucléaire, mon attention a été attirée par ce titre d’article publié par « énergie de la mer » qui est une de mes sources préférées d’information sur les énergies renouvelables https://energiesdelamer.eu/Energies de la mer face aux centrales thermiques ou nucléaires ?
Mais là, je suis resté perplexe, d’une part parce que ce titre est en lui-même abscons et d’autre part parce que quand on lit l’article en question, il n’est nullement fait mention du nucléaire. D’ailleurs, cet article avait été dans un premier temps publié sur le site de « énergie de la mer » avec le titre suivant : « Charbon, un enjeu pour une politique en faveur des énergies renouvelables de la mer ? » qui est finalement plus explicite. En effet cet article relate la manifestation dont j’ai déjà parlé dans mon précédent billet qui, à Saint-Nazaire, avait mis en scène les dockers CGT du port, opposés aux éoliennes flottantes au nom de…la défense de l’emploi. Il est vrai que lorsque près d’un demi-millions de tonnes de charbon est déchargée tous les ans au port de Saint-Nazaire, cela représente un certain nombre d’heures de manutention portuaire, et le reste n’a donc aucune importance. Voilà donc une deuxième voie de résistance au développement des énergies renouvelables : la défense de l’emploi dans l’ensemble des filières de production d’électricité à partir d’énergies fossiles (charbon et ses dérivés, hydrocarbures sous toutes leurs formes). De la part d’un syndicat dont les leaders soutiennent peu ou prou la démarche de planification écologique, cela peut poser problème. C’est d’ailleurs le même réflexe conservateur qui provoque des blocages à la fermeture puis au démantèlement des plus anciennes centrales nucléaires en service.
Une telle attitude, outre qu’elle perturbe la transition énergétique indispensable à la compétitivité globale de notre économie, montre une grande myopie face aux évolutions en cours : si l’emploi est l’enjeu, il ne fait plus aucun doute maintenant que les différentes façons de produire des énergies à partir de sources renouvelables créeront beaucoup plus d’emplois que n’en détruira l’abandon des filières de production de cette même énergies à partir de sources fossiles. C’est d’ailleurs ce que semble avoir compris certains acteurs de la branche « hydrocarbure » pour qui le métier est de produire de l’énergie, pas de brûler du pétrole ou du gaz et qui ont donc , de façon pragmatique, admis qu’il fallait évoluer : https://energiesdelamer.eu/Evolen : De l’Oil&Gaz aux EMR

Plus gênant par contre sont les bâtons qui sont mis dans les roues de  certains projets de grandes fermes éoliennes en mer, car ils sont l’oeuvre de structures dont la mission est de défendre l’environnement littoral et maritime : https://energiesdelamer.eu/Le Gouvernement doit mettre de l’ordre pour les parcs éoliens en mer ! sous-titré « Le parc marin dit non pour le parc éolien en mer du Tréport ! »Dans une optique écologique, ce sont donc des avis qu’il convient de ne pas prendre à la légère. Si, comme le laisse entendre le titre de cet article, https://www.actu-environnement.com/Parc éolien de Dieppe-Le Tréport : « Il serait inadmissible que l’avis du parc naturel marin ne soit pas suivi », il s’agit peut-être d’une réaction d’amour-propre de pouvoirs locaux mis devant le fait accompli, ce ne serait que la nième manifestation de la capacité de blocage des baronnies locales que la décentralisation à la française n’a jamais réussi à éradiquer. Si par contre, il y a, comme c’est vraisemblable, un dossier bâclé sur certains points vitaux concernant l’état environnemental initial et ex-post, nous aurions là la preuve que les opérateurs privés français, mais dont la plupart ont des liens morganatiques avec la puissance publique, se soucient bien peu des obligations que la réglementation leur impose et que de ce fait, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux mêmes des tracas que les autres leur causent. Contrairement à ce que croient celles et ceux qui dirigent ces consortiums, la plupart du temps, cette réglementation n’est pas fait pour les embêter mais surtout pour leur éviter des ennuis plus grands dans les décennies à venir s’il advenait que ce qu’elles et ils ont bâti était devenu une catastrophe écologique (mais les décennies à venir, vous savez…) . A cet égard, ils seraient bien avisés de voir ce qui se passe chez nos voisins, qui comme nous, ont des zones maritimes très protégées, comme nous, ont des organisations de défense de l’environnement très actives et qui pourtant arrivent à faire prospérer cette activité qui, chez nous, semble ne rencontrer que des vents contraires : https://energiesdelamer.eu/L’offshore éolien tire son épingle du jeu britannique

Comme vous le voyez à travers ces trois exemples, les résistances au vent sont un peu partout, dans tous les milieux, syndicats, administrations, Haute administration et grands corps de l’Etat, élus locaux, dirigeants d’entreprise. C’est peut-être cela qu’on appelle le conservatisme « à la Française ».

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